Aquilino Morelle, conseiller politique de François Hollande à l’Élysée, est mis en cause par Mediapart. Le site internet lui reproche son train de vie et sa proximité avec les laboratoires pharmaceutique, alors qu'il était inspecteur de l'IGAS.

Des chaussures sur mesure et un cireur à l'Elysée

De ses chaussures de luxe à ses rapports controversés avec l'industrie pharmaceutique, Mediapart décortique dans son enquête toute la vie d'Aquilino Morelle. Médecin, sorti de l'ENA en 1992, l'homme est une ancienne "plume" de Lionel Jospin, membre de l'équipe d'Arnaud Montebourg pendant la primaire socialiste il y a trois ans. Il rejoint le cabinet de François Hollande après son élection en mai 2012 et, selon Mediapart, mène depuis grand train à l'Elysée : un cireur de chaussures viendrait tous les deux mois au palais s'occuper de ses souliers de grandes marques , il s'absenterait régulièrement, beaucoup trop pour un conseiller spécial du président. "Bien sûr, dans un univers compassé, le goût du luxe très assumé d’Aquilino Morelle surprend" , écrit Médiapart."Mais où est le mal ? D’autant qu’Aquilino Morelle ne manque jamais de rappeler ses origines modestes, sa famille nombreuse immigrée espagnole, sa mère parlant mal le français, son père ouvrier affûteur chez Citroën."

Des conflits d'intérêts?

Le mal, ce n'est apparement pas tant ses goûts de luxe ou son "comportement mégalomane ", mais surtout ses rapports, beaucoup trop proches, avec l'industrie pharmaceutique. Depuis sa sortie de l'ENA, Aquilino Morelle est rattaché à l'IGAS.

Il a fait, depuis lors, des passages par des cabinets ministériels et par le privé, mais en 2007, il réintègre son corps d’origine. Il est, cette année-là, le rédacteur d’un rapport sur « l’encadrement des programmes d’accompagnement des patients associés à un traitement médicamenteux, financés par les entreprises pharmaceutiques ». Au même moment, Aquilino Morelle travaille pour un laboratoire danois, Lundbeck.

Et Mediapart de rechercher, en vain, la trace d'une autorisation de l'IGAS pour exercer cette activité parallèle, qui ressemble fort à un conflit d'intérêts... sans succès. Ni les services administratifs, ni l'ancien directeur ne se souviennent d'une quelconque demande.

Les explications de Sarah Ghibaudo

En fait, l'homme gravite autour des laboratoires depuis plus de 20 ans. En 1992, il entre au cabinet de Bernard Kouchner, alors ministre de la santé du gouvernement de Pierre Bérégovoy, en tant que conseiller technique en charge du médicament. En 2007, il rejoint l'une des grosses agences de communication, Euro RSCG.

À l’époque, les principaux clients d’Euro RSCG dans ce secteur s’appellent Pfizer, Lilly, Aventis, Sanofi. Mais il ne donne pas satisfaction, visiblement jaloux de son carnet d’adresses, peu travailleur et pas bien doué pour les relations commerciales selon ses anciens collègues (...) Le laboratoire américain Lilly le rémunère 50 000 euros (3 fois 12 500 euros hors taxe), essentiellement pour organiser des déjeuners dans de très bons restaurants du VIIIe arrondissement.

Le rapport sur le mediator

Conseiller de l'ombre, Aquilino Morelle a rédigé en 2011 un rapport accablant sur le Mediator, ce médicament produit par les laboratoire Servier qui aurait tué plus de 2000 personnes. Or, toujours selon Mediapart, il recherchait du travail quelques années auparavant auprès des laboratoires et avait postulé chez Servier.

Aquilino Morelle était l'invité d'Alain Bedouet dans Le telephone sonne, le mardi 28 juin 2011.

Sa réponse

Alors que Mediapart souligne qu'Aquilino Morelle a refusé de rencontrer le journaliste Michaël Hajdenberg, qui a réalisé l'enquête, malgré plusieurs échanges de courriels, il a publié jeudi après-midi une réponse sur sa page Facebook. Il y dément tout conflit d'intérêts .

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