Il y a eu la démission fracassante de Nicolas Hulot, le retrait blessé de François de Rugy, il y a désormais pour les écologistes la victime Barbara Pompili. Obligée de renier sa loi sur les pesticides, silencieuse quand son collègue Eric Dupond-Moretti s'en prend aux "ayatollahs de l'écologie".

Visite de la Ministre de la Transition Écologique Barbara Pompili à Biarritz et à Anglet après l'incendie de Chiberta
Visite de la Ministre de la Transition Écologique Barbara Pompili à Biarritz et à Anglet après l'incendie de Chiberta © Radio France / Paul Nicolaï

Il y a eu le démissionnaire surprise, Nicolas Hulot ; celui qui abdique pincé par des homards très médiatiques, François de Rugy. Il y a désormais pour les écologistes la "victime Barbara Pompili".

La toute récente ministre de l'Écologie avait déjà été contrainte de revenir sur sa propre loi d'interdiction des néonicotinoïdes, ces pesticides qui tuent les abeilles (en 2016, elle officiait alors comme secrétaire d'État à la biodiversité au sein du gouvernement Valls). Elle vient d'accepter début août d'endosser un recul écologique au nom du pragmatisme économique, et doit aujourd'hui composer avec un ministre de la Justice chasseur, qui signe une préface au vitriol contre les "ayatollahs de l'écologie" dans le livre du patron des chasseurs, Willy Schraen. [Eric Dupond-Moretti a récemment tenu à préciser son propos : "Je suis profondément écolo, j'ai arrêté de bouffer de la viande, pour autant je ne vais pas péter des boucheries le week-end", NDLR]

Après à peine un mois et demi d'exercice, la ministre de l'Écologie serait-elle déjà disqualifiée ? Son entourage se terre. Silence dans les rangs. 

L'espoir secret d'un "piège" pour les technocrates

Ses ex-camarades écologistes, en revanche, ne se font pas prier pour parler, sur le mode de la commisération. "Je la plains", dit Julien Bayou, le secrétaire national d'EELV. Le plus grave n'est pas tant, selon lui, qu'elle refuse de s'exprimer sur son collègue ministre, "quand on sent en plus que Dupond-Moretti rétropédale en distinguant vrais écolos et ayatollahs verts". "La vraie défaite c'est qu'elle ait été contrainte de renier sa  propre loi d'interdiction des néonicotinoïdes."

Parce que, tout le monde en convient, Barbara Pompili est une vraie bosseuse. "Elle connaît bien les dossiers, c'est une excellente technicienne", reconnait David Cormand, ancien secrétaire national d'EELV. "Elle est extrêmement bien formée techniquement." À tel point que la plupart des têtes pensantes écologistes ont pensé qu'elle pourrait au sein du gouvernement "piéger" les technocrates ; faire passer ni vue ni connue de vraies avancées écologiques.

Las. L'abandon en rase campagne de l'interdiction des néonicotinoïdes, sous la pression du puissant syndicat de la betterave, un mois presque jour pour jour après sa nomination au ministère de l'Écologie, a sonné le glas de la sincérité du pouvoir à engager une véritable révolution écologique, regrettent les Verts.

"On pourrait mettre Chuck Norris à l'Écologie, ce serait pareil"

La préface d'Eric Dupond-Moretti vantant les plaisirs de la chasse et conspuant les ayatollahs écolos n'est qu'une confirmation de plus pour les tenants d'une véritable révolution économique . "Un point plus un point font une ligne", estime encore David Cormand. "Et cette ligne est celle d'une synthèse libérale inapte à assurer la transition écologique. Ils sont restés au XXe siècle quand au XXIe, la véritable question sociale, démocratique et économique passe par l'écologie."

Julien Bayou estime que tout cela était écrit d'avance. "Si Hulot a échoué, on pourrait mettre Chuck Norris ou n'importe qui à l'Écologie, ce serait pareil. On ne peut pas en même  temps défendre le puissant lobby de la betterave et la biodiversité. On ne peut pas en même temps défendre la biodiversité et buter les abeilles."

"La triste réalité", enfonce le patron des écolos, "c'est qu'elle est l'otage d'une arnaque, le gouvernement Castex, et d'un Président qui l'oblige, cruel, à se parjurer."

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