Lors de son discours très attendu à Bastia, Emmanuel Macron s'est déclaré "favorable à ce que la Corse soit mentionnée dans la Constitution", l'une des principales revendications des nationalistes, mais a répondu non à toutes les autres demandes. Entre le président et l'exécutif corse la rupture semble consommée.

Sur la tribune, derrière Emmanuel Macron, aucun drapeau corse
Sur la tribune, derrière Emmanuel Macron, aucun drapeau corse © AFP / Ludovic MARIN

Le discours d'Emmanuel Macron a ressemblé à une longue liste de "non".

Non à la co-officialité de la langue corse, car "dans la République française, il y a une langue officielle, le français". Le chef de l'État s'est dit par contre "tout à fait favorable à l'esprit du bilinguisme". "Jamais je ne pourrai accepter qu'on réserve tel ou tel emploi à celui qui parle corse, car là ce serait un moins", a expliqué Emmanuel Macron.

Non au statut de résident en Corse qui n'est "pas la bonne réponse" aux problèmes immobiliers sur l'île. "Aujourd'hui, quand les prix montent et que les terrains sont vendus, ce sont rarement des gens qui ne sont pas corses qui en profitent", a déclaré le chef de l'État qui s'est engagé à "favoriser la construction de logements" et à simplifier la réglementation pour mettre fin aux "situations ubuesques" liées à la loi littoral.

Non à l'autonomie fiscale car elle est antinomique de la solidarité nationale, a expliqué Emmanuel Macron. Pour le président, si "des formes de fiscalité locale" pouvaient être développées, elles s'accompagneraient de "baisses de dotation parallèles", assurant qu'"il n'y a pas de finances magiques".  "Comment souhaiter une autonomie fiscale et en même temps demander encore plus à la solidarité nationale? Comment vouloir que la ressource fiscale soit affectée à un territoire et demander la solidarité nationale pour la dotation ? Ça n'existe pas", a déclaré le chef de l'État. 

La possibilité d'une amnistie pour les prisonniers corses - que les nationalistes qualifient de "politiques" - avait été écartée la veille, mardi, par Emmanuel Macron.

La Corse est au cœur de la République, elle doit construire son avenir au sein de la République

Après toutes ces fins de non-recevoir, le président s'est déclaré _"favorable à ce que la Corse soit mentionnée dans la Constitution"_. Le président a appelé les élus insulaires à débattre du projet "dans le mois qui vient", avant sa discussion au printemps dans le cadre du projet de révision constitutionnelle sur la réforme des institutions. 

"Une occasion manquée" selon les nationalistes

Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni n'ont pas souhaité répondre immédiatement au discours d'Emmanuel Macron. Mais une heure après, entourés de nombreux responsables nationalistes, les présidents du conseil exécutif et de l'Assemblée de Corse ont dénoncé un un discours "très en deçà des attentes et des enjeux".  "Nous considérons que c'est une occasion manquée", a déclaré Gilles Simeoni, le président de l'exécutif de la collectivité territoriale. 

"C'est un soir triste pour la Corse", a renchéri Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse, qui s'est dit "consterné par le niveau des réponses qui sont données". "Mais nous restons sereins parce que nous sommes forts, forts du soutien des Corses", a-t-il ajouté. 

Gilles Simeoni a en particulier critiqué l'allocution prononcée la veille par le chef de l'Etat en hommage au préfet Claude Erignac, en la qualifiant de "discours de vengeance".  

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