À l’occasion d’un débat entre Boris Johnson et Jeremy Corbyn, le parti conservateur a renommé son compte Twitter afin de se faire passer pour un compte de fact-checking.

Boris Johnson (à gauche) serrant la main de Jeremy Corbyn (à droite), le 19 novembre 2019 à l'occasion du débat télévisé
Boris Johnson (à gauche) serrant la main de Jeremy Corbyn (à droite), le 19 novembre 2019 à l'occasion du débat télévisé © Maxppp / EPA

Un dédain pour la vérité”, titre le journal The Independent. Ce 20 novembre, les médias britanniques dénoncent une manipulation grossière effectuée par le parti de Boris Johnson : le temps d’un débat contre les travaillistes le 19 novembre, le compte Twitter du service presse des conservateurs a été renommé “FactCheckUK”, prétendant être un authentique service de vérification des faits. 

Un "fact-checking" entièrement pro-conservateurs

Le compte original, CCHQ Press, a changé de nom au cours du débat télévisé, en faisant disparaître “toute mention explicite du parti, avant de tweeter des allégations supportant ses propres positions”, précise The Independent. Son logo, normalement bleu et blanc, est temporairement devenu violet, comme l’attestent ces captures d’écran du même tweet, réalisées à quelques heures d'intervalle. 

À gauche, le logo "FactCheckUK" utilisé pendant le débat ; à droite, le véritable nom et logo du service de presse des conservateurs
À gauche, le logo "FactCheckUK" utilisé pendant le débat ; à droite, le véritable nom et logo du service de presse des conservateurs / Captures d'écran Twitter

Les tweets postés pendant le débat étaient tous orientés en faveur du candidat conservateur. "Boris Johnson est clairement gagnant du Leader's debate", peut-on lire en conclusion. Autre exemple, cette affirmation : "Sous les conservateurs, nous avons fait diminuer les émissions [de CO2] plus vite que n'importe quel autre pays du G20. La production d'électricité renouvelable a atteint un NOMBRE RECORD.

Le compte s'est aussi attaché à critiquer le parti de Jeremy Corbyn, l'opposant travailliste de Boris Johnson. "Le Labour [parti travailliste] n'affecterait pas les milliardaires : il blesserait durement les familles déjà sous pression. [...] Le Labour ne veut pas aider les gens à réussir."

Le compte a ensuite repris son nom initial 20 minutes après la fin du débat télévisé. Full Fact, une association indépendante de vérification des faits, a dénoncé cette manœuvre "inappropriée et trompeuse". "S'il vous plaît, ne les confondez pas avec un service de fact-checking indépendant", a-t-elle twitté

Full Fact a publié un (vrai) fact-checking du débat (à lire en anglais)

"Même Viktor Orban n'imaginerait pas cela"

"Ce soir vous avez prétendu être une organisation de fact-checking et avez montré au monde votre nature trompeuse. C'est totalement en accord avec la manière de gouverner actuelle. On ne peut tout simplement pas faire confiance aux Tories [le surnom donné aux conservateurs", tweete un internaute. D'autres réclament un signalement à l'Ofcom, l'équivalent du CSA en France. "VOUS N'AVEZ AUCUNE INTÉGRITÉ !" s'emporte une femme.

Guy Verhofstadt, le coordinateur du Brexit au Parlement européen, a également réagi : “Dystopique. Même Viktor Orban [le leader hongrois d’extrême-droite] ou le PiS polonais [le parti national-conservatiste au pouvoir] n’imagineraient pas cela, et le feraient encore moins.

Dominic Raab, ministre britannique des Affaires Étangères, a bien tenté de sauver les meubles en expliquant qu'il s'agissait pour le parti de réfuter en temps réel les "absurdités" proférées selon lui par Jeremy Corbyn. "Quiconque a regardé le compte Twitter litigieux "plus d'une fraction de seconde ne peut être trompé", a-t-il affirmé sur la BBC. Pas de quoi excuser cette démarche, a estimé Twitter.

Twitter adresse un vif avertissement aux conservateurs

Le réseau social a vertement repris les Tories : "Twitter s'implique pour que puisse se tenir un débat sain pendant la campagne électorale britannique. Nous avons au niveau international des règles en place qui interdisent des comportements de nature à tromper les gens, y compris avec des comptes certifiés", a déclaré un porte-parole à l'AFP. 

"Toute nouvelle tentative visant à tromper les gens en modifiant des informations de profil certifié, à la manière de ce qui a été fait pendant le débat pour les élections au Royaume-Uni, entraînera des sanctions."

Le compte officiel du service presse, qui compte plus de 77 000 abonnés, risque-t-il d'être fermé en cas de nouveau dérapage ? Pour l'heure, il arbore toujours son macaron bleu, signe d'un compte "certifié" par Twitter, et donc, en principe, digne de confiance.

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