Ce jeudi, le Conseil d'État étudie la légalité des arrêtés municipaux pris dans certaines communes contre ce maillot de bain couvrant. Le débat n'en finit plus de s'envenimer.

Ce jeudi 25 août, une manifestation s'est déroulée devant l'ambassade française de Londres en soutien aux femme musulmanes françaises.
Ce jeudi 25 août, une manifestation s'est déroulée devant l'ambassade française de Londres en soutien aux femme musulmanes françaises. © AFP / JUSTIN TALLIS

Interdire ou non le burkini à la plage, le débat ne cesse d'enfler en France. Ce jeudi le conseil d'État, saisi par la Ligue des droits de l'Homme (LDH) et  le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), se réunit pour se pencher sur la légalité des arrêtés d'interdiction pris par plusieurs communes littorales. Il rendra sa décision ce vendredi à 15 heures. Une actualité qui s'entrechoque avec la publication par le journal britannique Daily Mail d'une suite de clichés, devenue virale, où l'ont voit des policiers municipaux niçois demander à une dame voilée sur la plage (même pas en burkini) de se dévêtir avant de lui dresser une contravention. En pleine rentrée politique, il n'en fallait pas moins pour que la polémique explose.

Désaccord au sein même du gouvernement.

La ministre de l'Éducation nationale, venue ce matin sur le plateau d'Europe 1 évoquer la rentrée scolaire, n'a pas échappé à la question sur le burkini. Si sur le fond, elle se dit, en tant que féministe, opposée à la tenue, elle n'est pas sur la même longueur d'ondes que Manuel Valls concernant les arrêtés l'interdisant : "J'estime que cette prolifération d'arrêtés anti-burkini n'est pas bienvenue. Cela pose un problème car cela pose la question de nos libertés individuelles. jusqu'où va-ton pour vérifier qu'une tenue est conforme aux bonnes mœurs ?"

Manuel Valls, invité, lui, sur BFMTV, n'accepte pas que l'on parle de "dérive dangereuse". Le Premier ministre, qui avait déjà soutenu les maires ayant pris ces arrêtés, sans vouloir pour autant légiférer sur la question, estime que sa ministre a mal interprété ces interdictions. "Un foulard est un foulard, un burkini est un burkini, une burqa est une burqa. Le burkini n'est pas un foulard, ce n'est pas la même chose. C'est pour moi un symbole d’asservissement de la femme, comme si la femme dans l’espace public était impudique et qu'il fallait la cacher. Ce sont des signes de revendication d'un islamisme politique, qui vise, et c'est une minorité, à faire en sorte que, dans l'espace public, on fasse reculer la République."   Manuel Valls estime que sa ministre interprète mal les choses. Alors quelques heures plus tard, Najat Vallaud-Belkacem est obligée de revenir sur ses propos.

D'une plage à une autre, les élus LR ne sont pas d'accord non plus

Nice, Villeneuve-Loubet et Cannes, ces trois communes de la Côte d'Azur, distantes de quelques kilomètres, ont toutes pris des arrêtés contre le port du burkini. Toutes sont dirigées par une majorité Les Républicains. À Nice, où la photo publiée par le Daily Mail a été prise, Christian Estrosi, l'omnipotent premier adjoint au maire, a réagi à la polémique en menaçant de porter plainte contre toutes personnes diffusant les images de ses policiers municipaux en train de verbaliser cette dame au foulard bleu.

Le maire de Nice demande qu'une loi, une initiative nationale, soit votée sur le sujet, ce que demande également le maire d'Antibes, Jean Leonetti (LR). Lui, par contre, se refuse à prendre un arrêté pour les plages de sa commune. Il était l'invité du journal de 13 heures sur France Inter.

De son côté, Nicolas Sarkozy appelle à légiférer pour interdire "tout signe religieux à l'école mais également à l'université, dans l'administration et aussi dans les entreprises". Pour lui, "ne rien faire" contre le burkini "serait acter un nouveau recul de la République".

LE FN toujours plus loin, Jean- Luc Mélenchon énervé

"Les plages françaises sont celles de Bardot et Vadim, pas celles de lugubres Belphégor", écrivait il y a quelques jours la dirigeante du Front National sur son blog de campagne . Et de poursuivre : "Alors profitons du burkini pour aller au fond des choses. Le problème qui nous assaille ne trouvera pas de réponse réelle et définitive par des rustines."  Le Front national se prononce pour "une loi d'interdiction générale des signes religieux ostensibles dans l'ensemble de l'espace public".

Ce jeudi, sur France 2, Jean-Luc Mélenchon s'est montré très agacé par la polémique : "Je ne dis pas que ce n'est pas une question grave que d'utiliser le corps d'une femme pour en faire un espèce d'emblème de lutte politique. Mais soyons intelligents, ne tombons pas dans la provocation. Je dis à tous les chefs religieux qu’il n’y a pas de consignes ni de Mahomet, ni de Jésus, ni de Moïse concernant les tenues de bain. Alors maintenant ça commence à bien faire. Moi ce que j’en dis... Si vous ne voulez pas vous calmer alors faites-vous la guerre."

Et le Hashtag #WTFFrance est né

WTF, c'est une expression du web. En gros "qu'est ce que vous foutez". Depuis quelques jours, après la publication de la photo du Daily Mail, sur Twitter, le hashtag est parmi les plus utilisés.