Sa parole est rare dans les médias : Bertrand Delanoë, ancien maire de Paris, a signé il y a quelques mois le manifeste contre le nouvel antisémitisme, et s'inquiète à nouveau aujourd'hui d'une résurgence de l'intolérance. Il répond à Bruno Duvic dans le journal de 13 heures de France Inter.

Bertrand Delanoë à Paris en 2018
Bertrand Delanoë à Paris en 2018 © AFP / Eric Feferberg

FRANCE INTER : Que dites-vous face à cette résurgence d'actes antisémites ?

BERTRAND DELANOË : "Je suis terrifié et partagé entre la colère et l'immense tristesse, parce que c'est une régression pour les valeurs de la société française qui est particulièrement dramatique. Cela dit il y a des réactions des partis démocratiques, je suis assez frappé qu'ils aient été capables d'organiser demain soir cette manifestation, sans aucun esprit tactique ou partisan. J'en serai, bien sûr.

Ça, c'est une réaction très saine. Je crois qu'il faut être extrêmement combatif parce que, ce qui se passe dans la société française, dans cette espèce d'idéologie de la haine qui passe toujours par le rejet de l'autre quand il est différent, l'antisémitisme est sans doute la manifestation la plus barbare, parce que l'Histoire nous a tellement enseigné les dégâts de cette idéologie-là. Il y a une banalisation de quelque chose qui est totalement abject. Mais il ne faut pas dénoncer que l'antisémitisme, il faut aussi dénoncer les antisémites : derrière cette vague qui est particulièrement dangereuse, il y a des gens qui profèrent des idées de haine. Je ne suis pas désespéré, parce que je pense qu'il y a toujours un chemin pour l'intelligence et pour les valeurs humanistes, mais il est plus que temps d'être combatif et efficace."

On a été frappé par la réaction des fils de Simone Veil, disant qu'ils ne souhaitaient pas porter plainte...

"J'ai beaucoup d'amitié pour Pierre-François et Jean Veil, et je respecte beaucoup leur attitude. Ce que je crois en revanche, c'est qu'il est absolument indispensable que la République se défende. De la même manière dans l'affaire qui a visé Alain Finkielkraut samedi, je trouve bien que ce soit la justice française qui prenne en main le combat contre l'antisémitisme et les antisémites, parce que lorsque la justice française dépose plainte et entame une procédure judiciaire, ça veut dire que les gens seront sanctionnés. Donc je crois que c'est une autre manière de faire front, collectivement, au nom de ce que nous sommes en tant que société démocratique."

On parle beaucoup d'un "nouvel antisémitisme" : de votre point de vue, qui est derrière la multiplication des actes ces temps-ci ?

"Il y a à la fois un phénomène de société (les réseaux sociaux, la banalisation d'un certain nombre de propos) et il y a des spécialistes de ces propos, comme Soral pour l'extrême droite. On a vu des personnes dans les images de samedi après-midi et je trouve bien que le gouvernement décide d'essayer de les identifier pour les poursuivre. Je n'ai pas à jeter tous les noms en pâture, mais tous ceux qui sont identifiés dans les médias, sur les réseaux sociaux, comme proférant des propos antisémites doivent être poursuivis fermement."

L'antisémitisme auquel on assiste est un antisémitisme d'extrême-droite ?

"Pas seulement. Il y a un antisémitisme d'extrême-droite mais ça ne veut pas dire qu'il n'y en a pas ailleurs, parfois même à l'extrême-gauche. Mais peu importe où est le mal, il doit être éradiqué.

Je relie ça aussi à la situation de violence dans laquelle vit notre société actuellement. J'ai été totalement indigné par les images de ces deux policiers dans une voiture samedi à Lyon, pris à partie avec une volonté de destruction qui me choque. Je repense chaque fois à tous les attentats terroristes que nous avons subis et où nous sentons à quel point les forces de l'ordre républicaines sont un rempart pour la sécurité et la santé de la société française. Chaque fois qu'on dérape à ce point et de manière aussi pernicieuse, je suis inquiet, oui."

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