En jouant sur un ancrage local, bien plus que sur son appartenance au parti de Marine Le Pen, le candidat RN a mis fin à une série d'échecs pour prendre la mairie de Perpignan. Sans grande surprise, il remporte l'élection face à des adversaires désunis, dont certains l'ont même rejoint en cours de route.

Louis Aliot vote à Perpignan le 28 juin 2020 pour le second tour des municipales
Louis Aliot vote à Perpignan le 28 juin 2020 pour le second tour des municipales © AFP / RAYMOND ROIG

C'est une prise symbolique pour le Rassemblement national, mais surtout une victoire personnelle pour Louis Aliot. Selon les estimations Ipsos / Sopra Steria pour France Inter, le candidat obtiendrait ce dimanche 52,7% des suffrages, lui assurant le siège de maire de Perpignan, après trois essais manqués en 2008, 2009 et 2014. Et offrant au Rassemblement national sa première grande ville depuis la victoire du FN à Toulon en 1995. Son adversaire, Jean-Marc Pujol (LR) récolterait lui 47,3% des voix.

La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, s'est félicitée du résultat sur Twitter :

À l’issue du premier tour, Louis Aliot avait récolté quasiment deux fois plus de voix que son adversaire LR, Jean-Marc Pujol. La candidat écologiste, Agnès Langevine, a d’abord hésité à se maintenir avec le député En Marche, Romain Grau, pour éviter un nouveau duel Pujol-Aliot et rester dans le match. Mais les sondages et les états-majors des partis ont vite douché leurs espoirs : en cas de triangulaire, le candidat RN était sûr de l’emporter. Personne n’a pour autant parlé de front républicain : Jean-Marc Pujol a présenté exactement la même liste et n’a noué aucun accord. Quelques jours plus tard, trois colistiers du candidat En Marche ont appelé à voter Louis Aliot. Le dissident LR, Olivier Amiel, a, lui, assuré qu’il ne voterait pas pour le maire sortant. Louis Aliot a alors parlé d’un "flop républicain".

La stratégie Ménard

Pour sa quatrième campagne municipale, Louis Aliot avait pris ses distances avec le RN et avec Marine Le Pen, dont il s’est séparé l’an dernier. Aucun cadre du parti n’est venu le soutenir. En revanche, il a fait appel à plusieurs reprises à son ami et voisin, Robert Ménard, maire de Béziers. Il a suivi son modèle : sans étiquette. "Un rassemblement local" avec sur sa liste plusieurs militants venus de la droite, comme Marion Bravo. Louis Aliot a axé sa campagne sur la sécurité et le dynamisme économique, évitant dérapages et provocations. Depuis son arrivée au FN, à la fin des années 90, il a toujours été un acteur de la "dédiabolisation" aux côtés de Jean-Marie Le Pen, puis de sa fille.

Sa mise en examen en 2018 pour "détournements de fonds publics" n’a quasiment jamais été soulignée dans cette campagne. L’affaire des assistants parlementaires à Bruxelles paraît bien loin. Louis Aliot est devenu, peu à peu, un notable de province comme un autre. Il avait deux objectifs dans cette campagne : se normaliser pour limiter au maximum le "front républicain", et se crédibiliser pour séduire les électeurs de droite. Au premier tour, cela avait marché. Dans le bureau de vote 411, par exemple, un quartier chic de Perpignan, Louis Aliot avait réuni 41% des voix, contre 44% pour François Fillon au premier tour de la dernière présidentielle. La droite perpignanaise s’est détournée du candidat LR, Jean-Marc Pujol, âgé de 71 ans, au pouvoir ici depuis 11 ans. Mais en réalité, depuis 1959, une même majorité dirige la ville, d’abord avec Paul Alduy jusqu’en 1993, puis avec son fils, Jean-Paul Alduy, dont Jean-Marc Pujol était le premier adjoint, et héritier naturel.

Une ascension de longue date dans la ville

À Perpignan, l’implantation du FN remonte aux années 80. A l’époque, l’ancien résistant et dirigeant de l’OAS, Pierre Sergent, porte la flamme tricolore. Élu député des Pyrénées-Orientales en 1986 (grâce à la proportionnelle), il rassemble déjà 30% des voix au second tour des municipales, en 89. Il a donc participé au travail de "normalisation" du FN dans la cité catalane. Son combat pour l’Algérie française a, aussi, particulièrement touché les nombreux pieds-noirs et anciens combattants installés à Perpignan.

Le puissant socle électoral du FN puis du RN s’explique aussi par les statistiques de l’Insee et du ministère de l’Intérieur. Un quart des habitants sont au chômage, un tiers seulement paie des impôts, et le taux de pauvreté atteignait en 2016 32%. Et à cette détresse sociale s’ajoute un sentiment d’insécurité. "Perpignan, ce n’est pas Marseille, une ville où vous avez un meurtre tous les jours", reconnaît le député En Marche Romain Grau. "Mais les statistiques démontrent que l’incivilité est plus forte ici qu’ailleurs."

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