INFO FRANCE INTER | La Fondation Jean Jaurès publie ce jeudi son inventaire à la Prévert du quinquennat de François Hollande. Paradoxe : la France de 2012 était bien plus fragilisée que celle qu'il laisse en 2017 et pourtant, le président "normal" a connu l'échec dès les six premiers mois de l'exercice du pouvoir.

Le paradoxe du quinquennat de François Hollande, c'est qu'il a laissé la France dans un bien meilleur état qu'il ne l'a trouvé, tout en mécontentant fortement les Français
Le paradoxe du quinquennat de François Hollande, c'est qu'il a laissé la France dans un bien meilleur état qu'il ne l'a trouvé, tout en mécontentant fortement les Français © AFP / FRED TANNEAU

C'est un exercice "à la fois inédit et impossible", selon les mots mêmes de Gilles Finchelstein, le directeur de la Fondation Jean Jaurès, proche du Parti socialiste et à l'origine de cet inventaire à la Prévert du quinquennat de François Hollande

Inventaire 2012-2017 - Retour sur un quinquennat "anormal" est un pavé de presque 300 pages que France Inter a pu parcourir en exclusivité. Une compilation de données très riches et thématisées, qui a nécessité huit mois de travail et la contribution de 60 observateurs.

Ce que soulignent Alain Bergounioux, Gilles Finchelstein, Maud Fassnacht et Mathieu Souquière, les auteurs de Inventaire 2012-2017, c'est la manière dont le Président normal a dû faire face à deux crises européennes, celle de la Grèce et des réfugiés et à une mise à l'épreuve de la cohésion nationale dans un pays frappé de plein fouet par le terrorisme.

En 2012 pourtant, lorsque François Hollande est élu président de la République, les socialistes n'ont jamais été aussi puissants. Le rejet de Nicolas Sarkozy, associé à la lente maturation de la candidature socialiste portée par le succès des primaires citoyennes de 2011, offre à la gauche 312 députés, la majorité au Sénat, 21 régions sur les 22 acquises aux socialistes... Un capital politique considérable qui rend difficilement concevable une déroute, cinq ans plus tard.

Ruptures avec l'opinion, la majorité et l'idéologie socialiste

Mais l'échec socialiste se joue pourtant dans les six premiers mois du quinquennat. La première erreur du mandat, soulignent les auteurs de l'inventaire, a été pour François Hollande le fait de repousser des engagements sociétaux (mariage pour tous, droit de vote des étrangers, révision constitutionnelle), qui pourtant n'amputent pas les finances publiques, "sans doute par la conviction qu'il était là pour apaiser". Un apaisement qui jouera contre lui : le gouvernement travaille d'abord sur des mesures sociales moins risquées pour l'opinion, mais plus coûteuses.

Or, le président Hollande avait dit sa volonté de rentrer dans les clous budgétaires. Mais les augmentations successives de l'allocation de rentrée scolaire, du SMIC, la création des emplois aidés, la retraite à 60 ans pour les carrières longues et le compte pénibilité donnent aux citoyens le visage d'un gouvernement qui crée des dépenses nouvelles, avec des hausses d'impôts qui viennent peser davantage sur la fiscalité des Français.

Un mécontentement qu'il tente de juguler en conditionnant la réussite de son quinquennat à l'inversion de la courbe du chômage. La promesse concentre tous les regards, mois par mois, sur cet indicateur qui ne cesse de s'aggraver et plombe fortement la popularité du Président.

Par ces aspects, dès la fin 2012, François Hollande perd à la fois sa crédibilité politique, sa crédibilité économique et sa crédibilité sociale. Cette rupture avec l'opinion est suivie, en 2014, d'une rupture avec la majorité lorsque le Président présente son Pacte de responsabilité et effectue un virage économique vers la politique de l'offre. Enfin, le désastre se parachève en 2016 avec une rupture cette fois idéologique, lorsque que surgit le débat sur la déchéance de nationalité.

Deux tiers des promesses initiales tenues (du moins en partie)

Pourtant, et c'est le paradoxe de ce quinquennat, deux tiers des promesses initiales ont été totalement ou partiellement tenues. "Le bilan économique global est bien celui d'un redressement entre 2012 et 2017" écrit la Fondation Jean Jaurès.

Déficit public, comptes de la sécurité sociale, taux de marge des entreprises, créations nettes d'emplois, croissance... Tous ces voyants sont passés du rouge au vert. Sauf l'emploi dont l'embellie est trop tardive.

La conclusion tient en un paradoxe : en cinq ans, la situation de la France s'est davantage améliorée que celle des Français. 

Ce bilan du quinquennat de François Hollande intervient après la publication par l'ancien Président de ses propres leçons du pouvoir et quelques semaines avant un autre bilan, celui du Parti socialiste, qui fera son propre inventaire en inaugurant le nouveau siège à Ivry.

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