Ce jeudi s'ouvre un nouveau débat sur la légalisation de l'euthanasie en France. Une majorité de députés semble vouloir dire oui... alors que le texte, bloqué par une montagne d'amendements, a peu de chances d'aboutir. Quoiqu'il en soit, le débat semble relever de convictions plus personnelles que politiques.

Le fronton de l'Assemblée Nationale à Paris, 2 décembre 2019.
Le fronton de l'Assemblée Nationale à Paris, 2 décembre 2019. © Radio France / Manon Klein

Faut-il légaliser l'euthanasie en France ? Une majorité de députés semblent vouloir dire "oui", dans le débat qui s'ouvre ce jeudi à l'Assemblée nationale : toute la gauche y est favorable, ainsi qu'une majorité des marcheurs, et plusieurs élus du centre et de la droite. Ils sont d'ailleurs 270 députés de tous bords, dans une tribune publiée samedi par le Journal du Dimanche, à s'insurger contre la guérilla qui s'annonce par voie d'amendements. "Nous voulons débattre. Nous voulons voter. Le temps du Parlement est venu. Respectons-le", plaident-ils.

Députés de gauche et de droite parmi les rédacteurs et rédactrices

L'auteur de la proposition de loi adoptée en commission, Olivier Falorni (groupe Libertés et Territoires), tient ce mardi une conférence de presse pour défendre son texte. Mais celui-ci a peu de chances d'aboutir : le temps imparti pour arriver au bout du débat n'est que d'une journée, or les députés conservateurs LR ont déposé près de 2 300 amendements pour y faire obstruction.

Et pourtant, le débat semble transcender les formations politiques, et relève souvent d'une conviction très personnelle. La consigne de vote partisane est impossible : à droite, par exemple, une quinzaine de parlementaires est favorable au texte, comme la députée LR Marine Brenier, qui porte le sujet depuis 2012 : "La mort fait partie de la vie, ça concerne tout le monde : ma grand-mère est décédée sous la loi Leonetti II à l'hôpital qui, grâce au dispositif de la sédation profonde et inconsciente, est partie très rapidement. Et au contraire, j'ai un grand-père qui est décédé à domicile, qui lui n'a pas bénéficié d'un départ dans des bonnes conditions". Ce fut le point de départ d'une réflexion, puis d'une conviction : Marine Brenier a participé à la rédaction de cette proposition de loi émanant pourtant d'un député de gauche. 

L'exécutif et plusieurs députés pensent que ce n'est pas le moment

"Moi, je ne la voterai pas : ça va à l'encontre d'une pratique de trente ans de médecins", plaide le député LREM Marc Delatte, qui a été dans une équipe mobile de soins palliatifs, confrontée à des demandes d'euthanasie : "Lorsqu'on prend le temps de l'écoute, lorsqu'on répond aux souffrances, qui sont multiples, cette demande s'estompe". 

Il plaide ainsi, lui, pour le développement des soins palliatifs, et n'apprécie pas un tel débat dans ce contexte. "J'ai repris mon stéthoscope et ma blouse pour sauver des vies. Mettre une loi sur l'euthanasie en ce moment, ce n'est pas le moment, parfois je me dis qu'on marche sur la tête", dit-il. C'est aussi l'avis de l'exécutif, qui juge le moment inopportun, et veut reporter ce débat à la campagne présidentielle.