Coup d'envoi ce lundi de l'ultra-trail du Mont-Blanc, 171 kilomètres à pieds parmi les montagnes. Les épreuves d'ultra endurance en pleine nature ont de plus en plus le vent en poupe : qu'est-ce qui pousse les participants à vouloir tutoyer les sommets et tester leurs limites ?

L'ultra-trail du Mont-Blanc, épreuve d'endurance à pieds de 171 kilomètres en montagne, commence ce lundi.
L'ultra-trail du Mont-Blanc, épreuve d'endurance à pieds de 171 kilomètres en montagne, commence ce lundi. © AFP / Jeff Pachoud

Une épreuve de 171 kilomètres à pieds dans les montagnes, avec un dénivelé positif de 10 000 mètres. Coup de départ ce lundi de l’ultra-trail du Mont-Blanc. Ce trail très éprouvant, créé en 2003, comporte 7 courses différentes et dure jusqu’au 1er septembre. Sur la ligne de départ à Chamonix : 10 000 passionnés, prêts à en découdre avec les cols et les versants.

Le boom des épreuves d'ultra endurance

Ces dernières années, le nombre d’amateurs de ces épreuves physiques d’endurance extrême a explosé. Il faut dire qu’il y a l’embarras du choix : rien qu’en France, on peut citer le Grand Raid des Pyrénnées, le SaintéLyon ou encore l’Éco-Trail de Paris. Et pêle-mêle à l’étranger : le Hardrock 100 dans le Colorado aux États-Unis, épreuve à pieds de 160 kilomètres, le Grand Trial sur les sentiers italiens du Valdigne, ou encore la Transvulcania dans les îles Canaries, trail considéré comme l’un des ultramarathons de montagne les plus extrêmes au monde. Puis, à vélo, la Transcontinental Race européenne, remportée cette année pour la première fois par une femme, Fiona Kolbinger.

Fiona Kolbinger, jeune Allemande qui travaille dans la recherche contre le cancer, première femme à remporter la Transcontinental Race.
Fiona Kolbinger, jeune Allemande qui travaille dans la recherche contre le cancer, première femme à remporter la Transcontinental Race. © AFP / Damien Meyer

"La recherche de la performance fait partie de l’essence du sport moderne : plus vite, plus fort, plus haut", indique Julien Bois, professeur et chercheur en Sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) à l’université de Pau. "Mais ce phénomène a pris une ampleur très importante ces dernières années."

C'est une manière d'avoir des objectifs qui justifient un entraînement quotidien", Julien Bois, professeur et chercheur en STAPS

Première raison selon lui, la volonté de retrouver une certaine hygiène : "Nous sommes dans des modes de vie de plus en plus sédentaires. La course à pieds, en montagne ou en environnement naturel, c’est une manière d’avoir des objectifs qui justifient un entraînement quotidien : on va avoir une pratique régulière de la course à pieds, qui peut se faire facilement dans un environnement urbain ou à la campagne."

Un substitut aux rites initiatiques du passé

Mais pour le professeur spécialisé dans la psychologie du sport, le succès des courses en pleine nature est aussi lié à une sorte de retour aux sources : "Les sociologues parlent de la disparition du sacré dans les sociétés modernes : la disparition de rites initiatiques, qui à un moment donné pouvaient donner une identité aux gens qui les traversaient", souligne-t-il. "Peut-être qu’à travers ces épreuves très longues et difficiles, cela nous apprend aussi des choses sur nous-mêmes. On se redécouvre des capacités et des qualités qu’on n’aurait pas découvertes en gardant une vie normale."

"On retrouverait des pratiques qu'avait l'homme préhistorique"

"Il y a aussi pas mal d’écrits qui expliquent qu’à travers ces activités-là, on retrouverait des pratiques de chasse ou de déplacement qu’avait l’homme préhistorique, qui était amené à couvrir de très grandes distances quotidiennement pour chasser et pour cueillir de quoi manger", analyse Julien Dubois.

La Transvulcania, dans les Îles Canaries, est considérée comme l'un des ultra-trails les plus difficiles au monde.
La Transvulcania, dans les Îles Canaries, est considérée comme l'un des ultra-trails les plus difficiles au monde. © AFP / Désirée Martin

S'évader du train-train métro, boulot, dodo

Les amateurs de ces courses voudraient ainsi retrouver un contact avec les éléments naturels, absents des vies urbaines : les participants viennent souvent de milieux éduqués et favorisés : "C’est une manière de se rappeler notre corps, notre corps qui souffre. Ce que c’est de ressentir le froid pendant des durées très importantes. Dans une vie normale, entre l’ascenseur, le métro et la climatisation, on n’est plus confronté à ces sensations-là."

"Les marques de matériel sportif contribuent à donner de la visibilité à ces pratiques"

Les marques se sont engouffrées dans la brèche. De grands groupes, mais aussi des sites spécialisés, proposent des équipements adaptés à l’ultra endurance. L'ultra-trail du Mont-Blanc a d'ailleurs sa boutique officielle. "Les marques de matériel sportif se sont emparées du phénomène pour commercialiser des chaussures, des montres…" énumère Julien Dubois :"Cela contribue à donner de la visibilité à ces pratiques."

La vente d"accessoires et de gadgets destinés à l'ultra endurance contribue à l'essor de la pratique.
La vente d"accessoires et de gadgets destinés à l'ultra endurance contribue à l'essor de la pratique. / Capture d'écran de la "boutique" de l'ultra-trail du Mont-Blanc

Gare à trop tirer sur la corde

Si le chercheur salue la démocratisation de l’activité physique, il pointe le fait que certains ont les yeux plus gros que le ventre. "Il y a pas mal de participants qui ne sont pas bien préparés à courir sur des pierres, à avoir froid… ça peut causer des difficultés", prévient Julien Dubois : "Il y a un développement des blessures, des risques de surentraînement, de traumatismes, de chutes…"

"Ce sont aussi des pratiques très chronophages", avertit aussi le professeur,"Et dans un mode de vie dans lequel cette pratique prendrait trop de place, ça peut nous amener à perdre de vue le nécessaire équilibre qu’on doit garder entre les différentes facettes de notre vie quotidienne." 

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