La majorité absolue d’En marche est-elle menacée à l’Assemblée nationale ? Entre les régulières défections depuis 2017 et la possible formation d’un neuvième groupe, en partie composé d’ex-LaREM, le parti présidentiel risque de perdre sa domination sur le palais Bourbon.

Le groupe LaREM à l'Assemblée compte 295 députés contre 314 au début de la législature.
Le groupe LaREM à l'Assemblée compte 295 députés contre 314 au début de la législature. © Radio France / Xavier Demagny

Ils sont encore 295. Actuellement, le groupe majoritaire (et toujours hégémonique) de La République en marche à l'Assemblée nationale compte 295 députés dans ses rangs. C'est presque 20 de moins qu'au début de la législature – qui en comptait 314 dont cinq apparentés – car, régulièrement depuis 2017, des élus quittent les bancs macronistes. Seront-ils bientôt encore moins ? Peut-être, à en croire la volonté d'une petite vingtaine de marcheurs de créer ce mardi un neuvième groupe, composé d'autres sensibilités, plus à gauche et recentré sur les questions sociales et écologiques. Cette initiative pourrait même faire perdre à LaREM sa majorité absolue à la chambre basse ; elle déplaît donc fortement au parti présidentiel et ce, jusqu'à l'Élysée. 

Au sein de ce groupe, le dernier à avoir quitté le parti est Aurélien Taché, ex-socialiste et élu dans le Val-d'Oise, qui déplore une ouverture essentiellement vers la droite et une formation incapable d'incarner "les aspirations populaires écologiques et de solidarité". Certains ont dérapé, beaucoup ont critiqué la verticalité du mouvement et s'en sont libérés... Mais qui sont ces députés qui ont quitté le navire ? Démissionnaires ou exclus ? Et que quittent-ils vraiment : le groupe, le parti ou les deux ? 

Aurélien Taché, le dernier en date

C'est donc le dernier coup d'éclat en date : "En 2017, j'ai quitté le Parti socialiste parce qu'il n'était pas capable de dépasser ses frontières. Aujourd'hui, je quitte LREM exactement pour les mêmes raisons", déclare Aurélien Taché, figure de l'aile gauche de LaREM, au Journal du dimanche. S'il a expliqué quitter le parti, Aurélien Taché est pourtant toujours membre du groupe LaREM, comme l'indique le site de l'Assemblée. Il pourrait toutefois faire partie des élus prêts à rejoindre un futur groupe dissident, "Écologie, démocratie et solidarité". 

Olivier Gaillard regrette de n'être "qu'un élu de seconde zone" 

Dans le Gard, le député Olivier Gaillard, en plus de quitter le groupe et le parti présidentiel, laissera bientôt son siège de député derrière lui. Regrettant de n'être "qu'un élu de seconde zone", il siège pour l'instant chez les non-inscrits. Mais une fois les mandats des maires terminés (ils ont été prolongés en raison de la crise sanitaire), Olivier Gaillard démissionnera pour se consacrer à la ville de Sauve où il a été élu au premier tour.  

Martine Wonner n'a "plus confiance"

Très critique sur la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement, Martine Wonner a été exclue début mai pour avoir voté contre le plan de déconfinement d'Édouard Philippe et indiqué qu'elle ne faisait "plus confiance" au gouvernement. Elle est exclue du groupe LaREM et quitte le parti mais pourrait venir grossir les rangs du "neuvième groupe", Écologie, démocratie et solidarité.

Delphine Baggary : un "désaccord sur la politique entreprise" 

La députée des Alpes-de-Haute-Provence Delphine Baggary a quitté LaREM et le groupe parlementaire "à cause d'un désaccord sur la politique entreprise", a-t-elle expliqué au Point. Elle indique notamment sa déception autour du manque de concertation sur la réforme des retraites et notamment de l'usage de l'article 49-3. Elle pourrait rejoindre le neuvième groupe Écologie, démocratie et solidarité. 

Frédérique Tuffnell : "Une grande frustration"

Frédérique Tuffnell a annoncé début février sa décision de quitter le parti ainsi que le groupe majoritaire LaREM, estimant que "la volonté de réforme et la vitesse imposée" avaient "pris le pas sur la capacité d’écoute du gouvernement et la concertation avec les Français". Elle explique aussi ressentir "une grande frustration du fait du manque d’appétence du groupe pour les sujets environnementaux". La députée de Charente-Maritime est aujourd'hui non-inscrite. Elle pourrait rejoindre le neuvième groupe Écologie, démocratie et solidarité.

Paula Forteza a trop attendu "le tournant à gauche"  

Spécialiste des questions numériques et de la protection des données personnelles, Paula Forteza, députée de la 2e circonscription des Français de l'étranger, a quitté LaREM durant la campagne des municipales (elle était tête de liste avec Cédric Villani). Le 28 janvier, elle annonce qu'elle quitte le parti puis le groupe parlementaire. 

"Sur le fond, on est plusieurs, pendant longtemps, à avoir attendu un tournant à gauche et écologique du mandat qui n'arrive pas", explique-t-elle sur RMC, se disant "pour un groupe écologique et solidaire". Actuellement non-inscrite, elle fait donc partie des élues qui sont amenés à rejoindre le fameux "neuvième groupe". 

Sabine Thillaye n'a pas voulu céder son poste

Élue d'Indre-et-Loire depuis 2017, la députée Sabine Thillaye a été exclue du groupe LaREM début janvier en raison de son refus de céder son poste de présidente de la Commission des Affaires européennes, lors de la remise en jeu de l'été 2019. Elle pourrait rejoindre le groupe Écologie, démocratie et solidarité.

Jennifer De Temmerman : "Je ne retrouve pas l'espérance"

Fin novembre 2019, Jennifer De Temmerman, députée du Nord qui n'avait pas caché son opposition à la politique migratoire, a claqué la porte du groupe majoritaire. "Je ne retrouve pas l’espérance que faisaient naître en moi les mots du président de la République Emmanuel Macron en 2017", écrivait-elle. Elle pourrait rejoindre le futur groupe Écologie, démocratie et solidarité.

Albane Gaillot, apparentée puis non-inscrite

Simple élue apparentée au groupe LaREM depuis septembre 2019, elle quitte le parti au même moment. C'est en mars 2020 que la députée du Val-de-Marne se retire définitivement le groupe majoritaire pour devenir non-inscrite. Albane Gaillot pourrait toutefois rejoindre le groupe Écologie, démocratie et solidarité.

Agnès Thill, exclue après des propos hostiles sur la PMA

Le 26 juin 2019, Agnès Thill a été exclue du parti majoritaire puis dans la foulée du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale, après avoir été plusieurs fois rappelée à l'ordre. La députée de l'Oise s'était fermement opposée à l'extension de la PMA aux couples de femmes ou aux femmes seules et après avoir dénoncé sur Twitter un "puissant lobby LGBT à l'Assemblée".    

Sandrine Josso a perdu "le sens initial" de son engagement

L'élue de Loire-Atlantique a quitté le parti LaREM ainsi que le groupe à l'Assemblée le 11 juin 2019 regrettant les "distorsions par rapport aux valeurs initiales", dans le Journal du dimanche. Elle rejoint le groupe Libertés et territoires, fondé en octobre 2018 et composé d'élus régionaux, mais aussi des centristes, des ex-PS ou ex-LaREM, mais pourrait bientôt faire partie du neuvième groupe Ecologie, démocratie et solidarité. 

Matthieu Orphelin, pas assez d'écologie

Militant écologiste, ancien porte-parole de la fondation Nicolas Hulot (dont il est proche), Matthieu Orphelin rejoint En Marche en 2017 et est élu dans le Maine-et-Loire aux législatives. En février 2019, tout comme l'ancien ministre de l'Écologie, il claque la porte du groupe LaREM, notamment en raison de la politique environnementale qu'il juge insuffisante. Il est désormais apparenté au groupe Libertés et territoires mais il est à la manoeuvre pour créer le neuvième groupe Écologie, démocratie et solidarité. Matthieu Orphelin semble avoir également quitté les rangs du parti. 

Joachim Son Forget, le plus polémique

C'est sans doute l'un des "cas particuliers", l'un des parcours les plus atypiques au sein du groupe LaREM. Joachim Son-Forget, ex-PS puis membre du parti présidentiel, élu sous ses couleurs dans la circonscription des Français établis en Suisse et au Liechtenstein, démissionne le 10 janvier 2019 du groupe après plusieurs polémiques dont des tweets jugés sexistes portant sur la sénatrice écologiste Esther Benbassa. Il quitte également le parti. Il siège désormais comme non-inscrit et a fondé son propre parti.

Sébastien Nadot, exclu pour un vote contre

Désormais non-inscrit, ce député de Haute-Garonne élu sous les couleurs de LaREM en 2017 a été exclu du groupe majoritaire en décembre 2018 en raison de son vote "contre" sur le projet de budget 2019. Dans la foulée, il quitte le parti. Il pourrait rejoindre le neuvième groupe Écologie, démocratie et solidarité.

Paul Molac, le breton libéré de LaREM

Le breton, député du Morbihan, élu en 2012 avec le soutien des Verts et du PS, puis réélu en 2017 sous les couleurs de La République en marche est désormais membre du groupe Libertés et territoires, qu'il a co-fondé en octobre 2018. Durant son passage dans le groupe majoritaire, il s'est régulièrement dit opposé au fonctionnement ultra-centralisé du dépôt des amendements au sein de la majorité. 

Francois-Michel Lambert : une communication "digne de la Pravda"

Cet ex-écologiste, proche de François de Rugy et Jean-Vincent Placé, a quitté le groupe LaREM en octobre 2018 auquel il était inscrit et est aujourd'hui membre du groupe Libertés et territoires. L'élu des Bouches-du-Rhône avait dénoncé dans Match la communication trop stricte du parti présidentiel, "digne de la Pravda".

Frédérique Dumas : "désaccords profonds" sur la politique culturelle

Productrice de cinéma et engagée de longue date sur les questions de politique culturelle, Frédérique Dumas est la deuxième députée à quitter, le 18 septembre 2018, le groupe LaREM, du fait "de désaccords profonds, sur le fond et sur la méthode", expliquait-elle au Parisien. "Même donner un avis est vu comme une fronde s'il n'est pas conforme", regrettait-elle. Frédérique Dumas a d'abord retrouvé les rangs de l'UDI mais elle a depuis rejoint le groupe Libertés et territoires.

Jean-Michel Clément : non au "devoir de silence"

Le 15 juin 2018, Jean-Michel Clément, élu de la Vienne et ancien socialiste annonce son retrait du groupe LaREM en raison de son opposition au projet de loi asile et immigration. Il est désormais membre du groupe Libertés et territoires et adhérent au parti Place publique, fondé par Raphaël Glucksmann. Jean-Michel Clément a toujours regretté le "devoir de silence" imposé au sein de la majorité. 

M'jid El Guerrab, poursuivi pour violences

Ce fut le premier départ du groupe LaREM. Le 6 septembre 2017, quelques mois à peine après son élection dans la 9e circonscription des Français de l'étranger, cet ex-socialiste quitte le groupe et le parti présidentiel dans un contexte bien particulier : après avoir frappé à coups de casque de moto l'un de ses anciens camarades du PS, Boris Faure. Il est poursuivi pour violences volontaires avec usage d'une arme. M'jid El Guerrab est aujourd'hui membre du groupe Libertés et territoires.

Et Cédric Villani alors ?

Le (toujours) candidat à la mairie de Paris a été banni du parti présidentiel pour cette dissidence mais Cédric Villani n'a jamais été exclu ni n'a jamais démissionné du groupe La République en marche.Toutefois, il fait partie des élus qui semblent motivés pour la formation d'un nouveau et neuvième groupe à l'Assemblée sous la bannière "Écologie, démocratie et solidarité", avec d'autres élus LaREM.

Des opposant.e.s de l'intérieur ?

Plusieurs députées ont enfin un regard critique sur le travail de la majorité, comme Marion Lenne (Haute-Savoie) qui a quitté le parti en novembre 2019 sans quitter le groupe parlementaire. De même pour Pascale Fontenel-Personne (Sarthe), qui n'est plus adhérente du parti mais qui reste apparentée au groupe. 

Députée de la Marne, Aina Kuric a aussi quitté le parti en juin 2019 mais demeure apparentée au groupe à l'Assemblée. Elle avait été l'une des rares élues à voter contre le projet de loi Asile et immigration, pourtant menacée plusieurs fois d'exclusion. 

N'ayant pas été investie pour les municipales à Lille, Valérie Petit (Nord) quitte LaREM en janvier 2020, dénonçant notamment "l'autoritarisme de petits chefs non élus" et le manque de "démocratie interne" au parti. Elle reste apparentée au groupe parlementaire. Enfin, le même mois, Annie Chapelier (Gard) a aussi quitté LaREM déplorant un mouvement "hors sol, indifférent aux territoires" et dans lequel elle "ne se reconnait plus en rien"

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