Le candidat LREM Benjamin Griveaux a annoncé ce vendredi matin qu'il se retirait de la course à la mairie de Paris après la diffusion de vidéos intimes lui étant attribuées. Publiées par un artiste russe, elles se sont propagées comme une traînée de poudre jeudi sur les réseaux sociaux.

Benjamin Griveaux a annoncé vendredi matin qu'il retirait sa candidature à la mairie de Paris.
Benjamin Griveaux a annoncé vendredi matin qu'il retirait sa candidature à la mairie de Paris. © AFP / Lionel Bonaventure

C'est une déflagration dans la campagne pour les élections municipales. Benjamin Griveaux, le prétendant La République en Marche à la mairie de Paris, a annoncé ce vendredi matin qu'il retirait sa candidature. En cause : la diffusion sur Internet de vidéos à caractère sexuel lui étant attribuées. Récit chronologique d'un fol emballement.

Jeudi, 11h10 : premier message sur les réseaux sociaux

Tandis que Benjamin Griveaux présente jeudi matin son programme dans un cinéma des Batignolles, dans le XVIIe arrondissement de Paris, un nouveau compte, baptisé p-politique, poste à 11h09 son premier message sur Twitter : "pornopolitique est la première ressource pornographique avec la participation de fonctionnaires et représentants politiques créée par Piotr Pavlenski, participez, partagez !"

Précisons ici que Piotr Pavlenski est un artiste russe réfugié en France. Il a notamment fait parler de lui en 2017 en tentant de mettre le feu à l'entrée du bâtiment de la Banque de France, estimant que "les banquiers ont pris la place des monarques". Une action qui lui a valu une condamnation à trois ans de prison, dont deux avec sursis.

Une minute plus tard, à 11h10, un nouveau tweet. "Oui, Benjamin Griveaux entretient bien une ''relation charnelle'' avec les parisiens et les parisiennes (c'est lui qui le dit, et on le prouve!) …", peut-on lire.

Le compte Twitter @politique_p a permis de diffuser l'article contenant les vidéos intimes de Benjamin Griveaux
Le compte Twitter @politique_p a permis de diffuser l'article contenant les vidéos intimes de Benjamin Griveaux / capture d'écran/Twitter

Le message renvoie vers un site, visiblement très récent, nommé pornopolitique, qui explique s'intéresser aux fonctionnaires et représentants politiques qui "mentent à leurs électeurs en imposant le puritanisme à la société alors qu'ils le méprisent eux-mêmes". Il garantit l'anonymat à ses contributeurs. Publié mercredi, le premier article de la rubrique "personnalités" est consacré à Benjamin Griveaux, retraçant son parcours politique et évoquant "une foi fanatique dans les valeurs familiales". Suivent des captures d'écran d'échanges de messages présentés comme ceux du candidat à la mairie de Paris avec "une jeune fille", ainsi que deux vidéos intimes.

► ALLER PLUS LOIN - Dans cette affaire, qui risque quoi devant les tribunaux ?

Jeudi après-midi : les vidéos circulent en privé, avant d'être relayées publiquement par un député

Dans l'après-midi, les vidéos en question circulent sur les réseaux sociaux, d'abord via messages directs, notamment au sein de la macronie. Des échanges ont également lieu entre des assistants parlementaires LREM et le responsable du site. 

À 18h15, le député Joachim Son-Forget, ex-LREM et candidat déclaré à la présidentielle, partage à ses 60 000 abonnés le lien vers l'article publié par pornopolitique assorti du commentaire suivant : "J’espère que ces vidéos sexuelles affligeantes incriminant Benjamin Griveaux et une jeune femme seront démenties par l’intéressé et son équipe car une telle diffamation serait extrêmement grave dans la campagne pour Paris."

Tweet publié par le député (ex-LREM) Joachim Son-Forget
Tweet publié par le député (ex-LREM) Joachim Son-Forget / capture d'écran / Twitter

Jeudi soir : l'un des sujets les plus discutés sur Twitter

Après ce tweet, la machine s'emballe pour de bon. Benjamin Griveaux devient l'un des sujets les plus discutés sur Twitter. "Docteur Griveaux ou Mister Grivois : nouvelle affaire DSK ?" s'interroge Nicolas G. dans un billet - ensuite supprimé - posté sur son blog Mediapart.

Billet de blog publié ce jeudi avant d'être supprimé
Billet de blog publié ce jeudi avant d'être supprimé / Capture d'écran

En fin de journée, Emmanuel Macron, en déplacement en Haute-Savoie, s'entretient au téléphone avec Benjamin Griveaux. Le président assure son soutien à son ancien secrétaire d'État "quelle que soit sa décision", tout en l'invitant à protéger les siens.

Vendredi 9h : réunion de crise et déclaration enregistrée

Vendredi, Benjamin Griveaux annule ses rendez-vous médiatiques du jour, et convoque une réunion de crise à son QG. Un peu avant 9h, dans une déclaration enregistrée, il annonce renoncer à sa candidature à la mairie de Paris. "Un site internet et des réseaux sociaux ont relayé des attaques ignobles mettant en cause ma vie privée. Ma famille ne mérite pas cela. Personne, au fond, ne devrait jamais subir une telle violence."

Dans le même temps, l'artiste Piotr Pavlenski assume, explique à Libération avoir voulu "dénoncer l'hypocrisie" de l'ex-porte-parole du gouvernement. Il affirme tenir cette vidéo d'une "source" qui avait une relation consentie avec Benjamin Griveaux.

Vendredi, tout au long de la matinée : indignation politique unanime

L'affaire ne manque pas de susciter un grand émoi politique. Cédric Villani, candidat dissident et désormais ex-rival de Benjamin Griveaux, dénonce une "attaque indigne", une "menace grave pour notre démocratie".

Le chef de file de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon appelle ses soutiens à ne pas participer au règlement de compte dont Benjamin Griveaux fait l'objet. "Refusons le naufrage voyeuriste de la vie publique du pays. Non, tous les coups ne sont pas permis", écrit-il sur son compte Twitter.

Le Premier ministre Édouard Philippe dit quant à lui respecter la "décision difficile" du candidat LREM. "À présent, il est urgent de laisser l'homme et sa famille en paix".

L'avocate de Benjamin Griveaux a indiqué à franceinfo que son client allait porter plainte, notamment pour violation de la vie privée. 

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