Depuis la déroute de la liste LR aux élections européennes, Laurent Wauquiez est en sursis. Plusieurs figures du parti aimeraient le pousser vers la sortie. Face à son refus de démissionner, le président du Sénat, Gérard Larcher, a pris la tête d'une opération visant à passer outre.

Le président des Républicains, Laurent Wauquiez, et le président du Sénat, Gérard Larcher, lors d'un meeting à Paris le 15 mai 2019.
Le président des Républicains, Laurent Wauquiez, et le président du Sénat, Gérard Larcher, lors d'un meeting à Paris le 15 mai 2019. © AFP / Geoffroy VAN DER HASSELT

Ça se complique encore un peu plus pour Laurent Wauquiez. Après la débandade "historique" de la liste conduite par François-Xavier Bellamy aux élections européennes (8,44 % des voix, le pire score jamais enregistré par la droite), la ligne incarnée par le président des Républicains n'est plus seulement contestée : en coulisses, ses adversaires s'activent pour le pousser vers la sortie.

"Comme une bernique à son rocher"

Laurent Wauquiez n'est, théoriquement, pas tenu de démissionner : les statuts du parti le protègent jusqu'en 2022. Mais il existe des moyens détournés... Et c'est Gérard Larcher, "figure morale de la droite" pour Valérie Pécresse, qui a pris la tête de l'opération. 

Ce mardi matin, sur franceinfo, le président (LR) du Sénat a dit vouloir initier une "démarche" pour "reconstruire un projet qui rassemble la droite et le centre", en dépassant le cadre actuel des Républicains.

Officiellement, il s'agit de repartir de la base et de réunir les représentants des "territoires" : l'invitation est donc adressée à Laurent Wauquiez, bien sûr, en tant que président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, mais aussi à Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, respectivement présidents des régions Île-de-France et Hauts-de-France. François Baroin (Association des maires de France), le centriste Hervé Morin (Régions de France) et Dominique Bussereau (Assemblée des départements de France) ont déjà fait savoir qu'ils y participeraient.

Officieusement, ce projet en forme de démonstration de force a pour objectif "d'enjamber" Laurent Wauquiez, accroché à son parti "comme une bernique à son rocher",  tacle un proche du président du Sénat. Car l'opération a été préparée en amont, bien avant l'annonce des résultats des élections européennes, dimanche soir.

"Tu veux démissionner ?"

Au cours du week-end, Gérard Larcher, Valérie Pécresse, Hervé Morin et le sénateur Bruno Retailleau se sont téléphonés. Certains évoquent des remontées "terribles" du terrain, des électeurs pour qui il est "impossible" de voter Laurent Wauquiez. Il y a aussi des griefs plus anciens : un proche de Valérie Pécresse estime que le président des Républicains a "saboté" la campagne de François Xavier-Bellamy en voulant lui voler la vedette, en participant notamment au débat organisé par France 2 et France Inter mercredi 22 mai.

Mais dimanche soir, après l'annonce des résultats, constatant que Laurent Wauquiez reste à son poste, l'opération passe à la vitesse supérieure. Selon nos informations, Hervé Morin passe un coup de téléphone à Laurent Wauquiez :  

"Laurent, tu dois partir, c'est ton échec, tu n'es pas populaire et tu n'inspires pas confiance."

Le président des Républicains oppose alors une fin de non recevoir : "Je suis élu par les militants, l'échec est collectif".

Bruno Retailleau essaye à son tour : 

"Laurent, ta relation avec les Français est abîmée. Aussi rétrécie, la droite peut disparaître, on perd le centre. Est-ce que tu veux démissionner ?"

La réponse de Laurent Wauquiez : la tenue d'"états généraux" pour "tout remettre à plat", à la rentrée prochaine. Une échéance jugée trop tardive par les adversaires du président des Républicains. La réunion autour de Gérard Larcher devrait se tenir ce mardi 4 mai à 17 h, ni au QG des Républicains ni au Sénat, mais dans un lieu neutre.

"Vitesse et précipitation"

Ce mardi, lors d'une réunion de groupe à l'Assemblée nationale, le président des Républicains a estimé, selon plusieurs participants, qu'il y avait "nécessité d'aller vite, mais sans confondre vitesse et précipitation", avant d'ajouter : "La proposition de M. Larcher est une initiative parmi d'autres mais cela ne peut pas se résumer à cela."

Certains élus LR sont moins à l'aise avec l'opération lancée par le président du Sénat et ses alliés. "Ce n'est pas possible de repartir dans une querelle de personnes et d'égos", a jugé notamment Annie Genevard, vice-présidente de l'Assemblée et secrétaire générale de LR, lors de cette réunion. Pour le député Aurélien Pradié, c'est bien à Laurent Wauquiez de rassembler et non pas à Gérard Larcher ou à Bruno Retailleau, dont la démarche "ne satisfait pas l'exigence de renouvellement".

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