"Dernier des barons gaullistes", ancien patron de Elf-Aquitaine, l'ex-garde des Sceaux Albin Chalandon est mort à l'âge de 100 ans.

Albin Chalandon, ici en 1977 dans la cour de l'Elysée à Paris.
Albin Chalandon, ici en 1977 dans la cour de l'Elysée à Paris. © AFP

Il venait de fêter son 100e anniversaire. L'ancien garde des Sceaux, Albin Chalandon, est mort. L'actuel ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti a salué sur Twitter un "combattant de la Libération", "grand serviteur" de la République. Ancien résistant, gaulliste, il a été député des Hauts-de-Seine et du Nord mais aussi dirigeant, six années durant (1977-1983), d'Elf-Aquitaine, à l'époque nationalisée. Et puis, au gouvernement, sous De Gaulle, comme éphémère ministre de l'Industrie (mai-juillet 1968) ou bien du Logement et de l'Equipement (1968-1972 ; il fit construire les fameuses maisons bon marché dites "chalandonnettes", dont certaines sont réputées pour leurs malfaçons). Et, enfin, de 1986 à 1988, au ministère de la Justice sous François Mitterrand, à l'époque en cohabitation avec Jacques Chirac.  

L'empreinte de la lutte anti-terroriste

En 1986, il prend ses fonctions alors que la France est touchée par une vague d'attentats, attribués au Hezbollah. C'est donc surtout dans la lutte antiterroriste que le ministre laisse son empreinte, avec la loi du 9 septembre 1986, texte jugé fondateur en la matière. Elle créé notamment la section antiterroriste du parquet de Paris, composée de juges d'instruction et procureurs spécialisés, dédiés uniquement à ce dossier, et remplacée depuis 2019, par le Parquet national antiterroriste (Pnat). 

C'est également avec cette loi que naissent les cour d'assises spéciales, dans lesquelles les personnes soupçonnées d'actes de terrorisme sont jugées par des magistrats professionnels, sans jury populaire.

Tournant sécuritaire

Le mandat Albin Chalandon, membre du RPR, au ministère de la Justice, est également celui d'un tournant jugé, à l'époque, "sécuritaire". Quelques semaines après sa prise de poste, le garde des Sceaux convoque les procureurs généraux et leur déclare : "Il faut savoir réprimer, et pas seulement prévenir." Cette déclaration se traduira sur le plan judiciaire par des mesures telles que le durcissement des conditions de remise de peine ou la simplification des contrôles d'identité

Même s'il ne ménage pas ses efforts pour redresser une justice "condamnée au laxisme, faute d'argent et de personnels", il se heurte à l'opposition virulente des magistrats notamment à propos de son projet de réforme de l'instruction.

Au-delà de son empreinte dans la législation, le mandat d'Albin Chalandon marque aussi le paysage pénitentiaire : dans une France qui manque (déjà) de places de prison, le ministre décide de la construction de 25 nouveaux établissements, soit 13 000 places. Un projet baptisé "programme des 13 000" ou "programme Chalandon".

Hommages de la droite 

Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a salué le "dernier des barons gaullistes" quand l'ex-garde des Sceaux, Rachida Dati, dont Albin Chalandon a été l'un des mentors tout au long de sa carrière, a accueilli la nouvelle avec une immense tristesse. "Albin Chalandon a changé ma vie. C'est quelqu'un qui m'a tout donné. Il m'a donné ma liberté, m'a permis de m'émanciper, il m'a aidée quand ma mère était gravement malade, ma famille dans les épreuves et dans ma vie professionnelle. J'avais un amour infini pour lui et je me dis : s'il n'avait pas été là, qu'est-ce-que je serais devenue ?", a-t-elle témoigné à l'AFP, la voix brisée par l'émotion. 

"Avec Albin Chalandon, une personnalité hors du commun disparaît", a écrit sur Twitter Valérie Pécresse, la présidente (ex-LR) de la Région Île-de-France. "Il a servi la France avec élégance à chaque étape de sa vie", met en exergue le maire de Nice (LR) Christian Estrosi. "La Ve République perd un de ses grands serviteurs", s'incline Xavier Bertrand, le président (ex-LR) des Hauts-de-France.

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