Les présidents français et allemand à Oradour
Les présidents français et allemand à Oradour © Radio France / Alexandre Chassignon

On se souvient encore de l'image d'Helmut Kohl et François Mitterrand main dans la main, on se souviendra peut-être aussi de l'accolade chaleureuse de François Hollande et Joachim Gauck, les présidents français et allemand, à Oradour-sur-Glane.

Ou bien de l'image, tout aussi forte, des deux hommes d'Etat soutenant un survivant du village martyr, dans l'église en ruines du Limousin où sont morts femmes et enfants en juin 1944, brûlés vifs par la division nazie Das Reich. 642 personnes ont été assassinées dans le village, dont 200 enfants.

Dans le bourg aux ruines figées depuis le 10 juin 1944, les présidents français et allemand ont multiplié gestes d'émotion et paroles de réconciliation à la mesure du "pire des crimes, un crime contre l'Humanité" à surmonter pour les deux Nations. Joachim Gauck est le premier dirigeant allemand à fouler les rues dévastées du village conservé intact depuis le drame.

François Hollande a d'ailleurs rendu hommage à son homologue.

Vous êtes la dignité de l'Allemagne d'aujourd'hui, capable de regarder en face la barbarie nazie d'hier L'amitié entre nos deux pays est un défi à l'Histoire mais aussi un exemple pour le monde.

François Hollande et Joachim Gauck ont signé le livre d'or d'Oradour
François Hollande et Joachim Gauck ont signé le livre d'or d'Oradour © Radio France / Alexandre Chassignon

Des moments de grande émotion ont marqué cet après-midi du souvenir dans le village fantôme où l'herbe repousse entre les pierres et les objets rouillés - automobiles, chaises, objets du quotidien -, témoins d'une vie brutalement interrompue.

Le 10 juin 1944, quatre jours après le Débarquement américain en Normandie, la division SS Das Reich reçut l'ordre d'anéantir la bourgade rurale d'autant moins méfiante qu'elle n'avait connu en son sein aucune manoeuvre de la Résistance.

Femmes et enfants périrent dans l'église incendiée d'où une seule habitante réussit à s'échapper par un vitrail. Rassemblés dans des granges, les hommes furent pour la plupart tués par balles. Le massacre dura à peine trois heures.

Dans son discours, François Hollande a également évoqué à demi-mot l'actualité mondiale du moment et la situation en Syrie.

Notre présence est l'affirmation d'une promesse, promesse d'honorer partout et toujours les principes qui sont bafoués par les bourreaux d'hier et d'aujourd'hui. Promesse de défendre les droits de l'homme, chaque fois qu'ils sont violés, près de chez nous et loin d'ici.

L'émotion d'un survivant

A l'écoute du récit d'un survivant bouleversé de 88 ans, Robert Hebras, les deux présidents se sont pudiquement pris la main du bout des doigts, face à l'autel brisé devant lequel gît la carcasse rouillée d'une poussette d'enfant.

C'est ensemble et en silence, les deux présidents soutenant leur aîné, que les trois hommes sont ressortis de l'édifice, prenant le temps d'une accolade de réconfort sous le porche.

Dans le cimetière où une tour a été dressée "en hommage aux martyrs", ils se sont de nouveau tombés dans les bras. "Merci pour la vie", a glissé à Robert Hebras un François Hollande au visage emprunt d'une grande gravité.

"Respect, hommage, souvenir", a écrit sur le livre d'or le président, que l'émotion a fait se tromper d'une journée dans son message, daté du 3 septembre.

Dans son discours prononcé devant le Centre de la mémoire inauguré en 1999, Joachim Gauck a avoué la difficulté de faire face à ce "crime barbare et atroce".

"Il est pour tout Allemand douloureux de venir ici, quelles que soient le nombre d'années qui se soient écoulées", a-t-il reconnu.

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