Le secrétaire général des Nations unies a appelé lundi à un cessez-le-feu mondial et immédiat, en pleine épidémie de maladie à coronavirus. Son appel sera-t-il entendu notamment en Syrie et en Libye ? On peut, hélas, en douter.

Le village d'al-Bara, dans la province d'Idleb, en Syrie, sous les bombes de l'allié russe du régime d'Assad le 3 mars dernier.
Le village d'al-Bara, dans la province d'Idleb, en Syrie, sous les bombes de l'allié russe du régime d'Assad le 3 mars dernier. © AFP / Omar Haj Kadour

"Posez les armes, faites taire les canons, mettez fin aux frappes aériennes", a exhorté lundi Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, alors que l'humanité fait face à l'épidémie de coronavirus et qu'aucun continent n'est épargné. Pourtant, à travers la planète, les conflits armés ne sont pas prêts de cesser, que ce soit en Libye, en Syrie, en Afghanistan ou dans plusieurs pays d'Afrique

Bien qu'une trêve ait été décrétée le 12 janvier, les combats ne connaissent pas de répit en Libye. Ils opposent régulièrement les forces du maréchal Haftar à celles du Gouvernement d’Union nationale (GNA) basé à Tripoli, en particulier dans le sud de la capitale libyenne. Cinq civils ont été tués et cinq autres blessés la semaine dernière dans des bombardements attribués par l'ONU aux forces de Khalifa Belqasim Haftar, l’homme fort de l’Est libyen.

Pas de trêve non plus en Syrie, même si un couvre-feu partiel, de 18h à 6h, a été décrété jusqu'à nouvel ordre en raison du coronavirus. La Défense civile syrienne, qui vient en aide à la population depuis le déclenchement de la guerre il y a neuf ans, a notamment lancé une campagne de prévention dans la ville d'Azaz, dans le nord-ouest du pays, et dans ses environs, que ce soit dans les écoles, les dispensaires, les hôpitaux, les camps mais aussi dans les lieux publics 

Mais sur le terrain, si les combats sont moins importants depuis début mars, date de l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu conclu par la Russie et la Turquie, les bombardements de l'armée de Bachar al-Assad se sont poursuivis hier dans le sud d’Idleb, tandis que les forces turques ont visé des milices kurdes au sud-est de Ras al-Ain.  

Combats en Afrique 

En Afrique, les groupes djihadistes continuent de mener des attaques meurtrières. Ainsi au Nigéria, 70 soldats au moins ont été tués en début de semaine dans l'attaque de leur convoi. L'attaque s'est produite dans l’État de Borno, au nord-est du pays, où sévit le groupe État islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP), l'une des branches de Boko Haram.

Au Mali, une trentaine de soldats sont morts la semaine dernière après qu’un groupe a donné l’assaut contre un poste militaire au nord de Gao. Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière essuyée par l'armée malienne depuis quatre mois.

En Afghanistan, les armes ne se taisent pas non plus. Alors que les Afghans célébraient la semaine dernière Norouz, le Nouvel An perse, une attaque a coûté la vie à 24 policiers et soldats dans la province de Zaboul, au sud du pays. Selon les autorités locales, les assaillants avaient des contacts parmi les Talibans. Cette attaque est l'une des plus sanglantes depuis que les États-Unis et les Talibans ont signé, le 29 février à Doha, un accord sur le retrait des forces étrangères d'Afghanistan.

"Attaque obscène"

Sur Twitter, l'ambassade américaine a qualifié cette attaque d’obscène en pleine pandémie mondiale.

Pour nombre d’observateurs, le risque est grand de voir les conflits s’intensifier alors que l’attention des grandes puissances est focalisée sur le Covid-19. Aux Nations unies, des diplomates assurent surveiller la situation des pays en guerre, même si les réunions de l'ONU ont été réduites ou se font par vidéo conférence, comme le dit dans un tweet l'ambassadeur britannique par intérim auprès de l'ONU Jonathan Allen  : 

Nous veillons à ce que le Conseil de sécurité joue son rôle vital dans le maintien de la paix et de la sécurité mondiales. Le Covid-19 est le principal sujet mondial, mais nous n'avons pas oublié la Syrie, la Libye, le Yémen.

Quant aux ONG de défense des droits de l'Homme, elles s’inquiètent de voir leurs moyens de pressions réduits au silence, tant que l’épidémie de coronavirus ne sera pas entièrement jugulée. Certaines craignent que la pandémie, qui risque d'entraîner des mouvements de population, n'aggrave les conflits dans les pays les plus pauvres.

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