La ville de Neuilly-sur-Seine teste ce mercredi son application, lancée en septembre prochain, pour permettre à ses habitants de voter pour des décisions locales. Le système se veut sûr et ambitionne de redonner envie de voter, après les records récents d'abstention.

Le maire de Neuilly-sur-Seine, Jean-Christophe Fromantin et Gilles Mentré, président d'Electis, qui a développé une plateforme de vote en ligne
Le maire de Neuilly-sur-Seine, Jean-Christophe Fromantin et Gilles Mentré, président d'Electis, qui a développé une plateforme de vote en ligne © Radio France / Rémi Brancato

"Je ne suis pas allée voter parce que je ne m'étais absolument pas renseignée sur les votes, sur les élections". À Neuilly-sur-Seine, comme partout en France, il ne faut pas chercher longtemps pour rencontrer les abstentionnistes des élections régionales et départementales. Quand on évoque avec eux "Neuilly vote", la future application de la mairie pour permettre aux habitants de voter en ligne sur des décisions locales, c'est encore le scepticisme qui prime. "Ce sont des informations qu'il nous faut plutôt que de la simplicité pour voter sans se déplacer" répond cette habitante.

Le maire divers droite, Jean-Christophe Fromantin, teste en effet ce mercredi 29 juin cette application développée par l'association Electis, pour lutter contre "l'érosion de la participation", constatée une nouvelle fois lors des scrutins des 20 et 27 juin derniers. "On est dans un cycle de délaissement de la démocratie de proximité qui ne peut pas nous laisser sans voix et sans expérimenter des nouvelles solutions" défend l'élu, qui a imaginé cette solution au lendemain des municipales, en 2020.

Une application pour voter sur des "choses simples"

Ce mercredi, "Neuilly vote" sera testé auprès d'adhérents des médiathèques de sa ville, puis, en septembre, l'application permettra dans un premier temps de choisir les livres qui y sont mis au prêt et les films projetés au cinéma municipal. Une idée née il y a un an après sa réélection lors des municipales pour mieux impliquer les habitants dans la vie locale.

"On a pris le parti d'être extrêmement simple donc va les faire voter sur des choses simples, qui sont dans leur quotidien, qui les intéressent, qui les mobilisent de telle manière à pas utiliser ce vecteur pour des sollicitations qui sont très loin de leurs préoccupations" précise Jean-Christophe Fromantin, qui promet d'élargir la palette de choix soumis au vote "au fur et à mesure que l'habitude se prend, que la connexion s'installe entre la Ville et la population" avec "pourquoi pas, un jour, un vote via cette technologie blockchain".

La technologie "blockchain" pour sécuriser le vote en ligne

Car c'est toute la nouveauté du procédé. Elaboré par l'association Electis, l'application, développée en code opensource (accessible et transparent pour tous), utilise cette technologie blockchain, qui empêche toute modification d'un vote une fois effectué. C'est "un réseau distribué qui permet d'avoir des registres qui sont absolument infalsifiables et qui permettent de faire des opérations de manière automatique" détaille Gilles Mentré, président de l'association (également adjoint au maire du 16ème arrondissement de Paris), qui vante la sécurité de son système : "le procès verbal de l'élection est généré de manière automatique et donc il n'y a aucune intervention humaine entre le moment où on fait le décompte des votes et le moment où le résultat est publié donc on est absolument sûr de ce résultat"

Gilles Mentré promet un vote "extrêmement simple" et "deux niveaux de sécurité dans l'application : un premier qui garantit la traçabilité du vote et un deuxième l'anonymat, à travers la cryptographie : le bulletin de vote, dès qu'il entre dans le serveur est détaché de l'identité de l'électeur et devient un bulletin anonyme qui va être décompté comme tel".

Une technologie "open source" à disposition des collectivités

Cette sécurisation permet, selon lui, de défendre l'intérêt du vote électronique, "une évidence", dit-il, pour lutter contre l'abstention. "Il y a une crise profonde de l'intérêt pour l'outil démocratique et avoir la possibilité d'un vote flexible et facile d'usage, c'est la garantie que l'on va pouvoir tester plein de nouvelles façons de voter" s'enthousiasme Gilles Mentré. "Quand on élit les représentants de la nation, c'est extrêmement lourd à organiser : pour un bureau de vote, il faut au minimum un président, deux assesseurs, quatre scrutateurs et on a de plus en plus de mal à trouver ces volontaires" défend-il. 

Panneaux électoraux après les régionales 2021 à Neuilly-sur-Seine
Panneaux électoraux après les régionales 2021 à Neuilly-sur-Seine © Radio France / Rémi Brancato

Son système "open source", sera d'ailleurs à disposition de toutes les collectivités qui souhaitent s'en emparer. Et le président d'Electis ne cache pas son ambition de le voir un jour utilisé pour les scrutins les plus importants. Car même si son système est "inviolable jusqu'à ce qu'il soit violé", Gilles Mentré défend le principe de la transparence du code, en "open source" comme garantie de lutte contre la fraude. "Quand les Français de l'étranger ont voté en 2012 de façon électronique, on nous a dit après que, finalement, ce n'était pas sécurisé et comme le code était protégé, on n'a jamais su quelle était la faille qui a conduit à ce que le système soit plus utilisé" déplore-t-il, défendant donc un code ouvert, transparent, qui permettra que "s'il y a une faille, on la verra en commun, on l'améliorera en commun et on construira en commun l'outil de demain."

La crainte de "manipulations" chez les habitants

Pour l'instant, en tout cas, il sera impossible d'identifier les votants qui vont se connecter à l'application grâce à leur adresse email, enregistrée par la mairie pour envoyer le journal municipal (elle en détient environ 40 000, sur 65 000 habitants dans la commune). L'outil d'identification, en cours de développement, sera déployé dans un second temps. 

Jean-Christophe Fromantin, lui, entend utiliser ce système pour décider de la date de travaux, puis, pour des décisions plus importantes, en espérant, à terme, le voir se déployer pour de réelles élections de représentants politiques. "Je préférerais voir ce genre d'outil uniquement pour de petites décisions" lui répond Antoine, habitant de Neuilly, qui salue l'initiative, mais reste méfiant : "Je pense qu'avec un système électronique de vote, on prend le risque de manipulations, notamment par des puissances étrangères, et pour l'instant, j'estime qu'on n'est pas en capacité de sécuriser assez le système".