La campagne des européennes est lancée et devrait réserver son lot de happenings, polémiques et coups de gueule. Mais le Parlement européen est aussi habitué aux coups d’éclat : voici un florilège des cinq dernières années de mandature.

De gauche à droite, Terry Reintke (eurodéputée allemande verte écologiste), Philippe Lamberts (eurodéputé belge écologiste), Florian Philippot (eurodéputé français Les Patriotes), Jytte Guteland (eurodéputée suédoise du parti social-démocrate)
De gauche à droite, Terry Reintke (eurodéputée allemande verte écologiste), Philippe Lamberts (eurodéputé belge écologiste), Florian Philippot (eurodéputé français Les Patriotes), Jytte Guteland (eurodéputée suédoise du parti social-démocrate) © Captures d'écran vidéos Youtube

Sans aucun doute, le Parlement européen est un lieu dans lequel il faut se faire remarquer. Au milieu de plus de 700 élus, les coups de gueule médiatiques permettent souvent d’être relayé à plus grande échelle. Certains députés l’ont bien compris : il y a du bon et du moins bon. 

Florian Philippot en "gilet jaune", la main sur l’œil pour mimer un borgne 

C’était, il y a quelques semaines à pein, le 11 février 2019. Alors que les députés européens examinaient une résolution visant à dénoncer l'usage “disproportionné” de la force par la police contre les manifestations de “gilets jaunes”, le président des Patriotes, Florian Philippot, l'ancien bras droit de Marine Le Pen, s'est présenté dans l'hémicycle en gilet jaune, la main sur un œil. Il voulait symboliser les blessés au cours des manifestations comme Jérôme Rodriguez et dénoncer “un pouvoir aux abois (qui) donne des ordres délirants, irresponsables, insensés contre sa propre population”. Florian Philippot sera de nouveau candidat aux Européennes cette année avec son mouvement Les Patriotes, et une difficulté : il se retrouve isolé et concurrent face au Rassemblement national de Marine Le Pen. 

Le député belge Philippe Lamberts, chef de file des euro-verts, offre une corde à Emmanuel Macron

Nous sommes mi-avril 2018. Pour la première fois, le président français se rend devant le Parlement européen à Strasbourg. C’est là qu’Emmanuel Macron s’est vu recevoir une corde d’escalade par le belge Philippe Lamberts, député et successeur de Daniel Cohn-Bendit à la tête des écologistes européens, raillant ainsi l’expression “premiers de cordée” utilisée par le président : “Voyez-vous monsieur Macron, ce qui définit la cordée, c’est la corde. C’est elle qui  permet d’adapter la vitesse du premier de cordée aux besoins du groupe (...) et d'éviter aux derniers de cordée de tomber dans le ravin (...) Sauf que cette corde, elle n’existe plus”. 

Dans une interview au Parisien, Philippe Lamberts avait expliqué pourquoi il avait offert cette corde au président français : “Il nous ressert la théorie du ruissellement qui est démontrée fausse. C’est mon épouse qui a eu l’idée de la corde, pour avoir un geste symbolique à l’égard de Macron”. Philippe Lamberts est de nouveau candidat pour les Européennes de 2019 mais ce sera son dernier mandat. “Occuper un siège au Parlement européen n'est pas ni un pis-aller, ni un choix de fin de carrière ; j'ai fait la démonstration dd mon engagement et mes combats depuis 2009” dit-il sur Twitter

Une députée suédoise prend la parole avec son bébé dans l’hémicycle

À travers mon enfant, je vois ceux du monde entier” lance en mars 2017 dans l’hémicycle de Strasbourg, l’eurodéputée suédoise Jytte Guteland et membre du parti social-démocrate. L’image n’est pas commune, puisque l’élue tient dans ses bras son enfant pour alerter sur la crise humanitaire au Soudan du Sud, évoqué dans les débats précédents son intervention. “Mais la famine menace aussi le Yémen, le Nigéria, la Somalie dans ce qui est connu comme la plus grande crise humanitaire depuis la Seconde guerre mondiale” ajoute-t-elle.

Ce n’est pas admissible que des populations meurent de faim (...) quand nous savons ce qu’il va se passer (...) En mettant ce soir mon enfant au lit, en sécurité, je saurai que dans d’autres régions du monde des mères n’ont pas la même garantie que leurs enfants s’endorment sans avoir faim. C’est inacceptable”. 

Un député italien dérape au lendemain de l’attentat de Strasbourg 

Les coups d’éclat c’est l’une des spécialité de l’extrême-droite, au Parlement européen comme ailleurs. Mi-décembre 2018, juste après l’attentat de Strasbourg qui a fait cinq morts et onze blessés, un élu italien de la Ligue du Nord, Angelo Ciocca, a pointé du doigt “les erreurs faites par la France et souvent celles faites par l’Europe” qui selon lui “finissent par engendrer des actions extrémistes islamiques” appelant ainsi, gilet jaune en main à rejoindre la protestation : “Je vous le dis à tous, réveillez-vous !”. 

Une demande qui n’a pas manqué d'exaspérer le président du Parlement, son compatriote Antonio Tajani. “Ce n’est pas le jour pour faire de la propagande” commence-t-il avant de vivement remettre en place le député sur son attitude : “Nous ne sommes pas au cirque, il y a eu des victimes et il faut les respecter”. Vive réaction également du député français Édouard Martin : “Tel des charognards, vous vous jetez sur les dépouilles des victimes même pas refroidies pour en faire un acte politique, honte à vous !”. L’italien est de nouveau candidat en 2019 comme l’indique son site internet.

“Les excuses à deux balles, ça suffit” s’énerve Édouard Martin

On a connu Edouard Martin lors de la fermeture des derniers hauts-fourneaux d’ArcelorMittal en 2009. Député européen socialiste, le Français ne mâche pas ses mots lorsqu’il est énervé et ne se retient pas non plus lorsqu’il est en colère. Cette scène se passe juste après la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, le 13 mars 2019. Dans cette prise de parole, l’eurodéputé entend dénoncer la “divergence extraordinaire entre les choix et les actes” du parlement européen après la nomination de trois hommes à la Banque centrale européenne. 

On vient à peine de finir une semaine sur la journée internationale des droits des femmes (...) mais notre débat, notre discours, ce ne sont que des mots. Ce que les gens vont voir à l'extérieur, c'est qu'on a voté pour trois mecs et qu’il n'y a pas de femmes alors que l’on vient de dire pas plus tard qu'hier que les femmes devaient avoir toute leur place en politique et qu'il fallait qu'on leur fasse de la place (...) C’est fini, les fausses excuses à deux balles !” s’est-il indigné. Édouard Martin semble être candidat aux Européennes pour la seconde fois, non plus sous la bannière socialiste mais celle de Génération.s, le parti de Benoît Hamon.

Un député polonais d’extrême-droite fait un salut nazi dans l’hémicycle 

Nous sommes en juillet 2015 lorsque Janusz Korwin-Mikke, connu pour ses positions très extrémistes et ses tirades sexistes dans l'hémicycle, s’exprime sur la proposition de la création d’un ticket de train unique en Europe. Une “unification” entre les pays que dénonce l’élu polonais d’extrême-droite : “On dit que le Parlement défend la diversité. Mais à chaque fois que l'on vote, c'est pour l'unification de tout” dit-il avant d'enchaîner, en mimant le salut hitlérien face à ses collègues : “Cette fois c'est 'ein reich, ein volk, ein ticket'. Merci beaucoup” - référence, donc, évidente à la devise de l’Allemagne nazie. 

Le bureau du Parlement l’a sanctionné pour ce geste et cette allusion d’une suspension de dix jours et d’une amende de plusieurs milliers d’euros. Il a également écopé d’une sanction (suspension de dix jours, retrait d’indemnité pendant un mois) pour une déclaration sur l’intelligence supposée “inférieure” des femmes. Selon ce que l’on peut consulter sur son site internet, Janusz Korwin-Mikke semble être de nouveau candidat aux Européennes.

Cette eurodéputée raconte son agression sexuelle devant ses collègues

Sa prise de parole n’est pas passée inaperçue. En septembre 2017, l'eurodéputée écologiste allemande Terry Reintke a raconté sa propre histoire, en plein débat sur les violences faites aux femmes. Une agression sexuelle dont elle avait été victime un mois plus tôt et qu’elle décrit dans les détails. “Je rentrais chez moi d’une soirée avec des amis, (...) un homme est arrivé derrière moi, d’un coup, sans que j’ai eu le temps de le voir et il a mis sa main entre mes jambes. (...) J’ai appelé la police, (...) ils ont lancé une recherche pour trouver cet homme. Je me suis sentie en sécurité, car ils m’ont ramenée chez moi, prise au sérieux à ce moment”. Un moment poignant dont elle a raconté plus tard les coulisses, à Libération

Elle qui ne voulait pas dans un premier temps en parler, pour éviter de se coller une étiquette de victime sur le front, est finalement satisfaite de l’avoir fait. “Si cet événement s’est bien terminé pour moi, il y a des dizaines de milliers de femmes qui ne bénéficient pas de cette action lorsqu’elles font face à une agression sexuelle. Certaines sont ridiculisées et pas prises au sérieux” poursuit-elle face à ses collègues députés. “On doit franchir la prochaine étape”, dit-elle, “ce ne sera pas la dernière, mais celle ci est vraiment très importante et historique”. Cette militante des droits des femmes et des LGBTi a annoncé dans un clip qu’elle se représentait aux Européennes de 2019. 

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