Le bilan de l’année 2017 est inconcevable pour François Fillon, lorsqu'on se souvient qu'il y tout juste un an l'homme se voyait déjà président de la République. Et ce n’était pas seulement son orgueil qui parlait, au vu des sondages et du désamour des Français pour le parti socialiste et le président sortant.

François Fillon aura réussi à faire éliminer son camp au premier tour, une avanie que la droite n'avait jamais connu depuis 65
François Fillon aura réussi à faire éliminer son camp au premier tour, une avanie que la droite n'avait jamais connu depuis 65 © Reuters / Regis Duvignau

L'ex-candidat François Fillon, qui n'aura pas même réussi à être qualifié pour le second tour, a, depuis la présidentielle, totalement lâché la politique. Il a rejoint le monde des affaires en devenant associé de Tikehau Capital, une société de gestion et d'investissement où il pourra faire fructifier son carnet d'adresses.

Son dernier adieu au monde des partis a eu lieu le 19 novembre dernier, lorsqu'il a passé les rênes et les fonds de sa micro-formation, Force républicaine, à Bruno Retailleau. 

2017 annus horribilis

Mais à mieux y regarder, l'année 2017 n'avait déjà pas très bien commencé pour François Fillon. 

Fin décembre 2016, sa victoire écrasante à la primaire de la droite semble déjà loin et, au fur et à mesure qu'on découvre son programme : coupes claires dans les effectifs de la fonction publique, avec la suppression de 500 000 postes, réforme de la Sécurité sociale et  suppression du tiers-payant généralisé, rapprochement avec la Russie…

Les Français semblent dès lors se tourner vers Emmanuel Macron. Les sondages indiquent qu'une très nette majorité de Français (61 %) ne souhaitent pas voir François Fillon élu président en 2017 (contre 45 % pour Emmanuel Macron).

Le 19 janvier Ipsos-Sopra Steria donne toujours François Fillon présent au second tour, mais en un mois, il a cédé la tête de la course à Marine Le Pen qui, avec 25 à 26 % des intentions de vote, se qualifierait dans tous les cas de figure pour le second tour, de même que François Fillon (23 % à 25 %).

Le vent avait donc peut-être déjà commencé à tourner avant le 25 janvier et la révélation, par Le Canard enchaîné, des emplois présumés fictifs de son épouse Penelope et de deux de ses enfants. 

Persuadé de sa victoire

À partir de cette date, la campagne  de François Fillon, quasiment empêchée par l'enquête judiciaire, détournera les électeurs de celui qui n'aura pas cessé de dénoncer "un complot", "une conjuration des impuissants", un "coup d'État institutionnel" du pouvoir socialiste sortant pour empêcher l'alternance, l'œuvre d'un "cabinet noir" pour l'"assassiner" politiquement.  

Le candidat a beaucoup fait, lui-même, pour provoquer ce désamour. Le lendemain du papier dans Le Canard enchaîné, François Fillon est sur TF1, où il dit aux Français, les yeux dans les yeux, que les accusations contre lui sont totalement infondées et que'"il n'y a qu'une seule chose qui [l]'empêcherait d'être candidat : c'est si c'est [son] honneur était atteint, s'[il] étais mis en examen"

Un mois et demi après, le 14 mars, François Fillon est mis en examen notamment pour détournement de fonds publics et recel d'abus de biens sociaux, dans l'enquête sur les soupçons d'emplois fictifs de son épouse et ses enfants comme assistants parlementaires. 

Je ne céderai pas, je ne me retirerai pas. J'irai jusqu'au bout.

Entre les deux dates et dans les semaines qui suivent, la liste des responsables qui lâchent la campagne à droite s'allonge, comme grimpe le nombre de français qui souhaitent que Fillon renonce.

Mais au fil de meetings perturbés par des opposants et leurs concerts de casseroles et de "Rends l'argent !" ou "Fillon en prison !", le candidat s'est toujours dit convaincu de pouvoir "stupéfier le système", de faire mentir les sondages, qui le donnaient éliminé dès le premier tour, et surtout les médias dont il avait fait une cible.

Surtout, le candidat fait tout ce qu'il peut pour qu'aucun "plan B" ne soit trouvé, aidé en cela par un Alain Juppé qui ne cessera de répéter qu'il ne sera pas la roue de secours. 

Déplacement du centre de gravité

La ligne du candidat était déjà très droitière. La mise en examen et les défections dans son propre camp qui laissent des places béantes dans le staff de campagne, font entrer dans le jeu "La Manif pour tous" dont le volet politique s'est baptisé "Sens commun".

Ce sont ses membres qui organisent pour François Fillon le dimanche 5 mars un grand rassemblement au Trocadéro à Paris avec plusieurs dizaines de milliers de partisans, drapeaux tricolores à la main, en signe de résistance.

Ceux qui revendiquent le prochain vote pour François Fillon se "radicalisent" et veulent encore y croire coûte que coûte, jusqu'au dimanche 23 avril, aux 19,94 % des voix et à l'élimination de la droite républicaine au premier tour d'une élection présidentielle.

Dès ce dimanche soir, même certains qui l'avaient soutenu jusqu'au dernier jour le lâchent : "Ce n'est pas la droite et le centre qui ont perdu, c'est François Fillon", déclare Eric Woerth.

"C'est une défaite globale", précise Brice Hortefeux, lieutenant de Nicolas Sarkozy. "C'était une élection imperdable qui s'est transformée en une élection ingagnable." 

D'autres, préfèrent rester discrets en pensant aux législatives et insistent sur la nécessité de tirer les leçons de la défaite. 

Et ça continue encore et encore

De perquisition en enquête élargie, l'affaire poursuit son bonhomme de chemin judiciaire. Après François Fillon, ce sont son ancien suppléant Marc Joulaud, son ami l'homme d'affaires Marc Ladreit de Lacharrière, sa femme Penelope qui sont mis en examen avant que deux des enfants du couple soient placés sous le statut de témoin assisté. François Filon lui-même sera également placé fin juillet sous le statut de témoin assisté pour "escroquerie aggravée" dans la même affaire.

Quant à Patrick Stefanini, l'ancien directeur de campagne de François Fillon, dans un livre publié en novembre, il explique que François Fillon et d’autres personnalités étaient au courant – mais pas lui – de la possible révélation de l’affaire qui depuis a pris le nom de PenelopeGate.

En attendant l'aboutissement des enquêtes, l'ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy qui se faisait offrir des costumes de luxe par l'homme de la Françafrique Robert Bourgi – autre révélation de l'année 2017 – a donc choisi de gagner de l'argent dans le monde des "affaires". Début décembre, il a également été nommé à la présidence de la Commission constructeurs de la Fédération internationale de l'automobile (FIA).

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