L'ex-députée du Vaucluse a tenu, mardi, une conférence en Angleterre devant les étudiants de l'Oxford Union sur la "fracture élite-peuple", une manière d'évoquer la crise des gilets jaunes loin de Paris. Marion Maréchal Le Pen garde le virus de la politique, mais à quoi joue-t-elle ? Quelle est sa stratégie ?

Entre Oxford, Lyon et Paris, que cherche exactement Marion Maréchal Le Pen ?
Entre Oxford, Lyon et Paris, que cherche exactement Marion Maréchal Le Pen ? © AFP / François GUILLOT

"Marion ne sait jamais sur quel pied danser" explique un de ses amis. Un jour, directrice de son école lyonnaise, le lendemain, femme politique comme mardi, devant plusieurs centaines d'étudiants de l'Oxford Union, un club de débats de la prestigieuse université. Dans son discours d'une vingtaine de minutes dans un anglais approximatif, Marion Maréchal parle, pèle mêle de son refus de la gestation pour autrui, de l’immigration – elle croit savoir que 20% des jeunes issus de parents immigrés plébiscitent l’application de la charia en France - et de l’Union européenne. 

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Marion Maréchal Le Pen prononce un discours à l'université britannique d'Oxford : le reportage d'Antoine Giniaux

Par Antoine Giniaux

Sans s’étendre, elle compare les "gilets jaunes" aux Brexiters et dresse un tableau critique de l’hexagone : "un Français sur quatre n’a plus la possibilité de se soigner" explique-t-elle. L’Europe doit être, selon l'ancienne député, "une simple organisation territoriale" alors que l’Europe que dessine Emmanuel Macron est, dit-elle, "une fuite en avant vers une Europe Fédéraliste", parce qu’il a choisi de "continuer à s’associer avec l’Allemagne". L’Europe doit être, selon l'ancienne député, "une simple organisation territoriale."

Une manifestation pour protester contre la venue de Marion Maréchal, invitée à débattre avec des étudiants d'Oxford
Une manifestation pour protester contre la venue de Marion Maréchal, invitée à débattre avec des étudiants d'Oxford © Radio France / Antoine Giniaux

Autre illustration de cette stratégie brouillonne : sa vidéo de vœux publiée la semaine dernière. L'ex-députée démarre par un solennel "Bonjour à tous, chères Françaises, chers Français". On s'attend alors un message politique, une adresse à la Nation. Et non, Marion Maréchal propose d'abord une publicité pour son école, vantant la dynamique de l'Issep, remerciant ses généreux donateurs. "Cette école est aujourd'hui un succès, dit-elle, puisque nous avons la chance d'avoir près de 80 étudiants."

Mais, après deux minutes, le naturel revient au galop. Elle se lance dans une charge anti-Macron.

"Une page doit se tourner en France, assure-t-elle, il n'est plus aujourd'hui admissible d'avoir à notre tête un gouvernement qui divise systématiquement les Français et refuse de les entendre."  

Marion Maréchal cherche ainsi à entretenir à la flamme, à montrer que l'avenir du pays la préoccupe, qu'elle n'a pas abandonné ce combat. Mais "elle hésite toujours sur la forme" confirme un de ses fidèles. "Elle n'a plus de communicant autour d'elle, faute d'argent, et cela explique ce côté brouillon".

Hésitation permanente

Dernier épisode qui révèle cette profonde hésitation : la crise des gilets jaunes. Mi-novembre, Marion Maréchal explique, sur BFMTV, qu'elle comprend cette colère, mais que sa place n'est pas dans la rue. Dix jours plus tard, elle affirme avoir été manifester sur les Champs-Elysées. "Je n'ai pas pu m'en empêcher" confie-t-elle, alors, au Figaro. "Que voulez-vous ? Le virus de la politique la démange" commente un de ses proches.

Pour éviter de trop contrarier sa tante, Marine Le Pen et la campagne des Européennes, Marion Maréchal a surtout choisi de s'exprimer depuis l'étranger. Cette semaine à Oxford, en juillet dernier en Italie aux côtés de la Ligue de Matteo Salvini, et cela va continuer dans les prochaines semaines, selon son entourage, qui insiste : "Marion ne partira jamais en guerre contre sa tante".

La logique commerciale de la carte-postale

Si la petite-fille de Jean-Marie Le Pen passe autant de temps à animer des conférences, c'est aussi une question de financement. Son école ne reçoit pour l'instant aucune subvention. Elle a besoin de dizaines de donateurs privés pour payer les enseignants et les locaux. Ainsi, quand elle s'exprime devant les organisateurs du pèlerinage de Chartres, le 17 novembre dernier à Paris, Marion Maréchal ne fait que vanter son école, jusqu'à proposer à la sortie sur les tables des bulletins pour faire un don à l'Issep. 

"Marion a besoin de faire de la pub pour son école" confirme un fidèle. 

Fin novembre, devant un réseau d'entrepreneurs du cercle Audace, piloté par son ami François De Voyer, elle a aussi cherché à entretenir son précieux réseau. Marion Maréchal sait qu'elle n'a pas le droit à l'erreur, si elle veut revenir un jour sur la scène politique, elle devra s'appuyer sur cette expérience dans le privé. 

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