Après plus de deux mois de consultation, Édouard Philippe tire ce lundi le bilan du grand débat lancé face à la crise des "gilets jaunes". Près d'1,5 million de personnes ont participé à cette démarche inédite, qui a mis en évidence, à travers la masse des documents à traiter, plusieurs thèmes principaux.

Emmanuel Macron face aux 600 maires de France lors du lancement officiel du Grand Débat, le 15 janvier 2019
Emmanuel Macron face aux 600 maires de France lors du lancement officiel du Grand Débat, le 15 janvier 2019 © AFP / Ludovic MARIN

Après avoir reçu des centaines de milliers de propositions citoyennes pendant près de deux mois, le gouvernement présente le bilan, ce lundi, de la gigantesque masse de données engendrées par cette consultation citoyenne inédite. Pour la méthodologie, la mission chargée de l'organisation du grand débat explique avoir utilisé une méthode complexe pour faire remonter toutes les réponses des Français : un recours massif à l'intelligence artificielle tout en gardant un contrôle humain à chaque étape avec une promesse d'"exhaustivité" et de "transparence".

Pour la partie analyses, des prestataires spécialistes du traitement de données (le cabinet Roland Berger, le sondeur Opinionway) ont été sélectionnés par le biais de marchés publics passés avec l'État.

Au travers des chiffres, quatre grands axes se dessinent : la fiscalité, les dépenses publiques, la démocratie et l'écologie.

Baisse des impôts : le sujet numéro un 

La baisse des impôts, idée populaire, revient sans surprise comme une des principales suggestions dans les questionnaires et a fortiori dans les contributions libres (réunions d'initiative locale, cahiers de doléances, courriers...). Parmi les baisses d'impôts demandées, la TVA (dont celle sur les produits de première nécessité) est la première citée (12,9% des participants), devant l'impôt sur le revenu et les impôts locaux.

L'idée d'une plus grande justice fiscale, également bien présente, se traduit aussi par un désir de renforcement de la lutte contre la fraude fiscale ou à l'idée "que tout le monde paie l'impôt".

Selon les participants, les plus riches doivent contribuer plus (27,8%) avec la suppression des niches fiscales (11,8%) mais seulement 10,3% réclament le rétablissement de l'ISF.

Les dépenses publiques : le flou

Les dépenses publiques à réduire restent "imprécises", relève la note du gouvernement. Les trois quarts évoquent une "réduction du train de vie de l'État" et la lutte contre le gaspillage d'argent public. Quand les participants citent un poste de dépenses publiques à réduire, la défense et le logement sont les premiers cités. Ils identifient un seul poste où ils sont prêts à payer davantage d'impôts : la santé.

Pour financer les dépenses sociales, ils estiment qu'il faut : revoir les conditions d'attribution de certaines aides sociales (52%), augmenter le temps de travail (24%) et reculer l'âge de départ à la retraite (22%).

Pour réduire le déficit, il faudrait réduire la dépense publique (75%) et notamment les dépenses de l'État (56%).

La démocratie et les institutions

Concernant la démocratie, autre grand thème abordé par Emmanuel Macron dans son questionnaire, 69% des répondants demandent la prise en compte du vote blanc aux élections (législatives notamment) et plus de référendums au niveau local (80%). Ils veulent très majoritairement (86%) une réduction du nombre de parlementaires et plus de proportionnelle (42,2%) pour une meilleure représentation des différentes sensibilités politiques aux élections, législatives notamment.

74% des contributeurs à la plateforme demandent une dose de proportionnelle, essentiellement à l'Assemblée nationale. Le maintien du non-cumul des mandats est également largement défendu, tout comme la réduction du nombre de parlementaires ou la prise en compte du vote blanc. Le vote obligatoire intéresse moins. 20% des contributeurs du site proposent de supprimer le Conseil économique et social (Cese) et le Sénat.

La moitié des répondants disent avoir confiance dans leurs élus, principalement leur maire, mais la remise en cause des "privilèges des élus" est également importante. La démocratie directe est plébiscitée au niveau local : 80% des contributeurs sont favorables au référendum au niveau local (53% pour son usage au niveau national).  La décentralisation divise à parts égales ses partisans et opposants, les premiers l'associant à "une demande de proximité" des fonctionnaires, relève la note gouvernementale.

L'écologie : une valeur paradoxale

La conscience de l'urgence est forte, mais les Français estiment pouvoir agir directement : comme solutions, le développement de transports collectifs (32% disent ne pas pouvoir se passer de leur voiture individuelle), ainsi que la réduction de l'utilisation des pesticides dominent, quand plus de 60% reconnaissent que le changement climatique a un impact sur leur vie quotidienne (avec les canicules, les tempêtes, les sécheresses).

En revanche, la note relève une "défiance" à l'égard d'une nouvelle fiscalité écologique: 56% des contributeurs du site sont opposés à l'idée de payer un impôt encourageant un comportement bénéfique. Moins de 1% des contributions des cahiers citoyens proposent le retour de la taxe carbone supprimée en 2019. Une taxation sur les gros pollueurs ou une taxe carbone sur les produits importés sont en revanche proposées.  Les recettes de ces taxes doivent aux yeux des Français bien servir à les accompagner dans la transition écologique, et à financer les investissements pour le climat.

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