[scald=104095:sdl_editor_representation]par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - François Bayrou, condamné pour l'heure au rôle de "quatrième homme" du combat présidentiel, tente d'insuffler un nouvel élan à sa campagne en soumettant au verdict des électeurs les contours d'"un nouveau modèle de société".

A "La France forte" de Nicolas Sarkozy, au "Changement, c'est maintenant" de François Hollande - les deux favoris qu'il accuse de détourner le scrutin des vrais enjeux -, le candidat centriste veut opposer pour programme "La France solidaire".

Le président du Mouvement Démocrate en a fait le titre d'un essai à paraître jeudi et le nouveau slogan, après "Une pays uni, rien ne lui résiste", d'une campagne qui semble chercher sa stratégie.

L'entourage du "troisième homme" de la présidentielle de 2007, qui avait rassemblé 18,57% des suffrages sur son nom (près de sept millions d'électeurs), nie tout flottement mais subit jour après jour avec perplexité le paradoxe d'une candidature populaire dans l'opinion mais atone dans les intentions de vote.

Le député béarnais, qui a pris en janvier la première place du baromètre Ipsos-Le Point des responsables politiques, progresse en mars à 60% d'opinions favorables. Rien de comparable dans les intentions de vote, qui stagnent entre 12% et 15% pour le premier tour.

François Bayrou a mis en doute mercredi, lors d'une conférence de presse, la crédibilité des instituts de sondage qui, ces deux derniers jours, ont livré un instantané divergent du duel annoncé entre le président sortant et le candidat socialiste - TNS Sofres donnant à François Hollande une nette longueur d'avance, Ifop conférant pour la première fois l'avantage à Nicolas Sarkozy.

Evoquant d'un sourire "un certain nombre d'instituts proches des uns ou des autres", il a souhaité que partis et candidats rendent publics les budgets alloués aux sondages. Le MoDem dispose d'un budget prévisionnel de 100.000 euros dont il n'a pour l'instant pas dépensé un euro.

"Tête dure" comme il aime à se dépeindre, François Bayrou garde le second tour de la présidentielle pour horizon avec la volonté d'imposer sa propre équation face à une bipolarisation tenace, expliquée en partie par le réflexe du "vote utile".

"QUELQUE CHOSE À CROIRE"

"Je ne laisserai pas cette campagne électorale s'engager dans la diversion", a-t-il martelé mercredi, jugeant les débats en cours "exaspérants" pour les Français. Finances publiques, éducation, emploi, précarité, etc., "aucune de ces questions n'est traitée sauf par nous", a-t-il estimé.

Pour répondre aux préoccupations des Français dans un monde en crise, François Bayrou, dans un discours parfois quasi messianique, prône l'avènement d'une solidarité économique, sociétale, européenne, mondiale.

"Le seul mot disponible pour que les Français retrouvent quelque chose à croire (...), le seul mot, c'était 'solidarité'", a expliqué le candidat, évoquant l'expérience polonaise de Solidarnosc.

Liberté, fraternité, sens de l'égalité : "le mot dit les trois vertus à la fois" face à "une société d'insularité croissante" qui plonge selon lui les Français dans "l'angoisse" et la solitude.

"A chacun des mots-clés", écrit François Bayrou dans son essai. "Certains choisissent le changement. C'est un des mots les plus creux du vocabulaire politique. (...) D'autres choisissent La France forte. Ainsi ceux qui ont, ces dernières années, le plus affaibli notre pays et mis à mal ses valeurs se drapent dans l'invocation de son intégrité et de son rayonnement".

Déclinée concrètement, la solidarité selon François Bayrou mettrait par exemple en réseau grandes entreprises et PME, avec un avantage fiscal en faveur des investissements pour ces dernières; garantirait aux entreprises de moins de 50 salariés, aux artisans et aux commerçants un emploi sans charges, pendant deux ans, pour le recrutement d'un jeune en premier emploi d'un chômeur en CDI.

Dans l'éducation, elle prendrait notamment la forme d'une aide aux devoirs au sein des établissements, d'un programme de construction de logements étudiants "favorisant la colocation et la mixité sociale". Plaidant pour une solidarité entre générations, le candidat appelle de ses voeux "une France accueillante, soucieuse du sort de chacun".

"La France ne sera forte que si elle est solidaire", a lancé François Bayrou en réplique à Nicolas Sarkozy.

Sophie Louet, édité par Yves Clarisse

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