Ce qui se jouait dimanche prochain lors du deuxième tour de la primaire socialiste, est en partie ce qui aurait dû ou pu se jouer après 2005, au sein de la gauche et du PS.

Montebourg, Peillon et Hamon en 2004, un an après la création de leur mouvement NPS.
Montebourg, Peillon et Hamon en 2004, un an après la création de leur mouvement NPS. © Maxppp / Christophe Petit Tesson

Le Parti socialiste est toujours marqué par le référendum sur le traité constitutionnel européen, une fracture jamais réparée entre aile gauche et droite du Parti socialiste. Après le "choc" du 21 avril 2002, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon, Julien Dray et Benoît Hamon fondent le NPS (nouveau parti socialiste) "un défi pour faire lever un nouvel espoir " écrivent les jeunes cadres du PS dans le journal Libération. Ils affirment (déjà) dans ce texte vouloir renouer avec les classes populaires délaissées d’après eux par le PS, "Réconcilions notre peuple avec sa démocratie", expliquent-ils.

Critiques du social-libéralisme

En 2005, le NPS mais aussi, le numéro 2 du PS, Laurent Fabius, et toute une partie de la gauche du PS parmi lesquels Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon militent pour le non à la ratification du traité européen qu'ils jugent trop libéral. Finalement, le vote interne au PS voit la victoire à 59 % pour le oui au traité européen. Au niveau national, la campagne est rude. À l’époque Jean-Luc Mélenchon, toujours socialiste, les communistes et une partie des Verts (dont José Bové) avaient fait campagne pour le "non", qui l’avait emporté. Le traité dit simplifié sera pourtant bel et bien ratifié malgré la victoire du non au référendum.

En 2007, Benoît Hamon député européen depuis 2004, critique la ratification de ce traité et demande un nouveau référendum. Sans succès. Il démissionne alors du secrétariat national du PS :

2007, c’est aussi l’année du traité de Reims, au cours duquel tout l’aile gauche du PS se réunit autour des motions portées par Jean-Luc Mélenchon et Benoit Hamon. Mais c’est Ségolène Royal qui obtient la majorité. À la suite de ce congrès, Jean-Luc Mélenchon quitte le PS, "la gauche du parti n'est pas en état de peser au sein du parti socialiste".

Benoît Hamon, qui a commencé sa carrière au sein du PS en 1991, reste. Cet excellent connaisseur de l'appareil socialiste attend son heure. Arnaud Montebourg qui ne cache plus son opposition à la ligne de François Hollande, qui dirige le PS, attend lui aussi son heure. En 2011, il sort du bois lors des primaires socialistes. Pour lui, l'appareil socialiste est usé et la Vème République doit disparaitre au profit d'une VIème. Fort de son score lors de ce scrutin (le député de Saône et Loire réalise 18,7% des suffrages), il entre au gouvernement après la victoire de François Hollande en 2012 et Benoît Hamon est dans son sillage, ministre lui aussi. Les deux partisans d'un PS moins libéral sont en place, les frondeurs bien implantés dans les territoires sont à l'Assemblée nationale et Jean-Luc Mélenchon, qui a fondé le Front de gauche, avance doucement son jeu face à un Parti communiste moribond. François Hollande a fait la synthèse :

"La pratique du pouvoir a exacerbé les contradictions idéologiques", explique Rémi Lefebvre, chercheur spécialiste du Parti Socialiste, professeur de sciences politiques à l’université de Lille 2. "Tant que le parti était dominant, avec de nombreux élus... Les luttes internes était civilisées. "

"Mais à la fin de la présidence Hollande, chacun anticipe la défaite au niveau national et local et les antagonismes rejaillissent avec d'autant plus de virulence que des enjeux cruciaux se jouent hors du PS. Macron et Mélenchon, ce sont deux logiques centrifuges en action à l'extérieur du parti", poursuit le chercheur.

De la démission à la course en tête

En 2014, c'est aussi ensemble que Benoît Hamon et Arnaud Montebourg démissionneront pour protester contre les lois Macron. Les deux hommes auront donc été brièvement en concurrence lors de ces primaires de la gauche qui ont une fois encore vu la défaite de Montebourg. Aujourd'hui, c'est à nouveau ensemble qu'ils ont affronté le camp socio-libéral du PS même si, à la surprise générale, c'est finalement Benoît Hamon qui a mené le combat contre Manuel Valls.

Le duel qui a opposé les deux hommes dimanche prochain est par conséquent celui qui aurait pu se jouer il y a déjà longtemps. Les Italiens, les Allemands et les Britanniques ont fait le choix de la sociale démocratie de centre droit il y a plusieurs décennies. Le Parti socialiste français aura attendu 2017 et un contexte de crise politique généralisée pour faire peut-être enfin la clarification que souhaitent les électeurs de la gauche française depuis longtemps.

Un symbole s'il en fallait un pour son meeting parisien, Benoît Hamon a choisi l’institut national de judo. C’est ici qu’avait eu lieu le dernier meeting du non au traité européen en 2005.

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