Bernard Cazeneuve, qui remplace Manuel Valls comme Premier ministre, a incarné le tournant sécuritaire du quinquennat de François Hollande.

François Hollande et Bernard Cazeneuve lors d'une cérémonie à l'académie de police de Nîmes, le 25 novembre 2016
François Hollande et Bernard Cazeneuve lors d'une cérémonie à l'académie de police de Nîmes, le 25 novembre 2016 © Reuters / Jean-Paul Pelissier

Après les Affaires européennes, l'ancien maire de Cherbourg (Manche), aujourd'hui âgé de 53 ans, avait hérité en mars 2013 du portefeuille du Budget, après le scandale le plus retentissant de la présidence Hollande : la démission de Jérôme Cahuzac sur fond de révélation de son compte caché en Suisse.

En deux ans, l'avocat d'affaires qui a fait ses armes politiques en Normandie, après des passages en cabinets au début des années 1990, a fini par incarner le tournant sécuritaire du gouvernement socialiste.

Avec la nomination de Manuel Valls à Matignon en 2014, Bernard Cazeneuve accède alors au ministère de l'Intérieur, un an à peine avant une vague d'attentats sans précédent. En janvier 2015, l'attaque contre la rédaction de Charlie Hebdo et la prise d'otages d'un supermarché casher signent le début d'une série noire, au cours de laquelle plus de 230 personnes seront tuées.

Suivront, en à peine un an et demi, les attaques coordonnées du 13 novembre à Paris et Saint-Denis, l'assassinat du couple de policiers à Magnanville (Yvelines), l'attentat de Nice, en juillet 2016, et l'attentat contre une église de Normandie. A ces actions qui ensanglantent la France s'ajoutent toute une série d'attentats déjoués : 15 depuis 2013, dont 7 depuis janvier 2015, déclarait Bernard Cazeneuve en juin dernier.

La gestion des attentats mais aussi de la jungle de Calais

Inlassablement depuis deux ans, Bernard Cazeneuve défend l'action de l'Etat et des services de renseignement, accusés de carences dans le suivi de certains djihadistes, notamment.

►►►Réécouter | Bernard Cazeneuve : "On ne peut lutter contre le terrorisme qu'en respectant les principes de la République"

Lui qui n'a cesse de revendiquer fermetures de mosquées, assignations à résidence et autres perquisitions administratives comme autant de preuves de la lutte du gouvernement contre le terrorisme, s'attire ainsi les foudres d'organisations de défense des droits de l'Homme, inquiètes de possibles dérives de l'état d'urgence.

Mobilisé sur le front antiterroriste, Bernard Cazeneuve a également dû gérer la crise des migrants de Calais, qui s'est soldée en octobre dernier par le démantèlement - sans heurts - de la "jungle" où s'entassaient plus de 6.000 personnes.

La grogne des policiers pour terminer son mandat

Autre épreuve pour le ministre de l'Intérieur : la grogne sans précédent des forces de l'ordre, exaspérées et à bout de souffle depuis les attentats de janvier 2015. L'attaque au cocktail Molotov, le 8 octobre dernier, de quatre policiers en simple mission de surveillance à Viry-Châtillon (Essonne), met le feu aux poudres. Des manifestations hors de tout cadre syndical éclatent un peu partout en France.

Devant la persistance des manifestations, Bernard Cazeneuve annonce un plan de sécurité publique et l'examen prochain d'un projet de loi sur la légitime défense, sans complètement rassurer les esprits. Ce fidèle soldat de Hollande, toujours tiré à quatre épingles, est un fabiusien d'origine. C'est l'actuel président du Conseil constitutionnel qui l'a envoyé dans la Manche, où il s'est taillé un fief en devenant député-maire de Cherbourg.

Le mandat le plus court de la Ve République

Nommé à cinq mois seulement de l'élection présidentielle, Bernard Cazeneuve aura la longévité la plus courte d'un Premier ministre sous la Ve République, sauf à être reconduit après mai 2017 par le nouveau président. Avant lui c'est Edith Cresson, seule femme à avoir occupé cette fonction, qui détenait le record de brièveté à Matignon avec dix mois et dix-huit jours, de mai 1991 à avril 1992. Pierre Bérégovoy (socialiste), qui lui avait succédé, avait tenu un an moins deux jours jusqu'aux législatives remportées haut la main par la droite à la fin mars 1993. La longévité moyenne d'un Premier ministre est d'un peu plus de deux ans.

Manuel Valls aura ainsi été en poste deux ans, huit mois et cinq jours, du 31 mars 2014 au 6 décembre 2016, succédant à Jean-Marc Ayrault resté un an et dix mois à ce poste.

Depuis cinq ans, Bernard Cazeneuve a fait preuve d'une loyauté à toute épreuve envers François Hollande, dont il était l'un des porte-parole pendant la campagne présidentielle.

Partisan du "non" au référendum sur la Constitution européenne en 2005, il s'était retrouvé sans broncher en première ligne pour défendre le traité européen sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) prônant davantage de discipline budgétaire au grand dam de la gauche du Parti socialiste et des écologistes.

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