Le président de la République, en qui les électeurs de plus de 60 ans plaçaient beaucoup d'espoir juste après son élection, est aujourd'hui source d'une profonde déception pour ces mêmes Français. Et ça ne risque pas de s'arranger dans les semaines qui viennent...

Emmanuel Macron en visite dans un EHPAD à Champeix en avril 2016
Emmanuel Macron en visite dans un EHPAD à Champeix en avril 2016 © AFP / Thierry Zoccolan

Entre les prévisions de déficit public (2,6 % du PIB, selon Bruno Le Maire, alors que l'objectif était de 2,3 %) et la croissance en berne (1,7 % de prévision au lieu de 1,9 %), le gouvernement ne le cache pas : il va falloir se serrer la ceinture. Et certains vont devoir le faire un peu plus que d'autres : dans son interview au Journal du Dimanche, Édouard Philippe a ainsi annoncé que les allocations familiales et les pensions de retraite ne progresseraient que de 0,3 % par an en 2019 et 2020.

Sauf que dans le même temps, l'inflation devrait atteindre les 1,7 %, selon l'INSEE. Autrement dit, mécaniquement, le pouvoir d'achat va baisser pour certaines catégories de population, en particulier les retraités. Des retraités qui avaient déjà gardé un mauvais souvenir de la hausse de la CSG. Emmanuel Macron assumait alors de "demander un effort aux plus âgés".

De l'enthousiasme au désamour

En termes de popularité, ce n'est pas anodin, car les retraités faisaient partie des plus enthousiastes au lendemain de l'élection d'Emmanuel Macron. Non seulement ils étaient ceux qui ont le plus voté pour le candidat En Marche au second tour, mais aussi ceux qui en avaient la meilleure image.

Un an et quelques mois plus tard, leur vision a bien changé. Plus de la moitié des plus de 70 ans, par exemple, avaient une image favorable du chef de l'État en mai 2017. En juillet 2018, près de 80 % d'entre eux le voient désormais de manière défavorable, voire très défavorable pour plus de la moitié des personnes interrogées par Ipsos. Que reste-t-il de leur amour ?

Or pour Emmanuel Macron, se couper des retraités peut être un calcul politique à haut risque. Statistiquement, les plus de 70 ans sont aussi ceux qui votent le plus (34 % d'abstention seulement aux dernières législatives, contre 63 % pour les 18-24 ans).

Ce sera sans doute encore le cas pour les européennes. L'opposition l'a d'ailleurs bien compris : à gauche comme à droite, tous dénoncent un "mauvais signal" (Gérard Larcher), voire "une injustice" (Patrick Kanner). Tous ont compris que la colère des retraités pouvait être une locomotive électorale puissante dans les mois qui viennent.

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