D'après le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, les manifestants molestés n'avaient "pas de papiers sur eux" et avaient "déclaré de fausses identités". C'est faux, selon Le Monde, qui révèle également que le couple n'aurait pas provoqué de violences "graves" et "répétées" contre les CRS.

Le couple de manifestants, molesté par Alexandre Benalla le 1er mai sur la place de la Contrescarpe, n'a pas menti.
Le couple de manifestants, molesté par Alexandre Benalla le 1er mai sur la place de la Contrescarpe, n'a pas menti. © AFP / Naguib-Michel Sidhom

On ne connaît pas leurs noms, et ils se gardent à l'abri de la folie médiatique qui s'est emparée de l'affaire Benalla. Mais leurs visages tournent en boucle sur les réseaux sociaux et les sites de presse depuis trois semaines. Dans plusieurs vidéos tournées place de la Contrescarpe, à Paris, le 1er mai dernier, un jeune homme et une jeune femme sont violemment interpellés par Alexandre Benalla. D'autres vidéos les montrent en train de crier, et de lancer des objets sur les CRS. Lors des auditions devant la commission d'enquête de l'assemblée nationale, puis dans la presse, on a dit qu'ils avaient menti lors de leur interpellation : ce n'était pas le cas, confirme aujourd'hui la police, dans des documents révélés par le Monde.

Le 25 juillet, une semaine après le début de l'affaire Benalla, le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire sur de possibles violences commises par les deux manifestants sur des policiers. Deux jours plus tôt, le 23 juillet, Michel Delpuech, préfet de police de Paris, avait apporté des précisions lors de son audition devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale.

Ces deux personnes avaient déclaré de fausses identités. Ils n'avaient pas de papiers sur eux. Il n'y a pas eu de procédure contre eux; au demeurant, sur ce que j'ai vu, il n'y avait pas grand'chose à leur reprocher.

Dans son interview au Monde, le 26 juillet dernier, Alexandre Benalla les décrit pourtant en des termes beaucoup moins amènes. "C'était les plus agités de la bande, la fille essaie de saisir une table, elle n'y arrive pas, elle jette une chaise. Son copain se met au milieu de la place, il jette une bouteille qui arrive sur la tête d'un CRS [...] Elle est hystérique et lui aussi" raconte-t-il, pour justifier son intervention musclée.

Mais ce n'est pas vraiment la conclusion des services de police interrogés par le parquet de Paris. Dans sa réponse citée par le Monde, le directeur de la sécurité de l'agglomération parisienne (DSPAP) explique que ce jour-là, "priorité a été donnée aux individus suspectés d'avoir participé aux actions les plus violentes, porteurs d'armes, de vêtements noirs, foulards, accessoires de dissimulation, c'est à dire les potentiels membres des black blocs". Les personnes "ne faisant pas état d'infractions de violences volontaires graves ou répétées envers la police" ont été relâchées, précise la sûreté territoriale de Paris, citée par le Monde. Sur 283 personnes interpellées le 1er mai, 109 seulement ont été placées en garde à vue.

Entendus comme parties civiles en septembre

Le couple, présent ce jour-là par hasard sur la place de la Contrescarpe, reconnait avoir jeté dans un geste irréfléchi un cendrier et une carafe d'eau sur les CRS. Inconnus de la police et de la justice, ils n'ont pas vraiment le profil de membres des blacks blocs. D'ailleurs, contrairement aux propos du préfet, le couple a bel et bien donné son identité. Sur leurs fiches d'interpellation, le nom du jeune homme, de nationalité grecque et qui parle français avec un fort accent, est simplement mal orthographié. La jeune femme, nous précise son avocat, avait ses papiers sur elle. Pour Me Sahand Saber, ces informations confirment que les jeunes gens n'étaient "ni des casseurs, ni des fauteurs de trouble"; il dénonce la "tournure politique" de cette enquête décidée par le parquet contre ses clients. 

C'est d'ailleurs en tant que parties civiles qu'ils seront entendus par les juges d'instruction, au mois de septembre. 

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