Cela sera-t-il suffisant ? Matignon a annoncé ce jeudi que François de Rugy s'engageait à "rembourser chaque euro contesté". L'exécutif espère ainsi mettre fin à 36 heures de polémiques autour du ministre de la Transition écologique, éclaboussé par des révélations de Mediapart.

François de Rugy était ministre de la Transition écologique depuis le 4 septembre 2018.
François de Rugy était ministre de la Transition écologique depuis le 4 septembre 2018. © AFP / Georges Gobet

Il a finalement réussi à sauver sa place au gouvernement. À l'issue d'un entretien avec le Premier ministre ce jeudi après-midi, François de Rugy s'est engagé à soumettre ses frais de réception aux autorités de contrôle de l'Assemblée nationale et à rembourser si nécessaire "chaque euro contesté". Édouard Philippe a également demandé une inspection concernant les travaux réalisés dans l'appartement du ministre de la Transition écologique. Au lendemain des premières révélations de Mediapart sur le train de vie du successeur de Nicolas Hulot, l'exécutif espère mettre ainsi un point final à 36 heures de tourmente politico-médiatique.

Mercredi 10 juillet

4h03 : vaisselle d’apparat, grands crus, et homards géants - Documents, photos et témoignages à l’appui, Mediapart publie au petit matin (et quelques heures avant une interview du ministre sur France Inter) une enquête sur les somptueux dîners donnés par François de Rugy et sa femme, aux frais de la République, entre 2017 et 2018, du temps où celui-ci était président de l’Assemblée nationale. Ces réceptions étaient organisées dans les salons de l'Hôtel de Lassay, la résidence du président de l’Assemblée, "sans qu’il y ait de lien évident avec les fonctions d’alors de François de Rugy", écrit Fabrice Arfi. "Cette pratique apparaît en franche contradiction avec le combat mené par l’intéressé depuis des années pour la transparence et une meilleure gestion des deniers publics au Parlement", ajoute-t-il.

8h20 : François de Rugy se défend sur France Inter - Invité du Grand entretien, le ministre de la Transition écologique qualifie l’enquête de Mediapart d’article "pamphlétaire et grotesque". "Nous n'avons rien à nous reprocher (...) J'assume totalement qu'un président de l'Assemblée, comme un ministre, rencontre de manière informelle lors de dîners des responsables d'entreprises, de la culture, de l'université. Je n'accepte pas qu'on nous attaque moi et ma femme, nous n'avons rien à nous reprocher, ni elle ni moi."

11h02 : la twittosphère s'emballe - Séverine Servat de Rugy s'est défendue en expliquant à Mediapart que les dîners en question devaient permettre au couple de "ne pas se couper de la société". Argument dont s'amusent les internautes (et quelques autres).

12h17 : les interrogations du président de la commission déontologie du Sénat - "Le président d’une Assemblée doit être exemplaire, rappelle Arnaud Bazin. On peut comprendre les exigences pour des dîners d’État, mais on peut s’interroger pour des dîners plus personnels."

13h19 : Batho réclame sa démission - La députée Delphine Batho, ex-ministre de l'Environnement a dégainé la première et réclame la démission du ministre.

"J'ai pris connaissance de l'article de Mediapart. Cela me paraît moralement inacceptable. Sa démission s'impose parce que c'est de l'argent public. L'argent public n'est pas fait pour organiser des dîners privés fastueux."

15h15 : le gouvernement vole au secours du ministre - "François de Rugy conserve bien évidemment la confiance" du président et du Premier ministre, déclare la porte-parole Sibeth Ndiaye à l'issue du conseil des ministre. "Dans ces fonctions de président de l’Assemblée nationale, il est évident qu’on est amené à avoir des moments de représentation, des moments de contact avec la société civile sous des formes qui peuvent être extrêmement diverses."

19h41: "Que la sobriété républicaine remplace la république somptuaire" - Sur France Info Matthieu Caron, directeur général de l'Observatoire de l'éthique publique, explique qu'il est "sans doute temps que la sobriété républicaine remplace la république somptuaire et que chacun s'interroge sur ces pratiques".

23h30 : le successeur de Nicolas Hulot se justifie sur Facebook - Dans un long post publié sur le réseau social, François de Rugy communique les réponses apportées par son cabinet aux questions de Mediapart. Il évoque les fameux dîners somptueux mais aussi, les travaux de rénovation effectués dans l'appartement qu'il occupe au ministère.

Il affirme qu'il a fait baisser significativement au cours de son mandat les dépenses de fonctionnement de l’Assemblée nationale (-13% pour les frais de réception de l’Hôtel de Lassay, entre autres, ce qui les fait en fait revenir au même niveau qu'en 2015). Plusieurs avantages (voitures avec chauffeur pendant cinq ans, bureau avec secrétariat pendant dix ans) ont par ailleurs été supprimés de son fait, insiste-t-il.

Jeudi 11 Juillet 

4h12 : nouvelles révélations de Mediapart, cette fois sur la directrice de cabinet de François de Rugy - Selon le journal en ligne, la préfète Nicole Klein a conservé un HLM à Paris de 2006 à 2018, alors qu'elle n'habitait plus la capitale.

4h29 : un appartement rénové à grand frais - Dans une autre enquête, Mediapart affirme que François de Rugy et sa femme ont fait réaliser plus de 63 000 euros de travaux aux frais du contribuable, dans les appartements privés du ministère.

4h43 : des députes LREM veulent prendre une mesure disciplinaire contre le ministre de la Transition écologique - "Il y a des règles, un déontologue", déclare à franceinfo le député de Paris Sylvain Maillard. "Le ministre devra rembourser si ce sont des dépenses personnelles."

6h54 : la directrice de cabinet quitte ses fonctions - "C'est François de Rugy qui souhaite expressément que je parte", a déclaré Nicole Klein à Ouest France.

8h36 :  Schiappa attend des réponses, mais soutient François de Rugy - "Il a toujours été attaché à la transparence. Je suis persuadée qu'il apportera toutes les réponses nécessaires à toutes les questions qui, légitimement, se poseront", déclare Marlène Schiappa, secrétaire d'État chargé de l'égalité femmes-hommes. Avant d'ajouter : "Il y a pu avoir un ou deux moments qui posent question, je le comprends. Mais je n'aime pas les phénomènes de meute et de lynchage."

11h05 : EELV réclame la démission du ministre - Le porte-parole d'Europe Écologie Les Verts (EELV) Julien Bayou déclare sur Radio Classique : "Il a invité ses amis et il prétend le contraire" et "il est pris en flagrant délit de mensonge".

12h31 : de Rugy prêt à corriger “les erreurs” - En déplacement dans les Deux-Sèvres, le ministre de la transition écologique affirme qu’il est prêt à se “livrer” à des “vérifications” sur les réceptions qu’il a organisées et que “s'il y a eu des erreurs d'appréciation de ma part, je serai tout prêt également à les corriger".

13h04 : un homard en plastique - Une cinquantaine de militants écologistes, communistes et "solidaires" se sont rassemblés devant la préfecture de Niort où déjeunait le ministre, en brandissant un grand homard en plastique et aux cris de "François démission !", ou encore "Ils étaient bio les homards ? Nous aussi on en veut !"

14h02 : la pression s’accentue - Le président de l’Observatoire de l’éthique publique dénonce au micro de France Info, “un comportement éthiquement et moralement condamnable”

14h40 : visite de terrain écourtée - François de Rugy écourte sa visite de terrain dans les Deux-Sèvres pour retourner en urgence à Paris, nous apprend une alerte de l’AFP.

14h59 : “Il faut se détendre” - L’entourage du ministre, inondé de coups de fils, affirme que le retour précipité du ministre n’est pas lié à une éventuelle démission. "Il faut se détendre", assure-t-il.

15h57 : la visite de l’appartement - La femme de François de Rugy fait visiter le fameux appartement au Point. “Les murs ont été peints : blanc ivoire et liseré bleu assorti. Une porte conduit à la chambre du couple, la pièce communique avec une chambre d'enfant, envahie de Lego. Puis on rejoint la salle de bains, petite et sans fenêtre”, nous apprend l’hebdo.

16h18 : convoqué à Matignon - Les services du Premier ministre indiquent à l’AFP que François de Rugy sera reçu par Édouard Philippe à 16h30. 

18h24 : François de Rugy reste au gouvernement. Il dit vouloir "ne laisser aucun doute" et s'engage à rembourser si nécessaire chaque euro contesté, annonce Matignon. Édouard Philippe demande par ailleurs au secrétariat général du gouvernement de diligenter dès vendredi une inspection concernant les travaux réalisés dans l'appartement de fonction du ministre de la Transition écologique.

20h19 : Mediapart persiste et signe. Le journal en ligne publie de nouvelles révélations, cette fois sur un logement à vocation sociale que le ministre loue en Loire-Atlantique depuis 2016... alors même qu'il est "largement au-dessus des plafonds de revenus" prévues par les conditions de location. "Intraitable avec sa directrice de cabinet, François de Rugy le sera-t-il avec lui-même ?", se demande Mediapart.

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