"Vous n’avez qu’un opposant sur le terrain : c’est le Front national". Ces mots d'Emmanuel Macron, en septembre dernier, ont poussé le parti présidentiel à faire du RN le principal ennemi de ces élections municipales. Marine Le Pen serait, selon eux, en position de force dans plus de 130 villes. C'est faux.

À Calais comme à Dunkerque, Wattrelos, Denain, Forbach, Hayange, Béziers, Lunel, Sète et Fréjus, il n'y aura aucune liste En Marche
À Calais comme à Dunkerque, Wattrelos, Denain, Forbach, Hayange, Béziers, Lunel, Sète et Fréjus, il n'y aura aucune liste En Marche © Radio France / Matthieu Darriet

Les cadres du Rassemblement National s'amusent, en ce moment, à découvrir les listes et les cartes établies par La République En Marche avant ces élections municipales. La première, publiée par nos confrères du Journal du dimanche, évoquait 137 villes que "l'extrême droite pourrait prendre" dont Cannes, Antibes, Hyères, Toulon où le RN n'a absolument aucune chance de victoire. Seconde carte, publiée par Le Monde vendredi, avec cette fois 131 communes répertoriées, dont "52 sont aujourd’hui sans tête de liste RN" précise l'article. 

"Ils fantasment, s'exclame un cadre du RN. Les marcheurs sont vraiment déconnectés du terrain, ils ne connaissent rien à la carte électorale. Ils n'ont fait qu'agiter des scores dans un tableur Excel sans regarder les forces en présence". En effet, dans beaucoup de communes où le vote Le Pen rassemble plus de 30% des électeurs, le parti n'a aucun relais. C'est le cas, par exemple, en Normandie, à Barentin, Petit-Caux, Bolbec, dans le Nord à Hautmont, Jeumont, Merville, en Moselle à Amnéville et Creutzwald. 

Au lendemain des Européennes, en juin dernier, nous avions dressé à France Inter la carte des "100 villes dans le viseur du RN". À l'époque, tous les espoirs étaient permis. Six mois plus tard, une actualisation avait été nécessaire au vu des forces en présence pour dresser la liste des 50 communes où le "Rassemblement national pourrait l'emporter". Des communes où le RN bénéficie à la fois d'un puissant socle électoral, d'un bon candidat et d'un maire sortant affaibli ou démissionnaire. À l'heure qu'il est, les fidèles de Marine Le Pen espèrent une vingtaine de conquêtes.

Pourquoi les marcheurs ont-ils tendance à exagérer la menace RN ? 

"On fait exactement comme aux Européennes, reconnaît un cadre de LREM. Cela nous permet de renforcer la logique du vote utile, de mobiliser l'électorat modéré en disant : 'Attention, venez votez, sinon Le Pen va encore gagner du terrain'". D'ailleurs, le délégué général du parti, Stanislas Guérini, organise ce samedi une journée intitulée "La République en marche se mobilise contre le Rassemblement national" avec un meeting à Saint Raphaël, dans le Var, où d'ailleurs le RN n'a aucune perspective de victoire. "Oui, mais il faut voir au-delà, répond Pierre Person, le monsieur élection chez LREM. Nous préparons ainsi les départementales et régionales de mars 2021".

Brandir dans plus d'une centaine de villes cette menace RN, "c'est aussi une manière de justifier leur absence sur le terrain" assure un député RN. À Calais, Dunkerque, Wattrelos, Denain, Forbach, Hayange, comme à Béziers, Lunel, Sète et Fréjus, il n'y aura aucune liste En Marche. Nos confrères du Monde précisent que dans 103 communes sur 131, les marcheurs apporteront leur soutien à un candidat d'un autre parti ou ne présenteront personne. 

Cette séquence permet de mettre en lumière la difficulté que partage Marine Le Pen et Emmanuel Macron : leur manque d'implantation territoriale. Tout deux aimeraient présenter davantage de candidats, et alimenter le duel, mais ils n'en ont pas les moyens humains. Les finalistes de la présidentielle ne se retrouveront donc pas sur le terrain des municipales et s'apprêtent à enjamber cette élection.

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