Un couvre-feu sera instauré à partir de samedi de 21 heures à 6 heures dans huit métropoles ainsi que Paris et la région Île-de-France, a confirmé Emmanuel Macron dans une interview télévisée mercredi.

Emmanuel Macron, lors de l'interview de mercredi soir.
Emmanuel Macron, lors de l'interview de mercredi soir. © Capture d'écran TF1/France 2

C'est un nouveau tour de vis. Emmanuel Macron a confirmé l'instauration d'un couvre-feu dans la région Île-de-France et huit grandes métropoles à partir de samedi minuit. "Nous n'avons pas perdu le contrôle, nous sommes dans une situation préoccupante qui justifie que nous ne soyons ni inactif, ni dans la panique", a estimé le chef de l'Etat dans une interview à TF1 et France 2, mercredi soir. "Ce virus revient, nous sommes dans ce que nous avons appelé la deuxième vague." 

"Nous sommes entrés dans une phase où il nous faut réagir", a jugé Emmanuel Macron. "Nos urgences, nos services hospitaliers sont dans une situation beaucoup plus préoccupante qu'en mars." Notre objectif "doit être de réduire les contacts privés qui sont les plus dangereux", a dit le chef de l'État.

Couvre-feu de 21 heures à 6 heures, pour au moins quatre semaines

"Le couvre-feu est une mesure qui est pertinente", a estimé Emmanuel Macron, soulignant que "le ralentissement des contacts sociaux nous a permis d'être efficace en Mayenne, en Guadeloupe". Ce couvre-feu, ou confinement nocturne, de 21 heures à 6 heures, s'appliquera à Paris, la région Île-de-France ainsi qu'à huit métropoles : Grenoble, Lille, Lyon, Aix-Marseille, Montpellier, Rouen, Saint-Etienne et Toulouse. Concernant près de 20 millions de Français, il entrera en vigueur dans la nuit de vendredi à samedi, pour au moins quatre semaines. Il pourrait être prolongé de deux semaines, mais avec l'accord du Parlement.

Ceux qui travaillent de nuit ou ont de bonnes raisons de se déplacer, dans une situation d'urgence par exemple, pourront bénéficier de dérogations avec la mise en place d'attestations de justification de déplacement, sur le modèle de celles mises en place pendant le confinement. "Ce n'est pas une interdiction de circuler, mais une stricte limitation", a précisé Emmanuel Macron. "On n'ira plus au restaurant après 21 h, chez des amis, faire la fête."

Tous les théâtres, tous les restaurants, tous les bars devront fermer à 21 heures dans les zones concernées, confirme le président de la République.  Il n'y aura pas de restriction de transports mais le non respect du couvre-feu sera passible d'une amende de 135 euros et 1.500 euros en cas de récidive. "J'attend que chacun d'entre nous" soit "conscient des risques et de l'enjeu"

Pas de restriction des déplacements dans le pays

"Nous n'avons pas décidé de réduire les déplacements entre les régions. Là aussi, c'est un choix parce que je pense que, comme vous l'avez dit, le choix de ne pas infantiliser, responsabiliser et donc ça veut dire qu'on n'empêche pas les gens de passer d'une région à l'autre", a précisé Emmanuel Macron. 

"On sait que quand on est dans des espaces qui sont ouverts, on peut prendre l'air. On sait que quand on est dans des lieux où on peut sortir, on lutte plus efficacement contre le virus. Donc, demander aux gens de rester dans un appartement et de ne pas aller dans un lieu de vacances serait honnêtement disproportionné, parfois contre-intuitif." 

"Ne pas se rassembler à plus de six"

Faisant référence une dizaine de fois au "bon sens", rappelant régulièrement les gestes barrières ou l'importance d'aérer les espaces clos, Emmanuel Macron a également demandé aux Français de "ne pas être plus de six à table", dans un cadre privé. Comme dans les restaurants, "cette règle de six au maximum pour notre vie personnelle, il faut le faire", a-t-il préconisé, en recommandant aussi de "mettre au maximum le masque, y compris en famille ou entre amis".

"C'est dur, d'avoir 20 ans en 2020."

"Je ne donnerai jamais de leçons à nos jeunes, a souligné Emmanuel Macron à propos d'une population pourtant souvent ciblée comme étant peu respectueuse des gestes barrières : "Parce que ce sont ceux qui, honnêtement, vivent un sacrifice terrible : les examens annulés, de l'angoisse sur les formations, pour trouver le premier job."

Deux à trois jours de télétravail

Emmanuel Macron a préconisé mercredi soir "deux à trois jours de télétravail par semaine" dans les entreprises où cela est possible, pour "réduire un peu la pression collective". "Il faut que ce soit aussi négocié dans les branches et au plus près dans l'entreprise", a souligné le chef de l'Etat lors d'une interview télévisée, tout en relevant qu'on "a besoin d'échanger avec les collègues de travail".   

Aide aux plus précaires et aux indépendants

Emmanuel Macron a promis un "accompagnement économique" aux secteurs, notamment les restaurateurs, affectés par le couvre-feu. "Le chômage partiel à plein, c'est-à-dire 100% pour l'employeur, va être réactivé pour tous ces secteurs: hôtellerie, cafés, restaurants, tourisme, événementiel, culture, sport", a dit le président de la République. 

"Dès vendredi, dans chacune de ces métropoles, on va relancer une concertation locale avec tous les métiers qui sont concernés et nous allons améliorer la réponse économique avec tous ces professionnels", a-t-il poursuivi, évoquant sans plus de précisions ni de montant des "dispositifs supplémentaires" pour les restaurateurs. Emmanuel Macron a aussi déclaré que l'Etat allait essayer "d'aider au maximum" les théâtres et les cinémas à modifier leurs programmations afin de permettre aux spectateurs d'assister aux spectacles ou aux séances plus tôt dans la journée.

Les bénéficiaires du RSA et des allocations logement auront "une aide exceptionnelle pendant les six semaines qui viennent de 150 euros plus 100 euros par enfant". Cela devrait permettre "d'aller entre 100 et 450 euros, ce qui est plus qu'une revalorisation", a-t-il précisé. 

"Jusqu'en 2021"

"Nous en avons jusqu'à l'été 2021 au moins avec ce virus", a affirmé Emmanuel Macron, en disant vouloir parvenir à "baisser le nombre de contaminations par jour de 20.000 à 3.000 ou 5.000". Pour "ne pas faire tout le temps des blocages et des redémarrages" a-t-il dit, il faut aussi "une montée en puissance tout le mois de novembre et en décembre" de la stratégie du tester alerter, protéger.

Le chef de l'État a promis mercredi soir une nouvelle stratégie de tests pour détecter les cas de Covid-19 afin de "pouvoir réduire drastiquement les délais", en reconnaissant qu'"on a rencontré de vraies difficultés sur le sujet".  "Nous allons rentrer dans une stratégie où on va pouvoir réduire drastiquement les délais" pour mieux "suivre" la circulation du virus, a déclaré Emmanuel Macron. Cela devrait passer par de nouvelles techniques, comme les tests antigéniques, qui ont été autorisés, et la possibilité de s'auto-tester.

"Tous anti-Covid"

Emmanuel Macron a aussi annoncé qu'une nouvelle application, baptisée "tous anti-Covid", serait présentée le 22 octobre pour mieux lutter contre l'épidémie liée au coronavirus et informer les Français. Le président de la République a reconnu que l'application StopCovid n'avait pas donné les résultats escomptés.

Le détail des mesures jeudi

Jean Castex doit détailler ces nouvelles mesures lors d'une conférence de presse jeudi après-midi avec quatre ministres : Bruno Le Maire (Économie), Olivier Véran (Santé), Gérald Darmanin (Intérieur) et Elisabeth Borne (Travail).

Mercredi, le gouvernement a par ailleurs rétabli par décret l'état d'urgence sanitaire, qui avait pris fin le 10 juillet, à partir du 17 octobre à minuit sur l'ensemble du territoire national, en raison de l'aggravation de l'épidémie de Covid-19. "Elle justifie que l'état d'urgence sanitaire soit déclaré afin que les mesures strictement proportionnées aux risques sanitaires encourus et appropriées aux circonstances de temps et de lieu puissent être prises", indique le compte-rendu du Conseil des ministres. Ce régime offre un cadre juridique permettant d'encadrer certaines restrictions allant jusqu'au confinement.

Ces dernières semaines, la situation sanitaire s'est dégradée en France, comme le montrent les indicateurs récents. Le taux d'incidence, en particulier celui des plus jeunes et celui des plus vulnérables, était inquiétant en Île-de-France, dans le Sud-Est et dans le Nord.

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