Dans une interview accordée à L'Obs, l'ancien Premier ministre dit ne "pas se reconnaître dans les oppositions" à Emmanuel Macron, tout en se disant "en désaccord avec sa politique". Il s'inquiète également d'une gauche "nécrosée" par les "jeux d'appareil".

Bernard Cazeneuve en juillet 2018 aux obsèques de Simone et Antoine Veil
Bernard Cazeneuve en juillet 2018 aux obsèques de Simone et Antoine Veil © AFP / Ludovic Marin

Lorsqu'on l'interroge sur ses relations avec Emmanuel Macron, Bernard Cazeneuve assure qu'elles sont "respectueuses". "Je n'aime pas les phénomènes de meutes contre lui", explique-t-il. "Ils ne portent en eux rien de bon. Mais je suis en désaccord avec sa politique, car j'ai des convictions et des valeurs."

Il reconnait d'ailleurs une petite part de responsabilité dans le désamour d'une grande partie des Français pour les politiques menées depuis des années : "Ça vient de loin et ça vient de partout. Ça vient aussi de près car certains comportements ou décisions récentes ont divisé les Français. En France, la responsabilité est collective, chacun doit prendre sa part - je prends la mienne - et réfléchir", ajoute l'ancien Premier ministre, tout en fustigeant "ceux qui ont théorisé la nécessité de la rupture, de la transgression, de la disruption, du dégagisme comme la forme chimiquement pure du génie politique" dont il estime qu'ils ne doivent "pas s'étonner" que cela finisse par se retourner contre eux.

"Le centre de gravité de la droite s'est déplacé à l'extrême-droite"

Pour lui, pas de doute, la politique d'Emmanuel Macron est "à droite, sans ambiguïté". Mais il ne se "reconnait pas dans les oppositions qui envahissent tout l'espace du vacarme de leurs outrances". Et de citer immédiatement Jean-Luc Mélenchon, qui selon lui "stérilise toute alternative crédible dans le refus de tout et une colère chaque jour entretenue. Dans un pays divisé, fragmenté, il faut une opposition crédible."

Mais quelle opposition ? Bernard Cazeneuve pense qu'il y a encore un espace à récupérer à gauche, "car le centre de gravité de la droite s’est déplacé à l’extrême-droite et celui de la majorité à l’emplacement traditionnel de la droite classique". Tout en admettant que ça n'est pas gagné, loin de là, évoquant "le syndrome du joueur de poker qui a un 2 de pique et qui continue à jouer comme s'il avait tous les atouts entre ses mains". Et qu'il n'a pas l'intention de mener ce combat en première ligne... pour l'instant. Selon lui, quand on n'est "pas en situation de présenter un casting crédible aux Européennes", il vaut mieux éviter d'être "dans l'obsession de la présidentielle"

"Je veux être utile parmi tous les autres"

"Je veux être utile parmi tous les autres, sans ne prétendre à rien, à la reconstruction d’une gauche de gouvernement", affirme Bernard Cazeneuve. "Je m’exprime rarement et si je m’exprime aujourd’hui, c’est parce que je suis inquiet, inquiet de la fracturation dans la violence de notre pays, inquiet de voir les Français condamnés au choix entre le droite et l’extrême-droite, inquiet de l’état de la gauche et déterminé à la voir sortir de l’impasse où elle s’est mise elle-même", dit-il.

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