Une élue accuse un de ses collègues de l’avoir violé. Le maire socialiste de la ville renvoie les protagonistes dos à dos. Sa majorité est déchirée.

Onze élus de toute tendances confondues à gauche (PS, PC, EELV) ont alerté le maire, le socialiste David Samzun, quand la conseillère municipale s'est confiée à eux
Onze élus de toute tendances confondues à gauche (PS, PC, EELV) ont alerté le maire, le socialiste David Samzun, quand la conseillère municipale s'est confiée à eux

Presque deux ans après #MeToo et quatre ans après l’affaire Baupin, dans les partis, les leçons du passé n'ont manifestement pas été tirées. Depuis plusieurs mois, à Saint-Nazaire, une affaire de viol déchire le conseil municipal, entre ceux qui ont pris partie pour la victime présumée et les autres.

La victime présumée c'est une élue socialiste du conseil municipal. Elle accuse un maire adjoint d’un rapport sexuel "non consenti" en 2014 et d’une relation "d’emprise" "douloureuse, honteuse, immorale" et "tellement surréaliste, qu'il m'aura fallu être loin d'ici, avec des femmes formidables (...) pour réussir à mettre des mots sur tout ce que je me suis infligé", comme elle l'a raconté à Mediapart. Des accusations qu'il "conteste  formellement", auprès du média d'investigation.

"Tellement douloureux"

Onze élus de toutes tendances confondues à gauche (PS, PC, EELV) ont alerté le maire, le socialiste David Samzun, quand la conseillère municipale s'est confiée à eux, fin novembre 2017, lors d'un déplacement à Paris. Elle leur a raconté son histoire, et leur a dit qu'elle ne voulait pas porter plainte. En pleine vague #MeToo, les élus --femmes et hommes-- alertés ont prévenu le premier édile en pensant que leurs témoignages protégeraient la victime présumée. Cette dernière a ensuite répété devant le maire et le cabinet ses propos ainsi que dans un mail.

Le début d'une descente aux enfers pour elle et ses soutiens. Parmi ses soutiens, Pascale Hameau est adjointe EELV. En parlant, elle pensait trouver une oreille attentive. Et in fine, comme la plupart de ses collègues, elle s'est sentie très seule comme elle l'explique à France Inter :

"Notre parole dérange alors que c'était une parole bienveillante. On a voulu préserver une femme qui nous a confié des faits graves, quelque chose de lourd, en réglant cela en interne, discrètement"

D'autant que ces élus ne demandaient qu'une chose du maire : des mesures de protection. "La cause des droits des femmes, la première des choses, c'est prendre en compte des confidences très graves, poursuit l'adjointe. On a eu un silence assourdissant et on s'est senti très seul. On attendait une réponse de prise en charge, d’écoute, peut-être de délégation à des professionnels, qui sont là pour recueillir cette parole, accompagner des victimes potentielles. On n'a pas eu."

En avril 2018, elles se rendent toutes en groupe chez le maire. Il décide à leur grand étonnement de convoquer le mis en cause, son adjoint, qui nie tout en bloc, et lui transmet les noms de la victime présumée et des adjointes qui la soutiennent et sont venues le voir. Contacté par France Inter, David Samzun n'a pas souhaité nous répondre, nous renvoyant vers un communiqué envoyé la semaine passée.

"Essayer de me faire taire"

Le maire renvoie tout le monde dos à dos, adresse néanmoins un signalement au parquet, en vertu de l'article 40 du code de procédure pénale. Impossible de savoir si pour l'instant une enquête a été ordonnée par la procureure de Saint-Nazaire. Mais une plainte a été déposée par l'adjoint mis en cause contre une autre de ses collègues, qui aurait évoqué l'affaire en réunion de majorité. Il s'agit de l'ancienne patronne du MJS, aujourd'hui première adjointe à Saint-Nazaire, Laurianne Deniaud : "Cette plainte a été déposée suite à une réunion d'adjoints socialistes. Ce n'est pas moi qui ai abordé cette question, ai cité les noms des personnes concernée", explique-t-elle, avant de poursuivre :

Je me suis permise de reprendre le maire sur la qualification des faits qu'il exposait, il a évoqué des histoires de harcèlement ou d'agression. Je lui ai rappelé que ce qui lui avait été confié, c’était un rapport non consenti et donc potentiellement un viol

Pour Laurianne Deniaud, cette plainte en diffamation, c'est une vieille technique : tenter de bâillonner ceux qui osent parler. "C'est une stratégie délibérée pour essayer de me faire taire, mais aussi la victime potentielle et toutes celles et ceux qui soutiennent la libération de la parole de toutes les femmes."

Ces onze élus sont aujourd'hui accusés par l'autre camp d'être "des procureurs", de "viser les municipales de 2020". Des arguments réfutés et considérés comme "absurdes", notamment par l'adjoint communiste Yvon Renévot : "Un principe me guide. Quand on a une libération de la parole, elle doit être soutenue, protégée et accompagnée. J'ai été surpris qu'on en soit toujours là en 2019, que les #MeToo et autres affaires Baupin n'aient pas fait avancer plus que cela un certain nombre de réflexions dans la tête de certaines personnes."

Le parti socialiste par la voix de son premier secrétaire Olivier Faure prend le sujet très au sérieux. Une mission sur place sera envoyée très vite pour tenter de régler cette crise.

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