Depuis l'effondrement de trois immeubles qui a fait huit morts à Marseille, le maire LR Jean-Claude Gaudin est visé par de nombreuses critiques. Plusieurs perquisitions sont menées dans des bureaux municipaux et des élus sont dans le viseur des enquêteurs.

Les lieux de l'effondrement rue d'Aubagne
Les lieux de l'effondrement rue d'Aubagne © Maxppp / Georges Robert

À Marseille, on estime qu'il y a environ 40 000 logements indignes. Parmi eux, le numéro 63 (inoccupé) et 65 de la rue d'Aubagne qui se sont effondrés le 5 novembre, faisant huit morts. Dans la lutte contre l’habitat indigne à Marseille, le maillon faible, c’est la mairie. "Aucun dispositif ne fonctionne", accuse la députée LREM Alexandra Louis dans Le Monde.

Maire depuis 1995, Jean-Claude Gaudin a affirmé après le drame qu'"il ne démissionnerait pas". Pourtant, l'élu, son entourage et ses services sont dans le collimateur des enquêteurs et de nombreux habitants.

On n'en a pas assez fait pour éradiquer l'habitat insalubre.

Le maire de la deuxième ville de France a tout de même reconnu, près d'une semaine après les faits, "qu'on n'en a pas assez fait pour éradiquer l'habitat insalubre".

Perquisitions tous azimuts

Des perquisitions mardi dans certains services municipaux dont ceux de l'urbanisme, et chez Marseille Habitat le bailleur social propriétaire du 63 rue d'Aubagne ont fait monter d'un cran la tension dans la ville. Les bureaux du cabinet Liautard, le syndic qui gérait le numéro 65, ont également été perquisitionnés et des documents et ordinateurs ont été saisis. Idem pour les domiciles des propriétaires des appartements de l'immeuble du 65 de la rue d'Aubagne, une copropriété privée dont neuf des dix appartements étaient loués.

"Gaudin assassin", "Gaudin démission", "Gaudin en prison"

Une "marche de la colère" a réuni 8 000 personnes mercredi, rythmée par des slogans tels que "Sang sur les mains, menottes aux poignets", "Élus, responsables, que la justice passe". Les manifestants, venant tant des quartiers défavorisés que des quartiers aisés de la ville, ont terminé leur défilé sous les fenêtres de Jean-Claude Gaudin à l'Hôtel de Ville. 

Qui est responsable ? 

L'enquête vise à déterminer les causes exactes du drame et à établir d'éventuelles responsabilités dans l'effondrement de ces immeubles vétustes.

1 min

Le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin se trouve dans une impasse politique

Par Olivier Martocq

Le premier étage du numéro 65 avait fait l'objet d'un arrêté de péril imminent le 19 octobre dernier, avec interdiction d'y habiter. Pour les autres étages, l'arrêté municipal préconisait une série de travaux d'urgence à réaliser avant le 9 novembre. L'accident a eu lieu le 5 novembre.

Des têtes commencent à tomber

Deux vice-présidents de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, dont l'une est aussi adjointe de Jean-Claude Gaudin à la mairie de Marseille, ont été suspendus jeudi par le président Les Républicains du conseil régional, Renaud Muselier. "Cette décision a pris effet aujourd'hui et vaut pour toute la durée de l'enquête et de la procédure", précise-t-il dans un communiqué. 

Le premier élu suspendu est Xavier Cachard, conseiller régional LR proche de Renaud Muselier. Il est propriétaire d'un appartement du 65 rue d'Aubagne. Des perquisitions ont été menées à son domicile ce jeudi. L'autre élue est l'adjointe au maire de Marseille en charge du logement et de la rénovation urbaine, Arlette Fructus. Ses bureaux avaient été perquisitionnés mardi. Arlette Fructus est la présidente de Marseille Habitat.

Des gens sont morts du laisser-aller, d'une ville qui a trop longtemps détourné le regard, selon Benoit Payan, président du groupe PS à la mairie

L'opposition dénonce les projets menés à grands renforts de millions d'euros par Jean-Claude Gaudin. Elle accuse la municipalité d'avoir détourné le regard de la situation d'insalubrité de certains quartiers, pour "présenter Marseille sur papier glacé" : "Marseille, c'est une ville où l'on choisit de mettre un milliard d'euros pour privatiser les écoles, 500 millions d'euros pour construire un stade de foot et 60 millions pour une patinoire olympique" tacle Benoit Payan, président du groupe PS à la mairie.

En 2008 déjà, le quartier Noailles faisait l’objet de plusieurs projets de rénovation. Périmètre de restauration immobilière, décidé en 2001, et Plan d’éradication de l’habitat indigne, signé avec l’État en 2002. Mais, selon France Bleu Provence, les effets tardaient à être visibles. En 2017, sur les 152 immeubles visés par le projet, 39% n’avaient bénéficié d’aucune rénovation. L’association "Un centre-ville pour tous" estime, elle, que la moitié des immeubles n’ont pas été réhabilités.

Un rapport au vitriol rendu à la ministre du logement Sylvia Pinel en mai 2015 par Christian Nicol, inspecteur général honoraire de l'administration du développement durable, faisait un constat alarmant sur l'habitat à Marseille.

Les Marseillais sont en colère, d’autant que tous les rapports qui sortent dans la presse montrent que la mairie n’a pas fait ce qu’elle devait, selon Patrick Lacoste, responsable de l’association "Un centre-ville pour tous", qui appelait à la manifestation de mercredi.  

► ALLER PLUS LOIN | Comment Marseille a été vendue aux promoteurs par Gaudin (Mediapart)

#BalanceTonTaudis

Un hashtag a été créé sur les réseaux sociaux :  

Et une pétition circule : 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.