Ils marchaient tous comme un seul homme, quelques pas derrière Emmanuel Macron, le jour de la passation des pouvoirs avec François Hollande à l'Elysée. Proches au point qu'on les surnommait les "Mormons", ils ont depuis tous quitté l'entourage immédiat du président. Dernière en date : Sibeth Ndiaye.

Après le départ de Sibeth Ndiaye, plus aucun membre de l'équipe qui a oeuvré à l'élection d'Emmanuel Macron ne travaille aux côtés du chef de l'État
Après le départ de Sibeth Ndiaye, plus aucun membre de l'équipe qui a oeuvré à l'élection d'Emmanuel Macron ne travaille aux côtés du chef de l'État © Maxppp / Cedric Bufkens

C'était la dernière des "la bande des Mormons", comme s’étaient eux-mêmes qualifiés ces très proches du chef de l’État : après l'entrée au gouvernement de Sibeth Ndiaye, annoncée ce dimanche soir, plus aucun de ces conseillers d'Emmanuel Macron, qui faisaient bloc autour du candidat pendant la campagne présidentielle, ne travaille à ses côtés. 

Ceux qui ont (re)pris leur indépendance politique

Sibeth Ndiaye, nouvelle porte-parole du gouvernement. C'était la dernière "survivante", la seule de l'équipe de campagne à travailler encore avec le chef de l'État depuis son arrivée à l'Élysée. Chargée des relations presse d’Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle, elle avait été poussée sous la lumière par le documentaire Les coulisses d’une victoire, diffusé sur TF1 au lendemain de l’élection. On y voyait le rôle majeur qu’elle avait joué pour entourer le candidat Macron. Elle avait suivi Emmanuel Macron à l’Élysée pour devenir conseillère dans la cellule de communication de la présidence, très présente notamment sur chacune des grandes étapes du “Macron-tour”, les déplacements présidentiels à l'occasion du grand débat national. 

Son passage à l'Élysée a été marqué par trois polémiques. En juillet 2017, l'Express publiait un article sur la stratégie de communication de la Présidence, dans lequel Sibeth Ndiaye affirmait "j'assume parfaitement de mentir pour protéger le président". Si elle a contesté ces propos, ils sont toujours visibles sur le site du magazine, indiquant qu'elle n'a entrepris aucune démarche pour les faire retirer. Toujours à l'été 2017, après la mort de Simone Veil, au SMS d'un journaliste demandant si elle aurait des obsèques nationales, elle avait répondu "Aucune idée la meuf est morte il y a moins de 24h" (le Canard Enchaîné avait rapporté "Yes la meuf est dead", un message que Sibeth Ndiaye avait démenti). Enfin, en juin 2018, c'est elle qui a filmé et mis en ligne la vidéo, censée démontrer l'autorité d'Emmanuel Macron, en réunion avec ses collaborateurs. Un coup de com' jugé malheureux, puisqu'on a surtout retenu l'expression "pognon de dingue" que coûtent les minima sociaux, selon le président.

Benjamin Griveaux, parti briguer la mairie de Paris. C'est pour le remplacer au gouvernement que Sibeth Ndiaye a quitté l'Élysée. Issu des rangs socialistes, membre de la garde rapprochée d’Emmanuel Macron dès ses premières ambitions, Benjamin Griveaux est engagé dans la campagne comme porte-parole. Candidat aux législatives en juin 2017, il devient député de Paris, mais est immédiatement nommé secrétaire d'État dans le gouvernement Philippe II. D'abord placé aux côtés de Bruno Le Maire à Bercy, il est ensuite rattaché à Matignon pour prendre le poste très exposé de porte-parole du gouvernement. Une fonction qu'il quitte le 27 mars, le même jour qu'un autre secrétaire d'État, Mounir Mahjoubi, tous deux souhaitant devenir candidat de la majorité à l'élection municipale de Paris en mars 2020.

Stéphane Séjourné, parti diriger la campagne de la majorité pour les élections européennes. Après la victoire d’Emmanuel Macron, cet ancien socialiste était devenu le conseiller politique de l’Élysée, l’un des principaux collaborateurs du président, en charge des élus. Un poste qu'il quitte en décembre pour diriger la campagne commune de LREM, du MoDem et d'Agir pour les élections européennes du 26 mai. Ce n'est pas le n°1 de la liste baptisée "Renaissance", place dévolue à l'ancienne ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau, mais sa sixième position lui assure quasiment un siège au Parlement européen.

Richard Ferrand, ministre puis président de l’Assemblée. Le président de l’Assemblée nationale apparaît sur cette photo accompagné par son épouse (qui, elle, n'a pas joué de rôle politique durant la campagne). Richard Ferrand, proche d’Emmanuel Macron, occupe le poste de secrétaire général du mouvement présidentiel, En Marche, pendant la campagne. En mai, il devient ministre de la Cohésion des territoires mais, à cause du scandale des mutuelles de Bretagne, il ne survit pas au remaniement Philippe II. Élu député, il prend la tête du groupe La République En Marche à l’Assemblée nationale en juin 2017 et succède à François de Rugy à la tête de l’hémicycle lorsque ce dernier devient ministre.

Julien Denormandie, secrétaire d’État puis ministre. Julien Denormandie est entré au gouvernement en tant que secrétaire d’État auprès du ministre de la Cohésion des territoires. Il prend le poste de ministre de la Ville et du Logement en octobre 2018. Bien que très proche du chef de l’État - il était son directeur de cabinet au ministère de l’Économie - il n’a jamais eu de poste de conseiller à l’Élysée. 

La bande des "Mormons", ici le jour de l'investiture d'Emmanuel Macron, a oeuvré à sa victoire à la présidentielle
La bande des "Mormons", ici le jour de l'investiture d'Emmanuel Macron, a oeuvré à sa victoire à la présidentielle © Maxppp / Yoan Valat

Ceux qui ont quitté l’Élysée

Ismaël Emelien, démissionnaire. Son départ, annoncé au mois de février au magazine Le Point, a suscité de très nombreux commentaires, tant il était réputé proche du président de la République. Ismaël Emelien, tout juste 32 ans, était déjà aux côtés d'Emmanuel Macron lors de son passage à Bercy (2014-2016). Il a ensuite participé au lancement d’En marche et à la campagne présidentielle avant de devenir son conseiller spécial à l’Élysée. Il fournissait aux ministres et députés les “éléments de langage” sur les sujets d’actualité. Il justifie sa démission par la prochaine parution d’un livre qu’il co-signe sur le progressisme alors que le président de la République avait interdit à ses conseillers de publier quoi que ce soit pendant leur séjour à l'Élysée. Mais l'ex-conseiller est également mis en cause dans l’affaire Benalla et notamment dans les enregistrements révélés par Médiapart. C’est à lui qu’Alexandre Benalla, ex-chargé de mission de l’Élysée, aurait transmis des vidéos obtenues illégalement auprès de la police pour le disculper dans l’affaire du 1er-Mai. 

Sylvain Fort, parti en janvier. Il était le patron de la cellule de communication de la présidence depuis l’élection mais surtout la plume du chef de l’État. Sylvain Fort a discrètement quitté l’Élysée à la fin du mois de janvier. Il avait accompagné Emmanuel Macron depuis l’été 2016 et tout au long de la campagne électorale. "Il a dit depuis des mois qu'il attachait beaucoup d'importance à sa vie familiale et qu'à un moment ou un autre, il arrêterait. Je connais suffisamment Sylvain Fort, ses qualités et son don d'écriture, pour savoir que s'il part, c'est parce qu'il veut retrouver sa famille. Et moi qui ai aussi des enfants, je comprends ça", avait expliqué le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, sur France Inter. 

Ceux qui ont quitté l’Élysée… sans jamais s’y être installés

Arnaud Leroy, ancien député socialiste a soutenu Emmanuel Macron pendant la campagne. C’est lui qui a construit la partie “énergie” du programme d’En Marche !. Avant l’élection, il est l’un des porte-parole de la campagne. Après, il entre dans les instances dirigeantes de La République en marche avant de devenir président de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) début 2018.

Jean-Marie Girier est un ex-socialiste. Il est présent à la création d’En Marche et devient directeur de campagne d’Emmanuel Macron en 2017. Même s’il apparaît sur cette photo des fidèles, le jour de la passation de pouvoir, il n’entre pas à l’Élysée et devient dès mai 2017 chef de cabinet du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, dont il est proche. Depuis que Gérard Collomb a repris la mairie de Lyon, il est directeur de cabinet de Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale. 

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