Viktor Orban et son parti, le Fidesz, sont-ils toujours infréquentables ? Ils avaient été suspendus du PPE en mars dernier. Le Premier ministre hongrois multipliait alors les attaques contre le président de la commission Jean-Claude Juncker. Mais les élections sont passées par là et la donne a changé.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban vote aux européennes, le dimanche 26 mai à Budapest
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban vote aux européennes, le dimanche 26 mai à Budapest © AFP / FERENC ISZA

Où vont siéger les 13 eurodéputés hongrois du Fidesz? Le PPE va-t-il les garder en son sein ? La question dérange un peu le parti conservateur européen. Il faut dire que la réponse n'est pas évidente. 

Dans un monde idéal où le calcul politique céderait le pas, le parti d'un Orban qui pourfend Bruxelles ainsi que le président de la commission et celui du PPE serait promptement remercié et renvoyé dans le camp des souverainistes ennemis de l'Europe. Mais même au plus fort de la crise, il n'a pas été exclu.

Psychodrame avant le scrutin

On se souvient du psychodrame avant les européennes autour du cas Orban. Les atteintes à l'état de droit, la main mise sur les médias, la campagne contre George Soros aux relents antisémites, la haine anti migrants suscitaient le malaise, voire les critiques. Mais, lorsque le Premier ministre hongrois a lancé une campagne d'affichage accusant le président de la commission européenne, lui aussi membre du PPE, de préparer l'invasion de la Hongrie par des migrants et le grand remplacement, le parti populaire européen n'a pu détourner le regard. 

Les députés du Fidesz ont été suspendus. Pas exclus comme le souhaitaient certains, en Belgique, au Luxembourg, en Finlande ou en Suède, gênés par les discours de haine propagés à Budapest, mais suspendus le temps qu'un comité composé d’Herman Van Rompuy, ancien président du Conseil européen, de Hans-Gert Pottering, ancien président du Parlement européen et de Wolfgang Schüssel, ancien chancelier autrichien, enquête et fasse des recommandations. 

La volonté de ne pas rompre les ponts avec un parti qui apporte de précieux sièges était déjà évidente, d'autant que, d'un point de vue juridique, les eurodéputés hongrois n'ont été suspendus que du parti PPE et non du groupe PPE qui siège au Parlement de Strasbourg. 

L'analyse qui a prévalu alors était qu'il fallait éviter de polluer la campagne pour les européennes mais qu'une fois le scrutin passé, le Fidesz serait complètement réintégré. C'est bien ce qui pourrait bien arriver car les 13 eurodéputés hongrois élus ce dimanche 26 mai (13 sur les 21 sièges dévolus au pays) ne peuvent être négligés. Et c'est là que la realpolitik reprend ses droits. 

Le PPE a perdu des plumes

Au lendemain du scrutin, le PPE reste certes la première formation du nouveau Parlement mais a perdu des plumes, plus d'une trentaine de sièges, et n'a pas intérêt à en perdre davantage, surtout à l'heure où se discute la répartition des postes de responsabilité. Le PPE a fait ses comptes : aucune majorité absolue ne peut exister sans lui, sauf à débaucher des eurosceptiques et souverainistes peu fréquentables. Mais, pour demeurer incontournable, il lui faut conserver dans ses rangs les 13 eurodéputés hongrois et creuser l'avantage qu'il conserve sur l'autre grande formation : les sociaux démocrates. 

Moins de 30 sièges les séparent actuellement, selon un décompte non encore définitif, la Hongrie représente donc la moitié de cet avantage. En outre, le Premier ministre hongrois arrive à Bruxelles auréolé de sa victoire aux européennes. Il est l'un des gagnants autour de la table du conseil, face à plusieurs dirigeants de grands pays qui, eux, ne sont pas arrivés en tête, comme Emmanuel Macron, ou sont affaiblis après avoir perdu de nombreux sièges, comme Angela Merkel. Il a donc des arguments à faire valoir auxquels le PPE ne peut être insensible.

Orban n'a pas intérêt à claquer la porte

De son côté Viktor Orban n'a pas forcément intérêt à claquer la porte. Il a d'ailleurs toujours pris soin de ne pas aller trop loin. Il a certes clamé haut et fort sa détestation de Manfred Weber, le candidat du PPE pour succéder à Jean-Claude Juncker, et répété qu'il ne le soutiendrait pas à la présidence de la commission. Mais il n'a jamais dit qu'il souhaitait quitter le PPE. Il a juste brandi la menace de le faire si le parti devait s'allier à des formations libérales favorables à l'immigration. 

Et si Viktor Orban a multiplié les contacts avec Matteo Salvini, s'il a redit dimanche soir, au soir du scrutin, qu'il appelait de ses vœux un renforcement des forces qui souhaitent mettre un coup d'arrêt aux migrations, il ne s'est pas affiché aux côtés du patron de la Ligue et de Marine Le Pen lors du sommet des souverainistes à Milan. Le Premier ministre hongrois n'a, de fait, guère d'appétence pour rejoindre un groupe où siégeraient les députés du Rassemblement national. Marine Le Pen présente notamment à ses yeux le défaut rédhibitoire de ne pas être au pouvoir. Et elle a beau vanter le modèle hongrois, Viktor Orban ne daigne pas répondre à ses appels du pied.

Orban a fait ses comptes

Enfin, le Premier ministre hongrois a aussi fait ses comptes. Les droites souverainistes et eurosceptiques progressent certes, mais pas autant qu'elles le souhaitaient et ne sont pas en mesure de former un groupe qui pèse réellement. Si elles étaient unies, elles représenteraient le second groupe au Parlement avec 175 élus, talonnant le PPE, mais elles ne pourront jamais unir leurs forces en un seul groupe. Tout juste peut-on les imaginer voter en coalition d'intérêt sur certains textes. Ce qui les sépare reste trop important : la politique migratoire - quand l'Italie plaide pour la solidarité européenne et la répartition des migrants, la Pologne et la Hongrie ne souhaitent pas en entendre parler -, la relation à la Russie, courtisée par le RN mais détestée et redoutée par le PiS polonais, ou encore les politiques économiques. Le choc des souverainetés n'a jamais fait un ensemble. Or Viktor Orban aime non seulement la respectabilité que lui offre le PPE, mais aussi le prestige de siéger au sein du premier groupe du Parlement. À l'intérieur du PPE, il estime pouvoir peser davantage que depuis les rangs d'une petite formation. Des intérêts bien compris de part et d'autre qui laissent penser que l'on ne va pas forcément se précipiter pour consommer le divorce.

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