[scald=195983:sdl_editor_representation]par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - François Hollande solde avec 2012 sept mois d'action marqués par un style en rupture avec son prédécesseur, des percées à l'international et un doute profond de ses concitoyens quant à sa capacité à répondre à la crise économique.

A l'orée d'une année "très difficile", a prévenu le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, le président socialiste se veut garant des résultats, attendus à l'automne prochain au plus tôt, d'une politique tournée vers la jeunesse et l'emploi.

"Le cap, on n'en change pas. On le fixe et après on le tient", répétait-il lundi dans le centre de la France.

Année de tous les dangers en matière économique et sociale, 2013 sera aussi celle de la transition avant les échéances qui verront des Français ayant donné la majorité absolue aux socialistes au printemps dernier confirmer ou non leur choix aux élections européennes et municipales de 2014.

"Je ne crains rien". Ainsi répondait un François Hollande trempé jusqu'aux os à qui s'inquiétait de l'avoir vu descendre l'avenue des Champs-Elysées sous une pluie battante le jour de son entrée en fonction, le 15 mai.

Elu neuf jours plus tôt avec 51,6% des voix, le président "normal", comme on surnomme alors l'affable ancien premier secrétaire du PS, arrive aux plus hautes fonctions d'un pays aux prises avec une crise chaque jour plus menaçante, un chômage au plus haut et des déficits galopants.

Son slogan, "le changement c'est maintenant", son programme en 60 points et ses manières tranquilles à mille lieues de l'impétueux Nicolas Sarkozy intriguent, attirent ou agacent.

Un Premier ministre - le fidèle député-maire de Nantes Jean-Marc Ayrault - et un gouvernement - 38 membres dont la moitié de femmes - plus tard, l'exécutif socialiste entame le "redressement dans la justice" voulu par le président.

Avec une majorité au Parlement, la main sur la plupart des régions et une majorité de grandes villes, la gauche a toutes les cartes pour agir rapidement.

La crise de la zone euro, sur fond d'effondrement de la Grèce, domine les débuts de François Hollande sur la scène internationale. Le président se vante d'avoir imposé l'idée de croissance à ses partenaires et entame une relation "non exclusive" avec la chancelière allemande Angela Merkel.

"SONT-ILS SI NULS ?"

Dès lors, l'actualité internationale prend beaucoup de place dans l'agenda du chef de l'Etat, qui a notamment été le premier Européen à reconnaître l'opposition syrienne comme autorité légitime du pays en proie à une guerre civile.

L'Histoire retiendra aussi le soutien de Paris à la reconnaissance de la Palestine à l'Onu, le discours de Dakar sur la fin de la Françafrique ou son action contre l'antisémitisme dans le sillage des tueries du printemps à Toulouse, où François Hollande s'est rendu avec le Premier ministre israélien.

Mais en France, les plans sociaux se multiplient. Celui du groupe automobile PSA assombrit l'été, comme le maladroit sauvetage du site sidérurgique mosellan de Florange ternira l'automne.

La barre des trois millions de chômeurs, franchie en septembre, affecte encore le moral de Français "plus inquiets qu'impatients", répète-t-on dans les allées du pouvoir.

Les cotes de popularité de François Hollande et Jean-Marc Ayrault chutent rapidement, pour atteindre en cette fin d'année des planchers rarement constatés sous la Ve République.

L'état de grâce du président qui accepte de réduire de 30% son salaire, se targue de préférer le train à l'avion et rentre chaque soir chez lui dans le XVe arrondissement de Paris "n'aura, au fond, duré qu'une nuit", reconnaît un proche devenu ministre.

L'irruption de sa vie privée via sa compagne Valérie Trierweiler, auteur début juin d'un "tweet" hostile à Ségolène Royal, mère des quatre enfants de François Hollande, et omniprésente depuis lors, brouille le message présidentiel.

Mal maîtrisée en terme de communication, la séquence estivale donne une impression d'arrêt dans les réformes.

La rentrée n'en est que plus dure, aggravée par une impression de flou et une série de "couacs" au sein d'un gouvernement où piaffent de fortes personnalités comme les ministres du Redressement productif, Arnaud Montebourg, de l'Intérieur, Manuel Valls, et de l'Education, Vincent Peillon.

Les titres de la presse sont assassins : "Sont-ils si nuls ?", "Les apprentis".

A mesure que s'accumulent les mauvais chiffres sur l'état de économie, les promesses de campagne sont égrenées une à une.

Le dialogue social, relancé par une grande conférence en juillet, réfléchit à la sécurisation du travail en vue d'un "accord historique" attendu début 2013 au plus tard.

Emplois jeunes et contrats de générations sont lancés, de même que la loi sur le logement social et une réforme fiscale ciblée sur les grandes entreprises et les hauts revenus.

Le "Pacte de compétitivité" inspiré par un rapport de Louis Gallois, censé relancer l'économie via 20 milliards de crédits d'impôts accordés aux entreprises, est présenté début novembre par Jean-Marc Ayrault.

"RESPONSABLE"

Le Premier ministre, jusqu'ici contesté sur son autorité, est remis en selle par cette séquence majeure du début de quinquennat.

François Hollande survole quant à lui la conférence de presse du 13 novembre en président "responsable" qui demande au pays de "faire Nation face à la crise".

"Je suis responsable de l'avenir", déclare-t-il. "Je ne prépare pas le sort d'une prochaine élection, je prépare le sort d'une prochaine génération".

L'embellie, sur fond guerre interne à l'UMP, sera de courte durée, entaillée par les propos controversés de François Hollande sur "la liberté de conscience" des maires refusant le mariage homosexuel et autres cafouillages sur le dossier très symbolique de Florange.

Les sondages repartent à la baisse. Même la majorité fait part de ses doutes sur la politique de Jean-Marc Ayrault, "social-républicain" autoproclamé, qui estime mener "sans doute la politique la plus à gauche d'Europe".

S'il reconnaît "des erreurs de communication" sur le dossier Florange, Bruno Le Roux, le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, affirme n'avoir "jamais senti à un seul moment de rejet ni de regret" vis-à-vis de François Hollande de la part de ses concitoyens.

"Il y a eu des interrogations à la rentrée, mais avec le pacte de compétitivité et la conférence de presse, quelque chose s'est passé dans l'opinion, les gens se disent qu'ils savent où ils veulent aller", a-t-il dit à Reuters.

Plus sévère, la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann déplore une politique "qui manque d'entraînement".

"Au PS, les gens sont pétrifiés, en petit comité ils disent que ça ne va pas mais ils ne savent que faire sans se désolidariser de François Hollande", ajoute cette tenante de "la gauche du PS".

"François Hollande, il est dans le tempo du quinquennat. En revanche, la gestion de Jean-Marc Ayrault est plutôt un échec, les gens n'attendent plus rien de lui", ajoute-t-elle.

Dans les rares rencontres avec les Français du président, qui aimait tant les déambulations pendant la campagne, les "Bon courage" ont laissé place à un silence poli parfois émaillé de marques d'impatience : "Le changement, c'est pour quand ?"

Edité par Yves Clarisse

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.