[scald=64865:sdl_editor_representation]par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - La campagne présidentielle n'est pas encore officiellement lancée mais la gauche a déjà ouvert les hostilités au Sénat où elle dessine méthodiquement les contours du projet de François Hollande en combattant les mesures emblématiques du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Dans leur "Bastille politique", les élus socialistes s'attaquaient mercredi à la réforme des collectivités locales en réclamant dans une proposition de loi la suppression du conseiller territorial, appelé à remplacer à partir de 2014 les conseillers généraux et régionaux.

La haute assemblée examinait également, à la faveur des séances d'initiative parlementaire, une proposition de loi garantissant le droit au repos dominical.

La joute est symbolique puisque l'Assemblée, contrôlée par la droite, a constitutionnellement le dernier mot. Mais dans sa "réappropriation radicale" des textes de la majorité, le Sénat mène déjà campagne sans le dire alors que le programme du candidat socialiste n'est attendu qu'en janvier prochain.

"Nous venons de gagner la bataille, la Bastille politique, eh bien il n'est pas interdit de faire de la politique, surtout en une année électorale", déclare à Reuters la sénatrice socialiste de Paris Bariza Khiari, vice-présidente du Sénat.

Le chef de file des sénateurs socialistes, François Rebsamen, estime que la haute assemblée "anime aujourd'hui le débat politique" au moment où PS et UMP travaillent à leur projet et éclairent les électeurs.

"La droite rétablira à l'Assemblée les dispositions qui heurtent les Français tous les jours et assumera ainsi publiquement ses choix", explique-t-il à Reuters.

"NOUS EXPÉRIMENTONS"

La gauche sénatoriale a abrogé la semaine dernière le dispositif d'exonération fiscale et sociale des heures supplémentaires, traduction du "Travailler plus pour gagner plus" de Nicolas Sarkozy, dans le cadre de l'examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2012.

La suppression de cette mesure de défiscalisation, incluse dans le projet socialiste, est défendue par François Hollande.

Les plans d'austérité gouvernementaux sont également "mis en pièce", pour reprendre une expression de la majorité sénatoriale, afin de mettre en lumière les bénéfices présumés de l'alternance.

Ainsi l'augmentation de la taxe sur les mutuelles, annoncée le 24 août par le Premier ministre François Fillon, a-t-elle été supprimée, ainsi que la taxe pour les contrats étudiants.

Le Sénat a voté des augmentations de taxation du capital, tels que les retraites chapeau, les stock-options, les bonus, les attributions d'actions gratuites.

Selon le groupe socialiste, l'abrogation de l'article 1er de la loi TEPA, sur la défiscalisation des heures supplémentaires, et cette série de taxations permettraient de réduire le déficit de la sécurité sociale d'environ quatre milliards d'euros.

"On donne quelques éléments de la politique qu'on souhaiterait mener, nous expérimentons et nous faisons connaître nos positions sur un certain nombre de sujets", précise Bariza Khiari. "On dit ce qu'on pense et on dit ce qu'on fera".

En attendant le 8 décembre, où est inscrit à l'agenda une proposition de loi constitutionnelle accordant le droit de vote aux étrangers aux élections locales, un nouveau front s'ouvre jeudi.

BERTRAND FURIEUX

Le Sénat examine le projet de loi de finances pour 2012, adopté mercredi par les députés.

"On vous réserve quelques surprises", glisse la vice-présidente du Sénat.

La commission des Finances a d'ores et déjà écarté la taxe contestée sur les boissons à sucres ajoutés ou contenant des édulcorants.

"Tout ce qui nous a déplu pendant ces quelques années, nous avons l'opportunité en gagnant le Sénat de le remettre sur le tapis", commente Bariza Khiari.

Face à cette guérilla sans répit, la majorité oscille entre philosophie et irritation.

Le ministre des Relations avec le Parlement rappelle que lors de la cohabitation entre Jacques Chirac et le socialiste Lionel Jospin, de 1997 à 2002, les réformes avaient pu suivre leur cours malgré la guerre entre la majorité de gauche à l'Assemblée et la droite sénatoriale.

"On perd un peu de temps, c'est vrai, mais nous n'avons pas cinq ans mais quatre mois", relativise Patrick Ollier.

Xavier Bertrand, lui, s'offusque de manoeuvres d'obstruction tout en en faisant aussi un argument électoral, à rebours.

"C'est leur droit de faire des choix, mais il faut que les Français regardent bien que la politique du Sénat aujourd'hui, c'est la vitrine de ce que ferait la gauche", a dit mardi le ministre du Travail sur Canal+.

"Ce que fait le Sénat en ce moment, ça ne se fait pas en cachette mais au grand jour, on doit savoir que la gauche au pouvoir, ça serait plus d'impôts".

Avec Emile Picy, Chine Labbé et Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse

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