[scald=63459:sdl_editor_representation]par Guillaume Frouin

ANGERS, Maine-et-Loire (Reuters) - Confrontée depuis trois ans à un afflux sans précédent de migrants africains, la ville d'Angers s'inquiète de la saturation de ses structures d'accueil, qui provoque des tensions avec les autres personnes en grande précarité.

Près de 2.000 dossiers de demande d'asile ont été déposés depuis 2009 dans cette préfecture de 150.000 habitants, conséquence de sa "bonne réputation" en matière d'accueil mais aussi du rapprochement familial des migrants venus en majorité de Somalie, du Soudan et d'Erythrée.

La situation est telle qu'elle a entraîné l'envoi le 3 novembre d'une délégation d'élus locaux auprès du ministre de l'Intérieur Claude Guéant, qui a promis en retour une "meilleure répartition" des flux migratoires sur les cinq départements des Pays de la Loire.

"Nous avons atteint notre capacité d'accueil maximale pour accueillir dignement", estime Rose-Marie Véron, adjointe au maire déléguée à l'action sociale. "Nos bénévoles sont épuisés, tout le système est en difficulté."

"Cela entraîne énormément de conséquences : les SDF ne trouvent plus leur place dans les circuits habituels. Le contexte économique et social, en outre, est tendu. Le regard vers l'étranger est très différent, le racisme pointe", ajoute cette élue écologiste.

"TENSIONS"

Le Point accueil santé solidarité (Pass), un accueil de jour municipal où sont accueillis depuis 1995 tous types de publics en difficulté (SDF, demandeurs d'asile et personnes en grande précarité), a ainsi dû fermer à plusieurs reprises ces derniers mois.

Ses préfabriqués de 30 mètres carrés, prévus pour accueillir 70 à 80 personnes par matinée, en reçoivent actuellement entre 130 et 170, évalue Gilles-Mathias Sallé, responsable du Pass. "Ce sont à 80 ou 90 % des demandeurs d'asile, alors qu'il n'y en avait que 25 % en 2008", dit-il.

Des tensions se créent donc inévitablement autour des douches ou des machines à laver, et pas seulement entre Français et étrangers.

"Certains demandeurs d'asile reproduisent ici ce qui se passe dans leur pays : les Somaliens par exemple, qui sont déchirés par les guerres interethniques, ne se mélangent pas", explique Gilles-Mathias Sallé.

Malgré ces difficultés, Angers poursuit ses efforts pour l'intégration de ses migrants, à l'instar de France Terre d'Asile. L'association leur propose un accompagnement social, l'accès aux soins ou la scolarisation des enfants, mais dispense aussi chaque jour des cours de français.

"Si nous ne les aidons pas à s'insérer, il y aura un rejet encore plus grand de la société et un durcissement des discours à leur encontre", estime Malika Glanny, responsable de France Terre d'asile en Maine-et-Loire.

"Il est important que les demandeurs d'asile puissent s'intégrer et s'expliquer : personne n'imagine leur parcours de vie avant d'arriver ici", déclare la responsable de cette association, qui gère une grande partie des hébergements proposés aux demandeurs d'asile du département.

LES ANCIENS ABATTOIRS SQUATTÉS

En attendant, l'afflux de demandeurs d'asile est tel à Angers que tous ne peuvent être logés par les structures d'aide existantes. Une poignée squattent ainsi les chambres froides d'abattoirs désaffectés au nord de la ville, tandis que d'autres ont élu domicile à la gare SNCF de la ville.

"Chaque nuit, il y a au moins une centaine de Somaliens qui dorment à la rue", dit Jean-Louis Verneau, membre actif d'un collectif d'aide aux demandeurs d'asile. "Certains ne sont vraiment pas bien, et sont complètement déstructurés."

"La préfecture dit que les réseaux comme le nôtre sont responsables de l'appel d'air, mais ce n'est pas vrai", estime ce géomètre à la retraite de 66 ans, qui pointe plutôt la responsabilité de la borne "Eurodac", un fichier européen qui sert à relever les empreintes digitales des demandeurs d'asile.

Angers est la seule préfecture des Pays de la Loire à disposer d'un tel équipement en dehors de Nantes, et ne peut répartir les demandeurs au-delà des limites du département.

Au final, cette problématique n'est pas un cas isolé : en 2010, l'Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides (Ofpra) a enregistré 52.762 demandes de protection internationale, soit une augmentation de 49 % depuis trois ans.

La France demeure le premier pays européen destinataire de demandeurs d'asile, devant l'Allemagne et la Suède. Au niveau mondial, elle se situe au deuxième rang des pays industrialisés, derrière les Etats-Unis, qui ont reçu plus de 55.000 demandes d'asile en 2010.

La première région française d'accueil demeure de loin l'Ile-de-France, qui concentre 44 % de la demande nationale, devant la région Rhône-Alpes (10 %) et les départements d'outre-mer (7 %). Les régions Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA), Pays de la Loire et Alsace suivent derrière (4 %).

Edité par Yves Clarisse

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