L'Union Européenne a voté ce vendredi l'interdiction de trois composants chimiques accusés de faire disparaître les abeilles.

Des défenseurs de l'environnement manifestent devant la Commission Européenne, le 27 avril 2018
Des défenseurs de l'environnement manifestent devant la Commission Européenne, le 27 avril 2018 © AFP / Emmanuel Dunand

Non seulement ils avaient des noms complexes mais en plus ils participaient à la disparition des abeilles des campagnes. européennes. Fini la clothianidine, l'imidaclopride et le thiaméthoxame ! Ces trois insecticides ou composants de produits phytosanitaires ont vu leur interdiction élargie ce vendredi par l’Union Européenne.

François Veillerette, Générations Futures :

C'est une très belle victoire !

Accusés de s’attaquer au système nerveux des abeilles, provoquant leurs pertes de repères et leur mort, ces néonicotinoïdes sont largement utilisés dans le monde agricole. Un moratoire européen, en 2013, en avait limité les conditions d’utilisations, suivant les recommandations de la France qui elle même votait en 2016 leur interdiction à compter de septembre 2018. Ce vendredi le sort européen de trois de ces substances chimiques a définitivement été scellé à Bruxelles par seize pays membres de l’Union Européenne, la majorité qualifiante nécessaire pour le vote. Ainsi la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Espagne ou l'Italie, mais aussi les Pays-Bas ou le Luxembourg se sont prononcés contre lors d'un comité technique à huis clos, allant dans le sens de la Commission Européenne qui souhaitait son interdiction. 

"C’est une très belle victoire, il faut la savourer, s’est félicité au micro de France Inter, François Veillerette directeur de Générations Futures, une ONG qui dénonce les effets des néonicotinoïdes depuis plus de 20 ans. Ces produits sont la cause de la disparition de très nombreuses colonies d’abeille et d’une chute vertigineuse de la présence de pollinisateurs dans notre environnement, poursuit le lobbyiste."

Une interdiction élargie

Même satisfaction du côté des apiculteurs dont l'Union nationale française déplorait encore ce jeudi la "contamination chimique et quasi omniprésente de l'environnement par les pesticides".

Si la décision satisfait les défenseurs de la nature, les fabricants n’en font pas leur miel. Le groupe Bayer, qui commercialise de l'imidaclopride (composant du Gaucho) et de la clothianidine n’évoque pas moins qu’une "une journée noire pour les agriculteurs et un mauvais choix pour l'Europe". 

Le groupe allemand d’autant plus en colère que le recours qu’il avait déposé en 2013 aux côtés des suisses de Sygenta, contre la décision de l’UE de restreindre l’utilisation de ce produits phyto-sanitaires, n’a pas encore été jugé, la Cour européenne de justice devant rendre sa décision le 17 mai prochain. 

Ce vendredi Bruxelles a en fait décidé d'élargir l'interdiction des trois néonicotinoïdes. Jusque là et depuis 2013, un moratoire en prohibait l’utilisation dans les cultures qui attirent les abeilles comme le maïs, le colza oléagineux ou le tournesol. Désormais toutes les cultures en plein champ sont concernées avec pour seule exception les usages en serres, dans la mesure où graines et plantes restent confinées à l’intérieur.

Ne pas baisser la garde

Autres mécontents d’une telle décision, l'Association générale des producteurs de blé (APGB). Chez nos confrères de France Info, son président, Philippe Pinta se voulait menaçant ce vendredi : "Il y aura des conséquences sur l'agriculture et sur les céréales. Les orges diverses sont concernées par la maladie de la jaunisse naissante, liée aux pucerons et qui peut détruire l'intégralité de la production". Celui pour qui les néonicotinoïdes ne sont pas à l’origine de la disparition des abeilles déplore également le manque d’alternative pour les producteurs. L’Union Européenne devrait leur donner toutefois jusqu’à fin décembre 2018 pour cesser complètement d’utiliser ces trois produits. 

Un vote qui a donc tout d’une avancée en faveur de l’environnement. Mais le combat n’est pas terminé. "Il va falloir amplifier ce mouvement, prévient François Veillerette qui ne baisse pas la garde. Car d’autres produits utilisés sont des néonicotinoïdes qui ne disent pas leur nom » assure le président de Générations Futures.

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