Emmanuel Macron est-il redevenu socialiste ? Dégressivité des allocations chômages pour les plus riches, baisses d’impôts pour les ménages les plus modestes, réforme des retraites dont la nouvelle formule ferait des perdants chez les CSP+… L'objectif est clair : donner un vernis plus social à la suite du quinquennat.

Emmanuel Macron à l'Élysée lors de la conférence des ambassadeurs le 27 août 2019
Emmanuel Macron à l'Élysée lors de la conférence des ambassadeurs le 27 août 2019 © AFP / Yoan Valat

Et si le Président s’était "gilet-jaunéisé"? Cette drôle d'expression, utilisée par un ancien ministre, résume bien ce qui est en train de se passer. Le revirement, lundi dernier, d'Emmanuel Macron sur les retraites pourrait en effet faire des perdants, mais pas dans les catégories modestes. On les trouverait plutôt chez les CSP+, les cadres : arrivés plus tard sur le marché du travail, ils partiraient aussi plus tard avec l'allongement de la durée de cotisation.

Perspective qui inquiète, à droite, le "Monsieur Retraites" des années Sarkozy, Eric Woerth. "C'est un message assez compliqué à la jeunesse", critique l'ancien ministre du Travail. "On fait un cadeau à ceux qui rentrent dans la vie professionnelle plus tôt, et pas de cadeau à ceux qui décident de se qualifier. Le temps des études n'est pas un temps de vacances !" Pour Eric Woerth, avec cette réforme, Emmanuel Macron "est dans la prolongation de ce qu'avait fait son prédécesseur François Hollande."

Une aile gauche "plus visible"

Mais l’obsession de l’Élysée, en cette rentrée, c’est celle de la justice sociale… Les premiers signaux étaient déjà visibles au printemps, avec la dégressivité des allocations chômage pour les hauts revenus, et l’annonce de baisses d’impôts ciblées pour les classes moyennes. Avec ce changement sur les retraites, c’est encore plus net.

Le député marcheur et ex-socialiste Sacha Houlié s'en réjouit et espère que cela permettra de décoller l'étiquette de "président des riches" : "Moi, c'est une étiquette que j'ai toujours contestée. Les efforts faits aujourd'hui le sont davantage pour les catégories les plus modestes. Donc oui, c'est une politique sociale, ce que nous avons toujours défendu ! Mais si aujourd'hui c'est plus visible, vous m'en voyez d'autant plus heureux."

"Emmanuel Macron est un illusionniste"

Toutefois, pour le député LR Aurélien Pradié, ce changement est avant tout cosmétique : "Depuis le début, Emmanuel Macron arrive à avancer à pas masqués. Un jour il est pro-entreprises, un jour pro-cadres supérieurs, un jour pro-catégories populaires... Au fond, depuis le début c'est un illusionniste. Il y a un mot qui résume plutôt bien la politique d'Emmanuel Macron, c'est 'pragmatisme'. Mais lorsqu'on est exclusivement pragmatique, on n'a plus de cap, on navigue à vue en fonction des sondages et des électorats que l'on veut soigner."

Si les Républicains, le Medef ou la CFE-CGC (syndicat des cadres, justement), montent au front, cela n’inquiète pas La République en Marche. Au contraire, le pari de cette séquence, c’est d’arrimer durablement un autre syndicat, la CFDT, à la majorité. Et de corriger une image qui colle à la peau du parti présidentielle : comme nous le confie l'un de ses dirigeants, la REM ne veut surtout plus être perçu comme le parti d’une classe privilégiée, déconnectée du pays réel.

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