Les travaux sur la révision constitutionnelle sont au point mort, bloqués par les débats autour de l'affaire Benalla depuis jeudi. Samedi, les députés d'opposition ont appelé à suspendre les discussions jusqu'à la semaine prochaine, tandis que l'exécutif demeure silencieux.

À l'Assemblée, la ministre de la Justice Nicole Bellouobet a appelé à poursuivre le travail sur la révision constitutionnelle.
À l'Assemblée, la ministre de la Justice Nicole Bellouobet a appelé à poursuivre le travail sur la révision constitutionnelle. © AFP / Eric FEFERBERG

L'affaire Benalla a déjà remporté le titre de plus grave crise politique depuis le début du quinquennat. À l'Assemblée, où les députés tentent de boucler les discussions sur la révision constitutionnelle, les débats sont au point mort depuis jeudi. 

Dans l'hémicycle, les oppositions, de droite comme de gauche, ont exhorté à suspendre les discussions jusqu'à la semaine prochaine. Un trouble imputé en partie au silence d'Emmanuel Macron, qui n'a toujours pas réagit après les révélations du journal Le Monde sur l'un de ses proches collaborateurs, Alexandre Benalla, filmé en train de violenter des manifestants lors des rassemblements du 1er mai. Mais les députés d'opposition entendent aussi profiter du trouble semé au sein de l'exécutif pour ralentir les débats autour de la révision de la Constitution. 

Au de la majorité, les élus LREM appellent à poursuivre les discussions. Alors que le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, sera entendu lundi à 10 par la commission des Lois, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a tenté de convaincre les députés de reprendre les débats. "Le gouvernement souhaite la poursuite effective de ce travail" constitutionnel, a-t-elle déclaré, applaudie par la majorité.  "Vous voulez absolument lier deux sujets qui n'ont pas de connection, l'un relève d'une affaire individuelle, l'autre d'une question d'intérêt collectif. L'affaire individuelle sera traitée dès lundi au niveau de la commission des Lois et par l'enquête judiciaire", a lancé la ministre aux oppositions.

Plus Emmanuel Macron se tait, "plus cela alimente les interrogations"

Depuis mercredi soir, les appels se multiplient dans la classe politique pour qu'il s'explique. L'Élysée n'a donné aucune indication sur une éventuelle prise de parole du Président. Il devait passer le week-end à travailler à Paris ou à La Lanterne, la résidence présidentielle située en marge du parc de Versailles.

Aux yeux d'une source proche de l'exécutif, de par les différentes enquêtes lancées par la justice, le Parlement ou l'IGPN (la police des polices), "tous les leviers ont été actionnés" et il n'est donc "pas nécessaire" que le président s'exprime "dans l'immédiat" au sujet de son ex-collaborateur Alexandre Benalla, en garde à vue pour des violences le 1er mai. 

Mais une source dans la majorité, sidérée par la brève communication du porte-parole de l'Élysée jeudi, pense qu'"il aurait fallu communiquer vite et clairement pour tenter au moins d'enrayer l'affaire". Ce silence au sommet de l'Etat est d'autant plus dommageable que "les télés en continu tournent en boucle avec ça".

"Plus longtemps il se tait, plus cela alimente les interrogations", pressait un député d'opposition. Les ténors ont accru samedi la pression sur le chef de l'État. Pour le président de LR Laurent Wauquiez, Alexandre Benalla "rendra des comptes à la justice, mais Emmanuel Macron, lui, va devoir rendre des comptes aux Français".

Gérard Collomb entendu lundi

Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise, a jugé l'affaire "du niveau du Watergate", qui avait conduit à la démission du président américain Richard Nixon, quand la présidente du Rassemblement national (ex-FN) Marine Le Pen a prévenu que "si Macron ne s'explique pas, l'affaire Benalla deviendra l'affaire Macron". "Le président de la République devra obligatoirement parler aux Français, à la télévision", a assuré devant la presse Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France).

Face à ce qui est déjà dénoncé par certains comme un "scandale d'État", Gilles Le Gendre, porte-parole des députés LREM, accuse les oppositions d'"instrumentaliser cette affaire" parce qu'ils "n'ont toujours pas digéré la défaite cuisante" dans les urnes il y a un an.

Pour l'exécutif, il s'agit dans l'immédiat de préparer les auditions très attendues des prochains jours, en premier lieu celle de Gérard Collomb devant la commission des Lois de l'Assemblée lundi, "un fusible" s'est émue l'opposition.

Depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a montré à plusieurs reprises qu'il n'aimait pas réagir sous la pression, notamment médiatique ou partisane. Mais il a aussi fait évoluer sa communication ces derniers mois, passant d'une parole rare à une expression beaucoup plus fréquente, notamment lors de ses déplacements.  Lors de sa visite jeudi en Dordogne, il a refusé de répondre aux nombreuses questions des journalistes lui demandant de réagir aux révélations du quotidien Le Monde. 

Certains dans la majorité espèrent encore que la fièvre retombera d'ici aux vacances de l'exécutif, prévues après le Conseil des ministres du vendredi 3 août. En attendant, Emmanuel Macron doit notamment se rendre la semaine prochaine sur une étape du Tour de France, puis en Espagne et au Portugal.

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