A dix jours de la primaire écologiste, Delphine Batho, Jean-Marc Governatori, Yannick Jadot, Eric Piolle et Sandrine Rousseau se sont affrontés durant 1h30 sur France Inter, pour tenter de convaincre au-delà des militants EELV. Vous n'avez pas suivi le débat ? Voici ce qu'il faut en retenir.

Les cinq candidats à la primaire des Verts ont débattu pour la première fois à Radio France, pendant une heure trente
Les cinq candidats à la primaire des Verts ont débattu pour la première fois à Radio France, pendant une heure trente

Un débat posé, très courtois dans la forme, avec peu d'échanges entre les candidats. Pendant une heure trente, les cinq candidats à la primaire des Verts se sont expliqués sur la "décroissance", la laïcité, le nucléaire. C'était la première fois que les candidats à la primaire écologiste débattaient ensemble dans le cadre de cette primaire, dans l'auditorium de Radio France. Diffusé sur France Inter et France info le canal 27, ce débat a permis aux cinq candidat d'exposer les lignes fortes de leurs programmes.

Delphine Batho a levé les yeux au ciel quand Sandrine Rousseau a insisté sur le fait qu'on n'interdisait pas à une femme de porter un vêtement, que ce soit un "crop-top" ou un "voile". Jean-Marc Governatori n'a pas repris à son compte le terme de "décroissance" qui est au coeur du programme de Delphine Batho. Et cette dernière s'est impatientée au bout de longues minutes consacrées à la laïcité: "On pourrait parler d'écologie ?". Mais ceci mis à part, les échanges entre les candidats ont été très limités.

In fine, Eric Piolle est apparu assez discret. Et les deux qui ont marqué le plus de points sont sans doute Yannick Jadot, dans son rôle de candidat rassembleur qui reste au-dessus de la mêlée, et Sandrine Rousseau dans celui de la challengeuse qui n'hésite pas à mettre le pied dans la porte pour pousser ses idées écoféministes.

Pour rappel, cinq candidats s'affrontent dans le cadre de cette primaire: Delphine Batho, députée et présidente du parti Génération Ecologie, qui revendique la décroissance. Jean-Marc Governatori, centriste et cofondateur de Cap 21, qui entend «sortir l’écologie politique de la gauche». Yannick Jadot, eurodéputé et favori, sur une ligne très sociale-démocrate. Eric Piolle, maire de Grenoble qui défend une écologie de rupture mais pas punitive. Et Sandrine Rousseau, pionnière du mouvement #metoo qui porte l'"écoféminisme" comme étendard.

L'heure des présentations: "J'ai le meilleur CV politique de France"

Le débat démarre à 12h05. Première question pour Jean-Marc Governatori: l’outsider de la primaire attaque fort. Il justifie sa présence à cette primaire: "J'ai le meilleur CV politique de France". Il laisse planer le doute sur le fait qu'il soutiendra le candidat vainqueur de la primaire, comme toutes et tous l'ont promis. "Il faut se dire la vérité, il y a des différences entre nous. Si je gagne la primaire et que Sandrine Rousseau me soutient, ça me porte préjudice", dit-il. 

La candidate de l’écoféminisme, Sandrine Rousseau, enchaine. Elle est là pour représenter "toutes les femmes victimes de violences sexistes" qui ont vécu comme une "humiliation" la nomination de Gerald Darmanin, "accusé de viol", comme ministre de l’Intérieur. 

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Au cours de ce premier tour de parole, Eric Piolle, maire de Grenoble, précise qu'il n’a pas peur d’être trop peu connu: "Ce qui est important c'est l'expérience, et la façon dont on porte un message pour la France". Yannick Jadot, dit vouloir rassembler l’écologie, plutôt que défendre "les minorités", comme Sandrine Rousseau. Au moment de clore ce tour de table, Delphine Batho est la première à évoquer le rapport du GIEC : "Nous avons une décennie pour agir".

Le débat entre les candidats écologistes a été très policé, sans échange tendu, chacun laissant l'autre présenter son programme
Le débat entre les candidats écologistes a été très policé, sans échange tendu, chacun laissant l'autre présenter son programme

"La France a peur"

On rentre ensuite dans le cœur des programmes avec la "décroissance". Delphine Batho ne veut plus baser les politiques publiques sur la croissance du PIB, mais sur l’état de la santé de la population, la réduction de la production de gaz à effet de serre… "Je n'aurais pas employé le mot "décroissance", parce qu'il est possible qu'il soit peu audible par les dix millions de personnes qui doivent survivre sous le seuil de pauvreté", rétorque Jean-Marc Governatori. Mais il partage la vision de ses concurrents : la nécessité dit-il, "de revoir notre mode de vie pour la survie de la planète". 

Eric Piolle, de son côté, estime que "la France a peur" d'un modèle social qui broie les Français:

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Nathalie Saint-Cricq, de France 2, relance les candidats sur les thèmes régaliens: "Vous n'êtes pas seulement écologiste vous voulez être président". "Ce n'est pas incompatible", lui répond Yannick Jadot dans un sourire. 

Sur la question de la sécurité, "On confond le maintien de l'ordre et le fait de garder la paix", déclare Sandrine Rousseau. Elle appelle au retour d'une "police de proximité, de complicité, de maintien de la paix", pour rétablir la confiance entre citoyens et policiers.

Laïcité, crop-top et voile

Les candidats évoquent ensuite pendant près de 20 minutes les thèmes de la laïcité. Tout commence avec un échange sur le droit au blasphème, auquel s'oppose Jean-Marc Governatori pour qui un président est là pour "apaiser" et pas pour "insulter". Il est seul sur ce point. "Il est absolument essentiel de défendre le droit au blasphème", lui répond Yannick Jadot, toujours sur un ton solennel. Sandrine Rousseau de son coté "regrette" que la question de la laïcité puisse même être débattue par les cinq candidats.

"Il faut lutter contre le retour du religieux en politique, de l’islam en politique, ce qui passe par l'éducation", dit le maire de Grenoble Eric Piolle, mais comme Sandrine Rousseau, il considère qu'il y a une "instrumentalisation de la laïcité", avec en ligne de mire la campagne d'affichage polémique du gouvernement sur la laïcité. "Je suis vraiment en colère contre ceux qui utilisent la laïcité comme vecteur de discrimination", ajoute-il dans une allusion claire aux positions du ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer.

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Une sortie à noter pour la féministe Sandrine Rousseau, l'une des plus à l'aise sur l'exercice du débat : "On ne fait pas de l'émancipation par de l'interdiction sur le corps des femmes. Pas plus sur des crop-top que sur des voiles." C'est ça aussi, la laïcité, selon elle.

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"Est-ce qu'on peut parler d"écologie ?"

"Est-ce qu'on pourrait parler d'écologie ?", interrompt Delphine Batho, soulignant l'une des grandes absentes de ce débat : la question climatique. 

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Au mitan du débat, Alexandra Bensaïd, journaliste économique à France Inter, entre en scène pour questionner les candidats sur leur programme économique. Premier sujet : le nucléaire. Tous les débatteurs sont d'accord sur la nécessité d'une transition énergétique, sans donner de date dans les décennies à venir. 

"Dépendre du soleil, du vent, de nos déchets, de la géothermie, c'est quand même mieux que dépendre de Poutine, des pétromonarchies du golfe ou de l'importation d'uranium du Niger", déclare Yannick Jadot. 

Globalement, aucun des candidats n'a chiffré son programme. Mais Delphine Batho l'assure "oui, il y a des leviers et des marges" pour trouver de l'argent. "Ce qui creuse l'endettement aujourd'hui, c'est l'obsession pour la croissance économique".

"Un triumvirat primo-ministériel"

Finalement, c’est sur ce sujet que les cinq candidats ont le plus de propositions, et là où se révèlent leurs divergences. Un point commun tout d'abord : ils souhaitent tous réduire le rôle et la figure du Président de la république dans la gestion du pays, réintroduire davantage de démocratie. 

Eric Piolle veut mettre en place, s’il parvient au pouvoir, "le référendum d’initiative citoyenne", Yannick Jadot parle de "référendums locaux". "Un homme politique n’a pas à dire d’aller ou non se faire vacciner", réitère Governatori, non vacciné et auteur d’un tweet polémique sur le sujet.  Côté solution, il propose un "triumvirat primo-ministériel", avec une nouvelle assemblée citoyenne aux côtés du Sénat et de l’Assemblée Nationale, et trois premiers-ministres. Proposition qui fait sourire le reste du plateau. 

Chez Delphine Batho, il s’agit "d’abolir le présidentialisme". Elle propose un référendum sur l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel direct. En clôture, Sandrine Rousseau insiste sur la nécessité de renforcer les contrepouvoirs : la presse et la justice, et de réallouer des moyens financiers dans les tribunaux.

L'heure des conclusions

Chaque candidat a une minute pour conclure. Yannick Jadot déroule son CV et rappelle que son écologie est une "écologie de combat et de solution". Un seul objectif:  "Retrouver notre harmonie avec la nature, et notre harmonie entre nous". "Dès l'arrivée à l'Elysée, nous agirons pour vous", promet-il. Son principal concurrent, Eric Piolle entrevoit lui aussi un chemin nouveau: "Pour la première fois, il peut y avoir une présidence écologique". Il rappelle son expérience dans le privé et dans le public, appelant les ex-électeurs d'Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon à voter pour lui.

Pour Delphine Batho aussi, l'heure est venue de porter une "écologie de gouvernement" aux responsabilités. Il n'y a pas de "fatalité" à une présidentielle confisquée par le statu quo conservateur d'un côté, et l'extrême droite de l'autre. Elle veut en finir avec l'obsession de la croissance économique. "Je propose un autre chemin: celui de la décroissance et de la rupture avec le présidentialisme".

Jean-Marc Governatori a continué sur son mantra du centre: "Depuis 30 ans, l'écologie politique en France subit un boulet. Ce boulet, c'est la gauche. L'heure est venue de l'écologie au centre."

Enfin, dans une référence au texte de Virginie Despentes, Sandrine Rousseau a appelé toutes celles "qui se lèvent et se cassent" à revenir dans le jeu démocratique.

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Deux autres débats à venir

Les deux prochains débats des écologistes auront lieu le 8 septembre sur LCI, et le 10 septembre sur le site d'informations Mediapart. Le premier tour de la primaire se déroule du jeudi 16 au dimanche 19 septembre, le second du samedi 25 au mardi 28 septembre. Tous les citoyens de plus de 16 ans peuvent y participer en votant sur le site lesecologistes.fr, moyennant une cotisation de 2 euros.