Elu en 1974, Valéry Giscard d'Estaing a vu son mandat marqué par l'apparition des premières évolutions de l'informatique personnelle. S'il n'a pas été à l'avant-garde de la technologie, il avait toutefois une vision moderne du rapport à l'informatique.

Le Minitel, fleuron de la technologie française né sous Giscard
Le Minitel, fleuron de la technologie française né sous Giscard © AFP / Leemage via AFP

Pour comprendre le rôle joué par Valéry Giscard d'Estaing dans le lien entre la société française et l'informatique, il faut se replonger au moment de son élection : en 1974, les téléphones sont encore à cadran (le téléphone à touches sera l'une des innovations arrivant sous Mitterrand), moins d'un quart des Français et des Françaises sont passés à la télévision en couleur (ils sont 23% à disposer d'un téléviseur couleur en 1977), et dans le monde, les entreprises qui vont révolutionner le micro-ordinateur, Microsoft et Apple, n'existent pas (elles sont fondées respectivement en 1975 et 1976).

L'informatique personnelle, le micro-ordinateur, est alors loin d'être une préoccupation pour le grand public. Mais dans le monde de la recherche, les premiers frémissements se font sentir : en 1971, les premiers microprocesseurs sont mis au point. Ils permettent de faire entrer, dans une puce minuscule, des composants miniaturisés, ouvrant la porte à la fabrication d'ordinateurs plus petits... capables d'être installés dans une maison. 

Une vision : une révolution "préparée"

Ce que Valéry Giscard d'Estaing a su cultiver autour de l'informatique pendant son mandat, c'est avant tout une vision : comme le souligne le site spécialisé MacGeneration, dans une tribune datée du 10 avril 1981, juste avant la fin de son mandat, Valéry Giscard d'Estaing revient sur ce qui construit le lien de l'informatique à la société : l'évolution doit être préparée pour ne pas être subie ; la France doit "développer l'invention, la production et l'usage de l'informatique" ; et la France doit garder un œil sur "l'impact de l'informatique sur la vie intime et profonde de la société". Une vision déjà évoquée deux ans plus tôt dans un discours lors d'un colloque "informatique et société" : 

De cette idée - toujours d'actualité aujourd'hui, il ressortira l'une des lois majeures dans ce domaine : la loi Informatique et libertés du 6 janvier 1978, qui voit la création de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil), toujours active aujourd'hui. "Aucun fichier de personnes ne peut être créé en France, sans le contrôle d'une commission éminente (...), aucun de ces fichiers ne peut être en service sans que les citoyens eux-mêmes puissent accéder aux informations qui les concernent", explique alors le Président. Près de 40 ans avant l'arrivée des réseaux sociaux, il se penche déjà sur la question des données personnelles. 

Sur certaines réflexions, comme le note BFMTV, Valéry Giscard d'Estaing fait preuve d'une véritable vision à long terme : alors que l'intelligence artificielle n'est qu'un balbutiement, il explique que "l'informatique est une intelligence qui dépasse l'accumulation des données, mais ce n'est pas une intelligence qui imagine". Quarante ans plus tard, aucune intelligence artificielle capable de réellement faire preuve d'imagination n'a démenti ses propos. 

Le Minitel nous a-t-il fait rater l'invention d'Internet ?

Dans les faits, qu'est-ce qui évolue pendant le mandat de VGE ? Sur le plan industriel, pas grand chose : malgré l'annonce en 1977 d'un "plan pour le développement des circuits intégrés" à 600 millions de francs (soit aujourd'hui l'équivalent de 350 millions d'euros), la France n'a pas réussi à se bâtir une indépendance technologique, et reste dépendante de fabricants pour la plupart américains. À sa décharge, ni le général de Gaulle avant lui, ni Mitterrand après, ni tous les autres, n'ont réussi à faire réellement peser la France et ses "pépites" dans le milieu de l'innovation informatique. 

Dans le quotidien des Français, l'informatique personnelle entre dans les foyers, non pas grâce à des ordinateurs, mais grâce à une petite boîte nommée Minitel. On parle alors de télématique, technologie permettant d'afficher sur un écran muni d'un clavier des informations circulant sur un réseau connecté à celui du téléphone. Le projet est lancé en 1977, et les premières expérimentations ont lieu en 1980 - mais le Minitel n'arrivera qu'en 1982 dans tous les foyers. 

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La France découvre donc avant tout le monde les prémices d'une nouvelle manière de communiquer – rechercher un numéro de téléphone, envoyer un message, consulter la météo, etc. Mais dans le développement du Minitel, la France laisse sur le bord de la route un autre outil, proposé par un chercheur français : Louis Pouzin, qui a mis au point un réseau, Cyclades, et un outil, le datagramme, qui permet de traiter les informations circulant sur ce réseau. Pour des raisons politiques et économiques, pour favoriser les défenseurs du Minitel, l'outil est abandonné. Or ce datagramme a service de base aux États-Unis pour construire... Internet, tel qu'on le connaît aujourd'hui. Le Minitel est mort en 2012... quant à Internet, il est toujours bel et bien là.