On connaîtra dimanche soir le visage des 751 députés européens, mais pas forcément l'équilibre politique de cet hémicycle. Les groupes politiques vont être remodelés, des alliances faites et défaites pour dégager une majorité.

Le précédent Parlement européen était dominé par une alliance PPE-S&D
Le précédent Parlement européen était dominé par une alliance PPE-S&D © Radio France / Audrey Tison

Les élections européennes ont débuté ce jeudi au Royaume-uni et aux Pays-Bas. Les électeurs de l'Irlande, la République Tchèque, la Lettonie, la Slovaquie et de Malte sont appelés aux urnes ce vendredi ou ce samedi. Les 21 autres pays, dont la France, voteront dimanche.

On connaîtra donc l'identité des 751 nouveaux eurodéputés ce dimanche soir, après la fermeture des derniers bureaux de vote dans les 28 États de l'UE. Mais le véritable rapport de force au sein de l'Assemblée ne se dessinera qu'au bout de quelques jours ou semaines, au terme des discussions et alliances. Les partis et élus de chaque pays ont jusqu'au 2 juillet (début de la première session du Parlement) pour s'organiser en groupes politiques. On sait déjà que plusieurs d'entre eux seront remodelés.

Projection en terme de sièges, élaborée le 15 avril d'après les sondages nationaux
Projection en terme de sièges, élaborée le 15 avril d'après les sondages nationaux © Radio France / Parlement Européen

L'alliance PPE-S&D n'atteindrait pas la majorité

C'est le Parti populaire européen, groupe de droite, qui devrait garder le groupe le plus fourni. Selon les différents sondages, il perdrait une quarantaine de sièges et obtiendrait autour de 170 députés, dont 11 membres de la liste française Les Républicains. C'est loin de représenter la majorité des 751 élus. Jusqu'ici, aucun groupe n'a d'ailleurs jamais réussi à obtenir une majorité à lui tout seul. Il a toujours fallu que deux ou trois camps s'unissent en une coalition qui ne dure pas forcément pendant les cinq ans de mandat. Elle sert surtout à se mettre d'accord sur la répartition des postes importants au Parlement et à la validation de la composition de la Commission. Généralement, le PPE se met d'accord avec les sociaux-démocrates.

Avec 186 sièges, le groupe de gauche S&D constitue actuellement le deuxième plus gros contingent d'eurodéputés et il devrait le rester. Les sondages prédisent un score d'environ 19 %, ce qui donnerait au moins 146 sièges (dont seulement quatre pour les socialistes français), soit une quarantaine de moins que dans l'hémicycle sortant. Une alliance entre les groupes S&D et PPE ne permettra probablement pas d'atteindre la majorité absolue, il va donc falloir trouver un troisième allié.

Qui seront les faiseurs de roi ?

Cet allié pourrait être les libéraux. Le groupe ADLE de centre-droit a annoncé sa dissolution en vue d'une prochaine recomposition, notamment autour des futurs eurodéputés de La République En Marche (crédité d'environ 22 élus). Ce nouveau groupe pèserait une centaine d'eurodéputés, davantage s'ils arrivent à convaincre des élus actuellement au PPE.

On peut aussi imaginer une alliance avec les Verts qui devraient gagner quelques sièges pour atteindre environ 55 élus, d'après les sondages. Les Verts français pourraient notamment passer de six à sept ou huit élus. Mais en importance numérique, ce groupe Verts/ALE ne devrait être que le sixième groupe au Parlement Européen.

Un accord avec l'extrême gauche semble improbable. Le groupe GUE/NGL (Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique) pourrait perde quelques élus et passer sous les 50 sièges, dont sept ou huit occupés par les membres de la liste France Insoumise.

Matteo Salvini est à la manoeuvre pour tenter d'unir les forces conservatrices et nationalistes.
Matteo Salvini est à la manoeuvre pour tenter d'unir les forces conservatrices et nationalistes. © Radio France / Eric Audra

Nationalistes et conservateurs sauront-ils s'unir ?

De leurs côtés, les nationalistes et les ultra-conservateurs avançaient jusqu'à présent en ordre dispersés, ils étaient répartis dans trois groupes politiques différents : Europe de la Liberté et de la Démocratie Directe (ELDD), Europe des Conservateurs et Réformistes (ECR) et le groupe Europe des Nations et des Libertés (ENL). Les Français du Rassemblement National (crédité d'environ 21 sièges) font partie de ce dernier groupe qui devrait presque doubler ses effectifs pour atteindre une bonne soixantaine d'élus, si on se base sur les alliances actuelles.

L'Italien Matteo Salvini et d'autres figures d'extrême droite ont entamé des manœuvres de rapprochement de ces différents courants. Ils n'ont pour l'instant pas convaincu le PiS polonais de quitter le groupe ECR et le Fidesz hongrois d'abandonner le PPE (groupe dont le parti de Viktor Orban est pour l'instant suspendu). Les négociations devraient se poursuivre après les élections, mais cette fusion semble difficile tant les positions sur des dossiers sensibles (questions migratoires et liens avec la Russie) semblent irréconciliables. Sur le papier, ces trois groupes réunis pourraient rivaliser avec le PPE en atteignant 180 sièges. Mais même dans l'hypothèse où ils deviendraient numériquement le premier groupe du Parlement, ils ne trouveraient sans doute pas d'allié pour atteindre la majorité absolue.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.