Invitée du journal de 13h sur France Inter, la maire de Marseille a confirmé travailler à l'élaboration d'une "commission technique" face à la crise du coronavirus. "Ce n’est pas un Conseil scientifique, c’est une force de proposition", a-t-elle précisé.

Michèle Rubirola, maire de Marseille.
Michèle Rubirola, maire de Marseille. © Maxppp / VALLAURI Nicolas

Michèle Rubirola a précisé ce mardi sur France Inter les contours d'une "commission technique" qu'elle souhaite mettre en place face à la crise sanitaire. Un groupe d'"experts" et de "citoyens", dit-elle, pour "mieux évaluer l’impact des mesures à prendre, pour mieux évaluer les données chiffrées". "On a mis en place depuis longtemps des mesures préventives et j’ai eu l’impression que Paris, plutôt que de nous féliciter, nous avait plutôt sanctionnés", juge-t-elle également, en déplorant un manque de concertation. 

FRANCE INTER : Que pensez-vous de la proposition de votre adjointe, Samia Ghali, de constituer un Conseil scientifique ?

MICHÈLE RUBIROLA : "C’est sa proposition. J’écoute toujours avec attention ce que disent mes adjoints, eux aussi sont des élus. Sur ce sujet difficile qu’est la Covid, chacun a ses mots. Il n’est pas du tout question d’un Conseil scientifique marseillais que je voudrais mettre en place, et même que nous voudrions mettre en place, puisque je travaille en concertation avec des experts médicaux et scientifiques de Marseille. Ce n’est pas ça du tout qu’on veut mettre en place ; on ne veut pas de Conseil scientifique qui serait calqué sur celui du gouvernement. J’ai ressenti le besoin de faire travailler ensemble des experts, de réunir plusieurs expertises autour d’une table pour me conseiller en tant que maire de Marseille, pour qu’on sache bien où on va."

Pourquoi ne faites-vous pas confiance aux experts nationaux ?

"À Marseille, on veut centraliser des informations et les faire analyser pour mieux évaluer l’impact. On sait ce qui se passe chez nous. On n’est pas contre Paris, c’est ce que je veux dire, on ne veut pas se substituer aux institutions existantes. On veut mieux évaluer l’impact des mesures à prendre, pour mieux évaluer les données chiffrées. C’est plutôt une commission technique, qui me donnera des conseils sur la stratégie de dépistage, sur la prise en charge sociale, sur toutes les questions de médiation santé et de réduction des risques. Ce n’est pas un Conseil scientifique, c’est une force de proposition."

Vous reconnaissez quand même que derrière cette décision il y a une véritable méfiance vis-à-vis de Paris ? Vous avez le sentiment que Paris vous impose des décisions sans connaître la situation dans votre ville ?

"On a mis en place depuis longtemps des mesures préventives et j’ai eu l’impression que Paris, plutôt que de nous féliciter, nous avait plutôt sanctionnés. On a distribué des masques bien avant tout le monde. On a mis en place des barnums de dépistage bien avant tout le monde. On a le bataillon des marins pompiers qui étudie la concentration de la Covid-19 dans les eaux usées, alors que ça ne se fait pas ailleurs et que c’est un test prédictif de ce qui va se passer dans six jours.

Je pense qu’on pouvait nous faire confiance et faire confiance aux experts marseillais. Ce qu’on voulait c’était de la concertation, et on ne l’a pas eue. C’est vrai que maintenant des mesures ont été mises en place, la réouverture des bars et restaurants, mais ce n’est pas pour ça qu’on va lever le pied sur ce qu’on doit faire. On a des chiffres qui tombent régulièrement, on veut continuer à travailler avec ces chiffres pour savoir quelles mesures on va continuer à mettre en place. On ne va pas attendre qu’on nous dise qu'il faut faire ça et ça."

Mais alors quel sera le rôle de ce Conseil, quel sera votre pouvoir ? Les décisions de fermeture ou d’ouverture relèvent du gouvernement…

"Ce que je veux c’est être très bien informée, je ne parle pas d’une posture, ce n’est pas constructif. Ce qu’on veut c’est réunir des experts, des médecins, des épidémiologistes, des professionnels du travail social, des psycho-sociologues, des anthropologues de la santé, des citoyens, pour vraiment se faire une idée de ce qu’est cette épidémie à Marseille. C’est en se mettant tous autour de la table qu’on pourra voir vraiment ce qu’il se passe. Pas saucissonner les chiffres : avoir une vision globale de ce qu’il se passe sur Marseille, dans un but de protéger la santé sociale, économique et physique de toutes les Marseillaises et tous les Marseillais."