Le chef d'état-major des armées Pierre de Villiers a remis sa démission à Emmanuel Macron, sur fond de baisse de moyens de la Défense. Une situation rare, certes, mais pas inédite.

Emmanuel Macron et le général Pierre de Villiers lors des cérémonies du 14-Juillet
Emmanuel Macron et le général Pierre de Villiers lors des cérémonies du 14-Juillet © Reuters / Stephane Mahe

"Dans les circonstances actuelles, je considère ne plus être en mesure d'assurer la pérennité du modèle d'armée auquel je crois" : dans son communiqué, le général de Villiers fait un lien direct entre son départ fracassant et la situation financière de la Défense (Bercy réclame au ministère des Armées 850 millions d'euros d'économies). Il quitte ainsi le poste qu'il occupait depuis le 15 février 2014.

Avant lui, d'autres hauts gradés ont quitté leur poste ou ont été limogés, en désaccord avec l'Élysée, le plus souvent pour des questions de moyens.

1980 : Jean Lagarde et le manque de munitions

Ce ne fut pas un départ fracassant, puisque ce général a choisi de mettre fin à ses fonctions discrètement le 30 septembre 1980 (il était chef d'état major de l'armée de terre depuis 1975). Mais la suite le fut beaucoup plus : libéré de son devoir de réserve, il a critiqué vertement, neuf ans plus tard dans les colonnes du Monde, la loi de programmation militaire votée à l'époque, regrettant que les gouvernements "aient une fâcheuse tendance à diminuer les crédits", notamment sur des programmes secondaires, comme "les munitions ou les carburants".

1983 : Jean Delaunay et les effectifs

Autre départ anticipé, cette fois en 1983 (il avait succédé à Jean Lagarde en 1980), sur fond d'opposition plus directe à Charles Hernu, ministre socialiste de la Défense, qui souhaitait diminuer les effectifs de l'armée de terre de 10 %. Il mettait également en doute l'efficacité de la fameuse dissuasion nucléaire.

1985 : Pierre Lacoste et le Rainbow Warrior

Cette fois le départ n'est pas volontaire, l'amiral Pierre Lacoste a joué les fusibles" : il a été limogé le 20 septembre 1985, suite à l'affaire du Rainbow Warrior, ce navire de Greenpeace coulé par les services secrets dans le port d'Auckland, provoquant la mort d'un photographe portugais. Il était en effet patron de la DGSE à l'époque et, comme il l'explique dans ses mémoires, "avait pour mission d'empêcher l'expédition de Greenpeace de rejoindre la zone interdite autour de Mururoa", avant de devenir, suite au fiasco de l'opération, "un pestiféré", selon ses propres mots.

1991 : Jean Salvan et la baisse de crédits

À l'époque, le général de corps d'armée Jean Salvan est commandant de la région militaire de l'Atlantique. Il démissionne, lui aussi, pour protester contre la réduction d'effectifs et de crédits autour de sa mission.

2008 : Bruno Cuche et l'affaire de Carcassonne

Le général, à l'époque chef de l'état-major de l'armée de terre, va lui aussi devoir démissionné suite à un scandale. Le 29 juin, à Carcassonne, 17 personnes sont blessées lors d'une démonstration publique du 3e régiment de parachutistes d'infanterie de marine. Le sergent à l'origine des tirs était en fait muni, par erreur, d'une arme chargée à balles réelles (et pas avec des munitions factices). Le président de la République, Nicolas Sarkozy, avait alors pointé "des négligences inacceptables".

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.