L'écrivain et haut-fonctionnaire Camille Pascal a été nommé mercredi conseiller du Premier ministre Jean Castex. Il avait déjà officié comme plume du président Nicolas Sarkozy. Retour sur une carrière dans les coulisses du pouvoir et sur quelques-uns de ses écrits.

Camille Pascal
Camille Pascal © AFP / Miguel Medina

C'est une figure de l'ombre de la droite française, il a écrit des discours marquants de la présidence de Nicolas Sarkozy. Camille Pascal sera désormais chargé de la rédaction de certains discours de Jean Castex, notamment "mémoriels", en lien avec l'actuelle plume Nicolas Idier. Il rédigera par exemple celui que doit prononcer jeudi le Premier ministre pour la "cérémonie d’honneurs funèbres" en faveur du Compagnon de la libération Edgar Tupët-Thomé. Les deux hommes - Camille Pascal et Jean Castex - se connaissent depuis longtemps : le premier a été recruté à l'Élysée lorsque le second était conseiller aux Affaires sociales, puis secrétaire général adjoint de la présidence.

Nous sommes en 2011, Camille Pascal devient conseiller de Nicolas Sarkozy. Il partage un temps la responsabilité d'écrire les discours présidentiels avec Henri Guaino et reste deux ans à l'Elysée, avant d'écrire un essai sur son expérience. 

Mais avant même de conseiller Nicolas Sarkozy, Camille Pascal avait pu exercer sa plume et mettre sa qualité d'historien au service de Jacques Chirac, en mars 2002. C'est lui qui a écrit le discours pour le transfert des cendres d'Alexandre Dumas au Panthéon. Il y décrivait Dumas comme un "citoyen du monde" à l'oeuvre "profondément humaniste", et la dernière phrase précise que "la République aussi a ses mousquetaires".

Les racines chrétiennes de la France

Mais c'est bien avec Nicolas Sarkzoy qu'il va pouvoir entonner des thèmes et une ligne qui lui sont chers. Passé chrétien, identité et histoire de France sont les grands thèmes du discours que Camille Pascal rédige pour le président Sarkozy en 2011. Nicolas Sarkozy parle d'identité, et pour cela cite Levi-Strauss : "l'identité n'est pas une pathologie", et poursuit, "comme il y aurait à dire sur cette idée et à tous ceux qui défendent, à juste titre, la diversité, je voudrais dire que sans identité, il n'y a pas de diversité, qu'à l'origine de la diversité, il y a les identités et que ce n'est pas faire preuve de fermeture que de croire en son identité pour mieux la faire partager avec les identités des autres."

Le discours rappelle "l'apport de la chrétienté à notre civilisation", et insiste sur la nécessité de transmettre cet héritage. A l'époque, la France est en pleine polémique sur son histoire, ce qui fait dire à Nicolas Sarkozy, que "la Maison de l'Histoire de France (...) se traduira concrètement, dès cette année, par l'ouverture au public des vastes jardins des hôtels de Rohan et Soubise, au cœur de Paris, et par une série d'événements de préfiguration, notamment autour du thème des origines de la France". Pour Nicolas Sarkzozy il s'agissait de permettre "l'appropriation intime de leur passé et de leur Histoire par les Français ". Mal accueilli par les historiens les plus éminents, le projet est abandonné en 2012. 

Mais en 2016, Camille Pascal reprend le thème et publie un essai, Ainsi, Dieu choisit la France, la véritable histoire de la fille aînée de l’Eglise, pour signifier, comme Nicolas Sarkozy l'avait fait dans un discours en 2008, à Latran, que "les racines de la France sont essentiellement chrétiennes". Huit ans plus tard, le propos de Camille Pascal dans son essai, est bien de soutenir que la France ne serait pas ce qu'elle est sans la chrétienté.

"Pour la République, Jeanne est..."

Pour les 600 ans de la naissance de Jeanne d'Arc, Camille Pascal rédigeait le discours prononcé à Vaucouleurs par le président en janvier 2012. Là il s'agissait de se démarquer du Front National et rappeler que Jeanne d'Arc n'appartient à aucun parti, de la placer comme un élément de "l'identité nationale".

Il en fait le symbole du patriotisme, sans haine de l'autre. "Pour l'Église, Jeanne est une sainte. Pour la République, Jeanne est l'incarnation des plus belles vertus françaises et pour la République, Jeanne est l'incarnation du patriotisme, le patriotisme qui est l'amour de son pays sans la haine des autres et, ici, on sait parfaitement ce que cela veut dire, le patriotisme, l'amour viscéral pour la France sans la haine des autres. Car Jeanne aime la France mais elle ne hait personne. Ici, on aime la France et on veut être ami avec tous ses voisins" disait Nicolas Sarkozy, après avoir interrogé le public sur le mystère de Jeanne : "Ces voix s'adressaient-elles à l'âme de la Chrétienne ou bien venaient-elles directement du cœur de la petite Française ? Personne ne peut répondre à cette question. Et je crois que le plus sage, c'est de laisser à Jeanne son mystère en respectant sa foi et son courage".

C'est aussi à Camille Pascal que revint aussi la charge de rédiger le discours que Nicolas Sarkozy prononça en hommage aux soldats victimes des attentats de Toulouse et Montauban. Dans ce discours du 21 mars 2012, il fait appel à l'unité nationale : "Nous devons rester rassemblés, nous ne devons en aucun cas céder à l'amalgame. Et en aucun cas céder à la vengeance. Face à de tels événements, la France ne peut être grande que dans l'unité."

Proximité avec Sens commun

Depuis son passage à l'Elysée, Camille Pascal n'a pas pour autant abandonné les coulisses de la politique. Dans un article du 15 mai 2015, le magazine Marianne parle de lui comme d'un stratège soufflant à l'oreille des futurs membres de Sens Commun, mouvement de droite traditionaliste, et leur conseillant d'utiliser la méthode des trotskistes des années 70 pour infiltrer le PS. Il leur suggérait d'en faire de même avec l'UMP, prétendait Marianne.

Entre 2013 et 2016 il devient éditorialiste dans l'hebdomadaire Valeurs Actuelles. A l'occasion de la grève à Radio France en 2015, il estime que l'interruption des antennes "donne ainsi la possibilité à une intelligentsia qui le fait rarement de réfléchir un peu avant que de parler. Il est des grèves dont on réclamerait presque la reconduction…". En 2014, il s'insurge par exemple contre l'invasion des vélos dans les rues parisiennes : "Le vélo n’est plus un moyen de locomotion, il est désormais un signe identitaire, un choix politique. Hier il était un sport, aujourd’hui il incarne une idéologie totalitaire et en cela il est devenu très dangereux".

Dans la liste du Goncourt

Historien de formation, Camille Pascal est professeur agrégé depuis 1990. Il a conseillé François Bayrou du temps où ce dernier était ministre de l'Education nationale, puis le député Philippe Douste-Blazy et enfin Dominique Baudis, alors président du CSA. Il avait ensuite rejoint Patrick de Carolis à la présidence de France Télévisions (ne manquant pas d’attiser les critiques en passant de l'un à l'autre).  Dans le cadre de l'affaire Bygmalion et d'un contrat passé entre l'entreprise publique et la société, il a aussi été condamné, en 2017, à deux mois de prison avec sursis et 15 000 euros d’amende, assortis, là aussi, d'un sursis.

Ses recherches n'ayant jamais cessé, il a publié des romans historiques. Il est couronné d’un Grand Prix du roman par l’Académie Française en 2018 pour L’été des quatre rois et il est cet automne dans la première liste des romans sélectionnés pour le prix Goncourt avec La chambre des dupes. Un roman centré sur les amours de Louis XV. Pouvoirs, mondanités, traditions de cour et jeux d’influence sont ces domaines favoris.