A Bonneuil-sur-Marne, le conseil citoyen se réunit depuis un an
A Bonneuil-sur-Marne, le conseil citoyen se réunit depuis un an © Radio France / Claire Chaudière

Deux ans après la loi de programmation qui lançait le 24 février 2014 les "conseils citoyens" dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, quelles avancées en matière de démocratie participative ? Reportage dans le Val de Marne.

Le décret vient tout juste d'être publié : il confirme officiellement l'existence du conseil citoyen de la cité Fabien de Bonneuil-sur-Marne, le premier de ce département de région parisienne . En réalité, ses membres se réunissent déjà depuis presque un an. Mur anti-bruit, refonte de la circulation dans le quartier, rénovation des bâtiments, installation de jeux pour les enfants et d’un jardin partagé pour les habitants… Le petit groupe fourmille d’idées.

On est reconnu comme des interlocuteurs directs du préfet, c’est formidable ! Depuis plusieurs mois les gens ici sont vraiment investis. On y croit. Même si on sait qu’il faudra peut-être hausser le ton pour se faire entendre__ (Slavio, Andrée, et Jessica, membres du conseil citoyen de la Cité Fabien)

Tirage au sort

Nous sommes dans l’un des 200 quartiers considérés par l’Etat comme les plus prioritaires , sur lequel sont concentrés les financements du nouveau programme de rénovation urbaine (NPNRU 2014-2024). 1 200 habitants dans la cité Fabien la plus ancienne de Bonneuil. Revenu moyen : 12.000 euros par an . Deux tours de 17 étages en très mauvais état et quelques bâtiments de taille moyenne, vétustes. Le projet de rénovation urbaine devrait s’accélérer d’ici 2017, mais reste encore très abstrait pour beaucoup. Pas question, répètent les locataires de la cité, de servir uniquement de caution à une feuille de route déjà toute faite. Certains, comme Hamid, commerçant dans le quartier, sont plus sceptiques : " Rien n’a changé ici en 25 ans. Les bâtiments sont dans un état catastrophique. Ils veulent rénover et nous impliquer dans le processus. Il va falloir que les paroles se transforment en acte !".

A Bonneuil-sur-Marne, avec l'un des 200 quartiers prioritaires pour la politique de la ville
A Bonneuil-sur-Marne, avec l'un des 200 quartiers prioritaires pour la politique de la ville © Radio France / Claire Chaudière

Un conseil citoyen composé en partie de membres tirés au sort, sur les listes fournies par le bailleur social et non sur listes électorales, ce qui auraient privé de nombreux habitants de la possibilité d'y figurer. " Le tirage au sort permet de donner leur place à des habitants qui sont moins présents dans les réseaux associatifs locaux. C’est un gage de démocratie ", martèle Samuel Le Berre, le directeur de la MJC de Bonneuil, à qui la municipalité, communiste, a confié la mise en place sur le terrain de ce nouveau processus participatif :

On a l’habitude de demander leur avis aux habitants sur le fleurissement des balcons ou la couleur de murs. Il faut aller plus loin, les impliquer dans l’organisation sociale du quartier. On lance un dispositif de formation des habitants avec l’école de rénovation urbaine de Paris. C’est une utopie qui se construit, à condition que la réponse des pouvoirs publics soit à la hauteur des attentes des habitants (Samuel Le Berre)

Bonneuil, une exception ?

Retard dans l’élaboration des listes, crispations avec des institutions (mairies, communautés de communes, préfectures) sur le mode de fonctionnement des conseils citoyens… Dans de nombreux territoires, on est bien loin de " l’utopie " en construction à Bonneuil-sur-Marne. Sur les 400 créés à ce jour, très peu de conseils citoyens ont pu être associés à la signature des contrats de villes , ces feuilles de route locales pour la rénovation urbaine signées entre 2014 et 2016. " Il y a énormément de déception. Beaucoup de quartiers se plaignent d’un cadre trop rigide de fonctionnement qui empêche la dynamique citoyenne de prendre. Il y a aussi le sentiment que tout est déjà décidé avant même la première réunion. Et puis se pose la question du financement du dispositif " note Bénédicte Madelin, de la coordination nationale Pas Sans Nous qui regroupe des associations des quartiers populaires.

On reste dans un processus extrêmement descendant. Le problème, c’est que la loi ne définit pas clairement le principe de co-construction de la politique de la ville qui est au cœur de cette innovation.

On risque de rater le coche si on ne va pas plus loin que la simple consultation des habitants.

La hantise, très française, du communautarisme est un frein. Pour les pouvoirs publics, donner du pouvoir aux habitants reviendrait à légitimer ce type de logique(Thomas Kirszbaum, sociologue, chercheur associé à l’Ecole Normale Supérieure de Cachan)

A Bonneuil-sur-Marne, les habitants se sont fixés 5 ans pour tirer un premier véritable bilan des actions du conseil citoyen et se demander…s'ils ont eu raison d'y croire.

A Bonneuil-sur-Marne, le reportage de Claire Chaudière :

1 min

GRAND ANGLE : A Bonneuil-sur-Marne, reportage sur le conseil citoyen

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.