Avant Emmanuel Macron, les présidents de la Ve République ont été confrontés à des conflits sociaux d'envergure, les obligeant à faire marche arrière sur un texte de loi ou à dissoudre l'Assemblée nationale. Leur prise de parole n'ont pas toujours fait mouche.

En 2006, Jacques Chirac promulgue le CPE mais soumet des modifications pour calmer le conflit social qui rendent la loi inapplicable.
En 2006, Jacques Chirac promulgue le CPE mais soumet des modifications pour calmer le conflit social qui rendent la loi inapplicable. © Capture d'écran INA

Quelles seront les annonces d'Emmanuel Macron ce lundi soir pour tenter d'éteindre le conflit des "gilets jaunes" ? Les manifestations depuis le 17 novembre dernier pour protester contre la taxe sur les carburants ne semblent pas trouver d'issue, le gouvernement n'ayant pas été à la hauteur des revendications nombreuses d'un mouvement sans leader et de plus en plus déterminé à obtenir la tête du chef de l'État.

Au sein du gouvernement même, la question d'une marche arrière sur l'ISF est évoquée, hypothèse aussitôt balayée par Emmanuel Macron, tandis qu'une partie de l'opposition appelle à une dissolution de l'Assemblée nationale. Des décisions difficiles et qui n'ont pas toujours suffit à apaiser les conflits. Retour en arrière.

François Hollande abandonne la déchéance de nationalité 

Le contexte : Suite aux attentats du 13-Novembre à Paris et au Stade de France, François Hollande annonce devant le Parlement réuni en Congrès, le 16 novembre 2015, son souhait d'étendre la déchéance de la nationalité française aux binationaux nés français. Cette annonce provoque une scission au sein des socialistes, certains condamnant publiquement le président de la République de reprendre l'une des mesures centrales du Front national et va aboutir à la démission de sa Garde des Sceaux, Christiane Taubira, le 27 janvier 2016.

La réponse du Président : Le 30 mars 2016, François Hollande met un terme au débat et enterre le texte, faute de pouvoir trouver un moyen de concilier les positions du Sénat et de l'Assemblée sur le texte.

Comment ça a été reçu : Ce retour en arrière a signé le début de divisions profondes au sein de la majorité socialistes. Nombre d'élus et de militants ont pris leurs distances avec le parti au pouvoir et, devant l'absence de soutien, François Hollande a renoncé à se porter candidat à sa succession pour la présidentielle 2017 un an plus tard, laissant le champ libre pour des primaires ouvertes à gauche et la montée d'un outsider, Emmanuel Macron.

En 2006, le CPE promulgué mais suspendu

Le contexte : En mars 2006, 1,5 puis 3 millions de personnes manifestent contre le CPE, le contrat première embauche, porté par Dominique de Villepin. 

La réponse du Président : Dans une allocution diffusée le 31 mars, le président de la République décide de promulguer la loi et de la modifier aussitôt pour répondre aux principales revendications des manifestants.

Comment ça a été reçu : Dix jours plus tard, Dominique de Villepin enterre le CPE.

Deux ans après le retrait du plan Juppé, Jacques Chirac dissout l'Assemblée nationale

Le contexte : Fin 1995, deux millions de personnes descendent dans la rue pour demander le retrait du plan Juppé sur les retraites et la Sécurité sociale. À l'époque, Jacques Chirac ne s'exprime pas directement mais le gouvernement finira par retirer sa réforme sur les retraites le 15 décembre 1995 et à renvoyer le vote du budget de la Sécurité sociale au Parlement, ce qui fait décroître la contestation.

La réponse du Président : Les réformes de la protection sociale sont mal perçues et, le 21 avril 1997, le Président décide d'anticiper les élections législatives prévues en 1998 en réponse à la baisse de popularité de la droite. 

Comment ça a été reçu : C'est la gauche plurielle qui l'emporte et Jacques Chirac n'a d'autre choix que de nommer le socialiste Lionel Jospin Premier ministre.

L'École libre provoque la chute du gouvernement Mauroy

Le contexte : En 1984, le mouvement de l'École libre s'oppose à la volonté du gouvernement de créer un grand service public unifié et laïc de l'éducation nationale en y intégrant les écoles privées. Le projet de loi dite Savary, du nom du ministre de l'Éducation Alain Savary, est adoptée en première lecture à l'Assemblée nationale, après un premier semestre 1984 marqué par les mobilisations. Le 24 juin, une semaine après les élections européennes, entre 850 000 et deux millions de personnes manifestent contre le texte.

La réponse du Président : Le 14 juillet 1984, le président François Mitterrand annonce le retrait de la loi Savary.

Comment ça a été reçu : Son Premier ministre Pierre Mauroy démissionne trois jours plus tard.

De Gaulle, 30 mai 1968 : "Je dissous aujourd'hui l'Assemblée nationale"

Le contexte : Le 29 mai 68, le Général de Gaulle disparaît pendant plusieurs heures, laissant son gouvernement dans l'angoisse. Face au conflit social de Mai-68, le chef de l'État est au pied du mur. Grève générale qui paralyse la France, affrontements violents causant la mort de plusieurs personnes, les syndicats, d'abord débordés reprennent la tête du mouvement. Le mouvement de grève s'approfondit et devient politique quand Charles de Gaulle propose un référendum le 24 mai 68, qui ne suscite pour seule réponse qu'une nouvelle nuit de barricades parisiennes, plus violentes encore.

La réponse du Président : "La République n'abdiquera pas" avait finalement déclaré le Général de Gaulle le 30 mai 1968. Le président de la République décide finalement d'accepter la proposition de son Premier ministre Georges Pompidou et annonce la dissolution de l'Assemblée nationale.

Comment ça a été reçu : Un mois plus tard, le groupe des gaullistes emporte la majorité absolue à l'Assemblée, lors des législatives des 23 et 30 juin.

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