On a analysé le champ lexical adopté par le président de la République dans sa lettre publiée à la veille du lancement de trois mois de débats nationaux. Une lettre qui mise sur l'unité, le collectif, l'effort et qui parle peu de "pauvreté", "d'environnement" et de "chômage".

Emmanuel Macron a changé visiblement de style face aux Français, espérant rétablir la confiance pour faire du débat national un moment démocratiquement réussi.
Emmanuel Macron a changé visiblement de style face aux Français, espérant rétablir la confiance pour faire du débat national un moment démocratiquement réussi. © AFP / Michel Euler / POOL

Six pages et 35 questions, mais un style accessible, des phrases courtes, un message clair. La lettre aux Français d'Emmanuel Macron, disponible partout, montre clairement un style remanié. Premier constat, sur la forme, une forte présence du "nous" avec 37 occurrences, un "je" ou "j'" présidentiel qui s'efface (27 fois), un "vous" peu présent également (20 fois), pour jouer l'apaisement et non plus l'opposition.

Les solutions passeront par l'"effort" collectif

Mais sur le fond, si le président de la République promet de "transformer les colères en solutions", son champ lexical porte surtout sur l'effort à mener pour en finir avec les difficultés des Français. Le champ lexical de l'effort, du travail, de l'action est présent 200 fois dans sa lettre, contre moins d'une centaine pour les attentes et les difficultés des citoyens

Dans le détail, on trouve 9 fois le mot "impôt", 5 fois les mots "travail"/"travailleur"/"travaillent" mais seulement une fois la "pauvreté" et trois fois le "chômage".

Des difficultés qu'il dit entendre, entre chômage, transport, tensions, retraites, tout comme les attentes des Français de la part de l'État et des services publiques et auxquelles le Président renvoie la solution aux débats nationaux.

Mais très subtilement, Emmanuel Macron ouvre des portes et en ferme d'autres. "Pour moi", écrit le Président, "il n'y a pas de questions interdites". Mais plus loin, il dit : "nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises pour encourager l'investissement." Comprendre que le cap économique initié par le gouvernement, ou encore la réforme de l'ISF, ne bougeront pas.

Pas de question interdite en revanche sur la laïcité et l'immigration, avec l'idée de "quotas". Ce chapitre, qui devait être mis en sourdine, est donc totalement assumé par Emmanuel Macron, au risque de connaître les mêmes dérives que le débat sur l'identité nationale version Sarkozy 2009.

Enfin, l'environnement, thème tellement fort que tout un pilier du débat lui est, en théorie, consacré, demeure relativement absent. Sur les 2304 mots de la lettre d'Emmanuel Macron, seule une toute petite partie concerne l'écologie, la biodiversité, l'agriculture, les transports.

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