L'ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn a répondu, ce mardi, aux députés réunis en commission pour "tirer les leçons" de la crise du coronavirus. Elle a notamment défendu son anticipation de la crise et assuré n'avoir eu aucune information sur le manque de masques.

Agnès Buzyn, ce 30 juin devant la commission d'enquête parlementaire
Agnès Buzyn, ce 30 juin devant la commission d'enquête parlementaire © AFP / Bertrand Guay

Deux jours seulement après sa défaite à la mairie de Paris, l'ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a répondu aux députés à l'Assemblée nationale, devant la commission d'enquête sur la crise du coronavirus. L'ex-ministre, qui assurait le 23 janvier que "la France était extrêmement bien préparée" à une potentielle vague de coronavirus, a quitté son poste le 16 février pour se consacrer à la campagne des élections municipales. Voici ce qu'elle a dit au cours de cette audition au cours de laquelle elle a paru assez fragile et parfois un peu perdue dans ses notes.

Sur l'anticipation de la crise : "Je ne laisserai pas dire que les services n'ont pas anticipé"

Agnès Buzyn dit avoir eu connaissance pour la première fois d'une pneumonie d'origine inconnue en Chine dès le 25 décembre, "par hasard, via un article sur Twitter" provenant d'un blog en anglais. Elle explique avoir alerté le président de la République et le Premier ministre pour la première fois autour du 11 janvier, avant une première conférence de presse le 21 janvier. "Je pense être la seule ministre de la Santé européenne à avoir pris la décision de faire une conférence de presse aussi tôt, avant même l'alerte de l'OMS sur la transmission interhumaine du virus", a-t-elle déclaré.  A vérifier.

Elle indique par ailleurs avoir senti "une discordance quand Wuhan met la ville en quarantaine le 23 janvier, ce qui était très bizarre par rapport au nombre de cas affichés (...)". L'inquiétude monte d'un cran quand le premier cas français, le 24 janvier, est celui d'un "homme passé à Wuhan pour une négociation, sans passer par le marché aux poissons [considéré comme le foyer initial, ndlr]. A l'époque, il y avait 50 cas dans une ville de 12 millions d'habitants : comment se fait-il que cet homme a attrapé la maladie ?"

Elle explique par ailleurs avoir demandé à toutes les Autorités régionales de santé un bilan des lits de réanimation, des réanimateurs, disponibles dans chaque région - et une première commande de masques dès le week-end suivant les premiers cas en France, le 24 janvier. 

"J'ai mis en branle tout le système de santé le 25 janvier alors que l'OMS avait refusé d'annoncer, le 22 et le 23, l'urgence de santé publique de portée internationale. Ils ne l'ont fait que cinq jours plus tard".

L'ancienne ministre assure avoir travaillé main dans la main avec son Directeur général de la Santé dès le 10 janvier, avec des réunions quotidiennes. "Vous ne pouvez pas dire que je n'ai pas anticipé, et je ne laisserai pas dire que les services n'ont pas anticipé", a-t-elle répété à plusieurs reprises, mettant en avant une note du Centre européenne de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) du 14 février qui évoque alors un risque modéré. 

Sur les commandes de masques : "J'ai pris la décision de constituer un stock de masques FFP2"

La première commande de masque, demandée le 28 janvier, part le 30. C'est une commande de masques FFP2. "J'ai pris la décision de constituer un stock d'État de masques FFP2, alors que _la doctrine de 2011 disait qu'il n'y avait pas de stock d'État pour ces masques_, elle remet la gestion de ces masques aux employeurs. Je me suis dit qu'il valait mieux en commander sans encore savoir quels étaient les besoins de terrain des établissements et des professionnels libéraux". 

La seconde commande, assure-t-elle, est partie après "_la remontée des ARS par le directeur général de la Santé le 6 février_, qui me dit que les établissements ont des besoins très variables". 

"A ce moment-là, nous faisons partir des commandes de quantités beaucoup plus importantes"

Sur son départ du ministère : "Je suis partie avec le sentiment d'avoir fait la bonne préparation"

Lorsqu'Agnès Buzyn quitte le ministère (elle donne sa démission le dimanche 16 février), "il n'y a aucun cas nouveau depuis 9 jours", assure-t-elle. "Moi, j'estime que j'ai fait mon travail de préparation du système de santé (...) _J'ai quitté le ministère avec le sentiment d'avoir fait la bonne préparation_, mais aussi parce qu'il y a un contexte politique, et que j'ai pensé qu'il fallait, à un moment, se présenter devant les électeurs". 

Sur les alertes de Santé Publique France : "Il n'y a eu aucune remontée"

Agnès Buzyn a-t-elle été alertée sur le manque de masques ? Lors de son audition le 17 juin dernier, l'ancien directeur de Santé Publique France, François Bourdillon, assure avoir transmis une note en septembre 2018 au Directeur général de la Santé pour souligner la nécessité d'avoir un stock d'un milliard de masques, et que l'état actuel des stocks "ne permettait pas une protection" du pays en cas d'épidémie. 

Interrogée dès le début de l'audition sur cette question, Agnès Buzyn a répondu : "Je n'ai pas connaissance du courrier que vous avez évoqué". Plus tard, elle a expliqué qu'à la suite de l'audition de François Bourdillon, elle a "_fait sortir la totalité des courriers et des notes qui m'ont été envoyés ainsi qu'à mon cabinet : il n'y a rien_"

En revanche, en faisant des recherches dans ses archives, Agnès Buzyn a retrouvé d'autres documents : "Un courrier de Santé Publique France le 3 octobre 2018 à la DGS, qui est une réponse à la saisine de 2017, et qui fait un état des stocks, _en disant tout ce qui est périmé, portant sur des dizaines de produits"_. Elle assure que par la suite, le Directeur général de la Santé a envoyé une commande pour tous les produits concernés : 

"Ce que je comprends des archives que j'ai consultées, c'est qu'en 2018 le DGS découvrait que beaucoup de choses étaient périmées, et pas seulement des masques".

Mais l'ancienne ministre rappelle que "tout cela, on le découvre parce que j'ai creusé cette mission", et que ces informations ne lui sont pas remontées auparavant. Elle indique par ailleurs qu'à l'époque, en 2018 et 2019, les services sont moins inquiets du manque de masques que de protections contre Ebola : "En 2018 et 2019, ce qui fait peur à une ministre de la Santé, c’est Ebola. La ministre que je suis suit de très près Ebola, elle ne suit pas un virus inconnu. Et le deuxième risque, c’est un attentat terroriste, avec quelques informations sur un risque d’attentat chimique".

Sur la destruction des stocks : "Je n'aurais pas pris le risque"

Agnès Buzyn a par ailleurs tenu à réagir à la question de la destruction des stocks périmés : "Certains ont pris la parole pour dire qu'on aurait pu remettre les stocks périmés dans le circuit". Si elle assure que ce n'est pas elle qui a pris la décision de détruire les masques, elle assume le fait qu'elle aurait certainement pris la même décision, car les masques concernés n'étaient plus conformes aux normes en vigueur depuis 2014 : 

Est-ce que, en tant que ministre et médecin, j’aurais pris la responsabilité, alors qu’une agence me dit que les masques ne sont pas aux normes, de remettre dans le circuit sanitaire, ces masques périmés ? Je pense que non. 

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